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Naruto dit : les scantrads, c'est mal

Japanime

06 juillet 2026

Japan Expo 2026 - La carte maximale

Pour les 25 ans de Japan Expo, voici la carte de l'évènement modifiée avec les stands qu'il faut visiter (en vert) ou fuir (en rouge), des conseils pour avoir ses dédicaces et passer un bon moment, plus quelques évènements notables. 

La liste des stands filtrée, détaillée et affichant leurs contenus est également disponible. 

La carte et la liste sont utilisables sur place même si vous n'avez pas d'accès Internet : la carte est une image enregistrable sur votre appareil, et la liste est une feuille Google Sheets que vous pouvez consulter hors-ligne avec l'application - ou exporter en Excel, voire imprimer si vous êtes masochiste.

Vous préférez la musique et les concerts ? FxMacCobra a fait un planning dédié

Je serai sur place tous les jours et je me réjouis à l'idée de vous rencontrer. Bonne convention ! 

Quelques détails sur la méthodologie

L'utilisation d'intelligence artificielle est rédhibitoire (Kawaii-Favie, L758), même si les organisateurs de Japan Expo restent circonspects. Et pour cause, puisque j'ai directement posé la question aux patrons de la SEFA à l'issue de Japan Expo 2025. Réponse officielle : les amateurs ont une interdiction contractuelle d'utiliser l'IA pour garder le caractère passionné et fait à la main, les professionnels y ont droit pour ne pas mettre à la porte les studios d'animation ou de jeux vidéo qui s'en servent dans leur production. Mieux : un invité cette année use et abuse de cette technologie... 

Les stands de gens de bon goût 

En parlant de selfies sous la Tour Eiffel : l'auteur du manga Hima-Ten sera présent à cette Japan Expo et a conclu son manga la semaine dernière dans Shonen Jump, pile avant de sauter dans l'avion. A croire qu'il l'a bouclé pour répondre à l'appel des baguettes de pain ! 

Les stands atypiques

  • Quelques stands de fanarts honorent des fandoms obscurs ou rarement abordés, et je n'ai pas manqué de les signaler dans la liste (cherchez "oui oui"). Le jeu vidéo Pathologic (Koalaquarelle, T747 et aussi Reikiwie, Q582), L'Ere des Cristaux (Sophingers, Q783), voire un trip nostalgique sur Ouran High School Host Club (Tomotoad, S769) ? J'ai ce qu'il vous faut, oui oui ! 
  • Idem pour certains artistes ayant fait un long chemin pour nous voir : Australie (Roy The Art, P753), République Tchèque (Wei.Aviii8, D603, partage son stand avec DorkDevil qui vient d'Autriche) et même Sibérie (Kantakerro, R608) : l'amitié entre les peuples à travers l'amour du Japon. 
  • Et comme d'habitude, les stands tenus par des professionnels qui cherchent à garnir leur carnet d'adresses de revendeurs européens. Des autels shintoïstes pour votre oshi (Kamidananosato, M609), une usine de boutons de chemise à Ōta (Iris Co, J583), des Baümkuchen (Juchheim, L582), autrement dit une pâtisserie allemande réinventée par les Japonais exposée dans une convention française ? Suivez le guide ! 

Entre les énièmes porte-clés/autocollants/badges, un nouveau type de gadget germe : les "clicky" (Moni Moni, N804). C'est un jouet type "fidget spinner" avec des touches de clavier montées en porte-clés

Les stands de mauvaise foi

Ce qui change à Japan Expo 2026

On rentre dans les détails de geek, vous pouvez vous arrêter de lire ici. Encore une fois : bonne convention, et j'espère vous croiser dans les allées. Merci de votre fidélité pour cette 17ème carte modifiée. 

A quoi s'attendre pour Japan Expo 2027 

 

30 juin 2025

Japan Expