03 janvier 2007
Snow Crash
Snow Crash date de 1992, et traîne une étrange réputation. Personne ne semble le connaître, personne n'en parle, mais on dirait que tout le monde l'a lu, car ledit tout le monde y fait référence au détour d'un article de blog, d'une discussion chez un bouquiniste ou d'une ligne de code dans un programme cyclopéen. On dirait qu'il s'agit de l'oncle perdu quelque part dans l'arbre généalogique de la littérature cyberpunk, planqué dans l'ombre d'un Shadowrun ou d'un Dan Simmons ; tel un facteur des postes et télécommunications, c'est le père caché d'une flopée d'enfants terribles.
Je suis sérieux. A peu de choses près, toutes les technologies, concepts et idées dans ce bouquin ont été mises en pratique après la sortie de ce dernier. Pourquoi croyez-vous que j'indique la date de parution originale, l'importance de cette info étant telle que j'en oublie de nommer l'auteur ailleurs que dans une parenthèse (il s'appelle Neal Stephenson) ? Votre apparence visuelle sur le Net, qu'il s'agisse d'une icone ou d'un modèle 3D détaillé : on appelle ça un avatar, et le terme a été utilisé dans ce sens pour la première fois dans Snow Crash. Un méta-univers en 3D, imitant le monde réel, modelable par ses utilisateurs et accessible du monde entier : Second Life est l'application même du "Metaverse" de Snow Crash. Google Earth "existe" dans Snow Crash tel que vous l'utilisez à présent, et dixit Wikipedia, les auteurs du projet ne cachent même pas leur influence. L'idée du snow crash a été reprise dans bien d'autres oeuvres de SF - même Matrix a pioché dans le livre. Merde quoi, même Jay Allard, le gros ponte de chez Microsoft responsable des projets Xbox et Xbox 360, utilise le nom du perso principal du roman en pseudo sur le XboxLive. Dans la série Heroes qui fait un carton aux States, le japonais s'appelle aussi Hiro, et la coïncidence n'est pas vaine. D'habitude, on s'extasie devant un auteur de science-fiction quand la réalité rejoint la fiction, l'auteur ayant "prédit" l'avenir dans sa vision futuriste ; ici, les idées de Neal Stephenson ayant été suivies à la lettre. Vous saisissez la nuance ? Il n'a pas eu à essayer d'imaginer un futur "réaliste", puisque c'est carrément le futur qui a fini par prendre ses concepts.
Ca, c'était pour l'informatique selon Snow Crash : elle est tellement géniale qu'elle a été recréée par les lecteurs. Quant au monde selon Snow Crash, c'est précisément l'inverse ; loin d'être réaliste ou si utopiquement inventif qu'on a envie de l'appliquer, il est comique, caricatural comme une bande dessinée. Grosso modo, les pays n'existent plus, remplacés par le libre échange et le commerce mondialisé : on parle de "franchises-consulats", ou "franchulats" dans le bouquin. Ainsi, la Mafia ou les portoricains ont leurs propres territoires qu'ils financent en vendant plein de pizzas ou de tacos, avec des prisons franchisées comme des Buffalo Grill, avec décorations de cow-boys et steak grillé à tous les repas. Neal Stephenson entretient un lien de connivence avec son lecteur, décrivant cet univers et ses personnages avec un second degré piquant. Il n'hésite pas à nous paumer dans une narration destructurée, où le perso principal peut discuter mythologie mésopotamienne avec une intelligence artificielle pendant des dizaines de pages pendant que son partenaire, une gamine de 15 ans sur un skateboard, est en train de se battre contre une centaine d'agents du FBI.
Honnêtement, il faut s'accrocher à son slip pour s'attaquer à ce bouquin. Sorti sous nos latitudes à une époque où énormément de termes informatiques n'avaient pas fait leur chemin dans la langue française (la traduction encore publiée ici date de 1995), j'ai fait l'impasse sur la version française au profit d'une édition US trouvée chez Gibert. Avouez qu'avec un titre français comme "Le Samourai Virtuel", il y a de quoi douter. D'ailleurs, le texte original est claffi de jeux de mots si fins qu'on croit d'abord avoir affaire à des coquilles ou des fautes d'inattention de l'auteur ! Je l'ai écrit en introduction : soyons élitistes, et recommandons de lire la version originale. Pour peu que vous ayez confiance en votre anglais, hein.
Snow Crash est étrange à suivre, complexe et volontairement décousu par moments. Il cause de véritables mindfucks, présentant des idées si géniales qu'on s'arrête de lire pour absorber la chose et laisser galoper son esprit derrière quelques pensées sauvages ; personnellement, j'ai complètement tilté quand un personnage annonce que l'information est un virus en soi, car il s'agit de données que l'on ne peut désapprendre et qu'on finit par transmettre à d'autres personnes. Subtil, adroit et tellement vrai.
Par Raton-Laveur le 03 janvier 2007, 23:31 - Général 23 commentaires
01 janvier 2007
Pleine de quoi ?

(C'est Misdre qui le dit. Code Wii, rappel : 3729 5227 8550 5093. Merci beaucoup à vous tous qui m'avez envoyé un petit billet pour le nouvel an !)
Meh. J'ose espérer que les bonnes résolutions ne sont pas une tradition éculée, parce que pour la première fois de mon existence, j'ai tenté d'en formuler. Et franchement, ne le faites pas : la liste devient vite trop longue et fait réaliser que c'est pas demain qu'on sera un meilleur être humain. Vous savez, j'essaie d'être quelqu'un de bien. Vivre par soi-même, trouver l'amour, laisser une trace, devenir meilleur, tout ça. A peu de choses près, c'est l'étendue de ces foutues résolutions à la con. Mais non, on passe la nuit du réveillon à mater Memories et faire du Wii Sports à 4 joueurs, puis le 1er janvier sur Twilight Princess en version Cube, et on réalise qu'on n'arrivera jamais à vraiment se défaire de ce hobby dégénéré qui consiste à entrer des mots particulièrement tordus dans les moteurs de recherche de sites de rencontre et lire les fiches ainsi trouvées.
Sans parler des articles un peu en retard pour l'édito présent. Il faut que je vous parle de Snow Crash, que je vous fasse rigoler avec Archlord, et tant d'autres choses encore. Comme à chaque fois, je vous remercie de m'avoir lu en 2006 et espère être encore digne de votre confiance pendant un an de plus. Ca, c'était pour moi ; pour vous, j'espère que vous garderez ce que vous avez déjà acquis (par forcément sur le plan matériel, hein) et trouverez ce qu'il vous manque. Okay, je dois avoir l'air d'un gourou de secte, mais j'ai déjà réécrit cette phrase une dizaine de fois. Pas étonnant qu'on se contente aussi souvent d'un petit mot générique...
Par Raton-Laveur le 01 janvier 2007, 23:58 - Général 21 commentaires
29 décembre 2006
Au moins, ça a le mérite d'être clair

(référence Mythwear)
Par Raton-Laveur le 29 décembre 2006, 00:57 - Japanime 14 commentaires
27 décembre 2006
I got my wiish
Tenez, le jeu de mots débile en titre, là ; j'ai regardé sur Google, personne ne l'a sorti. 4chan.org, jamais en retard d'une connerie, n'a pas posté une seule photo d'une Wiimote profondément enfoncée dans quelque orifice humain. Pas une seule vidéo d'abrutis jouant à la Wii avec la télécommande scotchée sur leur wee-wee (terme anglais enfantin pour désigner un kikitoudur). Ou les chaînes Wii : la console semble afficher un maximum de trois écrans de 12 chaînes, soit 36 canaux (correction : quatre écrans, soit 48 chaines). Acheter un jeu Virtual Console prend un canal - et pourtant, personne ne semble avoir tenté de claquer tout son fric dans la boutique Wii pour voir ce que ça fait quand toutes les chaines sont occupées.
Quand la notice vous dit de vous mettre à trois mètres de l'écran, elle ne déconne pas. Quatre mètres, ça commence à partir en vrille. A cinq mètres, là où se trouve mon fauteuil, ça ne capte plus. Ca me fera les jambes.
3729 5227 8550 5093 . Postez votre code dans les commentaires.
Cette dernière semaine de 2006 est officiellement la semaine des andouilles. Dark and Light, le MMO également connu sous le sobriquet de la pire imposture massivement multijoueur de ce coté du système solaire, devient gratuit avec blocage de l'expérience au niveau 10. Alors que l'équipe de développement faisait toujours de grands efforts pour faire la moindre annonce avec un max de roleplay, l'annonce dans ma boite mail est tout ce qu'il y a de plus banal, symptomatique d'un MMO en pleine hémorragie de population. Et ça, on l'a dit et répété dans le Tiers Beta : quand un jeu massivement multijoueur commence à se vider, perdant ainsi son côté massivement multjoueur, le monde qui se vide est un excellent argument pour que d'autres joueurs quittent, faisant ainsi tomber le produit dans un exode en spirale infernale. Ryzom avait essayé de faire pareil, et le résultat n'a pas vraiment été à la hauteur.
Tiens, Ryzom, d'ailleurs : vous devez déjà être au courant que son studio développeur, Nevrax, était en redressement judiciaire, cherchant un repreneur. Sous une impulsion de mouvement opensource (le jeu ayant été développé avec des logiciels libres), quelques employés avaient lancé un "ryzomthon" pour réunir assez d'argent à présenter devant l'huissier de justice afin qu'il accepte de leur céder le code source. La manoeuvre a finalement échoué, car un autre éditeur a proposé un plan de reprise mieux loti et comprenant moins de licenciements. Là où ça devient croustillant, c'est la façon avec laquelle les militants du libre ont annoncé la nouvelle, considérée comme mauvaise : "les deux autres offres étaient plus grosses que la nôtre, avec plus d'argent et plus d'employés conservés." Avant de commencer à repartir en guerre, pour ne pas qu'on se souvienne d'eux comme de "la tentative ratée de quelques hippies barbus", pour citer leur leader. Leader qui, tout compte fait, place la libération du code source d'un jeu vidéo au-dessus de la survie d'une entreprise et des emplois qui vont avec. Ca doit être ça, la mentalité de dangeureux communistes fanatiques de Linux dont parlait Microsoft il y a quelques années.
Pendant ce temps, Codemasters va faire passer son MMO coréen Archlord (en allemand, ça veut dire "trou du cul") sur un système dépourvu d'abonnement ; on achète la boite, et l'éditeur espère se faire du blé avec une monnaie virtuelle qu'on obtient en échange d'argent réel. Là où c'est marrant, c'est que ce modèle commence le 4 janvier... alors que le jeu a été lancé (avec un business model classique d'abonnement mensuel) le 4 octobre dernier. Tu parles d'un gadin ; en fait, j'en parlerais volontiers, mais je préfère garder des vannes pour en faire un épisode de Tiers Beta. Bon c'est pas tout ça, j'ai des quêtes de Noël à terminer dans Guild Wars.
Par Raton-Laveur le 27 décembre 2006, 00:38 - Jeux vidéo 34 commentaires
24 décembre 2006
Pensons aux petits enfants

Ah, Noël! Voici venu le temps des rires et des chants, et surtout celui de penser aux petits enfants. Peut-être est-ce pour cela que l'éditeur du logiciel de forum web vBulletin, par l'intermédiaire d'un service juridique répondant au joli nom de PirateReports, a révoqué cette semaine la licence d'utilisation acquise par le site HongFire.com pour avoir hébergé des discussions au sujet de l'inceste et des images loli (NSFW). Ce genre de choses est immoral, voyez-vous. Peu importe, du coup, qu'il ne paraisse pas contrevenir au contrat de licence.
Le gouvernement anglais, lui aussi, affirme ces jours-ci qu'il n'a pas de tâche plus haute que de protéger les enfants. Dans ce but on ne peut plus honorable, il se propose de faire de la possession de dessins ou d'images produites par ordinateur représentant des actes sexuels impliquant des mineurs un délit passible de prison et entraînant l'inscription sur le registre des délinquants sexuels. Gageons que les nombreux enfants à deux dimensions qui seront sauvés par une telle mesure sauront, en ce jour tout particulier, rendre grâce au Seigneur et à Tony Blair (même s'ils sont shintoïstes et ne parlent pas anglais). Et tant pis s'il faut égratigner quelques personnes en chair et en os au passage : après tout, ces gens-là sont de dangereux pervers.
Ou est-ce vraiment toujours le cas? Je ne sais pas vraiment à quel point une loi comme celle-là a des chances d'être adoptée et ne relève pas plutôt du simple effet d'annonce, mais si elle entre en application, elle est sans doute de nature à créer de l'insécurité juridique pour beaucoup de nos amis amateurs d'anime outre-Manche. Parce que bon, non seulement le classique problème de l'âge d'un personnage de fiction se pose de manière gênante (est-ce que le costume-raping de Haruhi sur Mikuru est qualifiable de child abuse? kinsoku jikou desu!), mais après tout, même pour les gens qui ont des goûts plus conventionnels que les miens, je crains que les personnages mineurs ne soient pas pour autant minoritaires. Et de manière générale, nous n'avons probablement rien à gagner d'un battage médiatique autour d'un sujet comme celui-là (à quand la sortie française d'Elfen Lied?).

Bien entendu, c'est encore plus flagrant si par « nous » j'entends ceux d'entre nous qui avons un jour acheté, disons, un exemplaire de Dengeki Moeoh (et je ne parle pas de Comic LO), et qui, à en croire certains, ne sont pas loin d'en devenir de facto des bourreaux d'enfants. Il me semble pourtant que, sur le plan esthétique, l'attrait pour une certaine forme d'innocence juvénile, disons, occupe parmi les moe zokusei une place assez centrale (au sens où, si le terme de moe désigne quoi que ce soit de précis, alors Matsuri-chan faisant konnichinya en fait partie), et qu'il a par ailleurs eu un certain écho en Angleterre-même en d'autres temps.
Le résultat, si l'on met de côté l'aspect atteinte aux libertés individuelles, c'est qu'on n'ose plus se procurer sa marchandise au grand jour. Vendredi dernier, je suis allé chez Junku récupérer le volume 6 de Yotsuba to! qui est enfin arrivé (mais Yotsuba to shiro to kuro no doubutsu pas encore, malheureusement), et les volumes sortis en français comme cadeau de Noël à ma petite cousine (essayez, vous aussi!). Et voilà qu'un présentoir portait un doujinshi d'ElectromagneticWave, non-H mais très joli et quand même extrêmement loli comme il se doit (je ne sais pas trop ce qu'il faisait là). Après beaucoup d'hésitation, je n'ai pas osé le prendre. L'angoisse des regards en coin à la caisse, vous savez... Enfin, j'ai quand même pris sans me démonter quelques volumes du manga Sumomo mo momo mo (qui a l'air moins bien que la série, d'ailleurs).
Voilà voilà, joyeux Noël à tous, et que personne ne touche à ma petite cousine.
Par lectorat le 24 décembre 2006, 20:53 - Général 18 commentaires
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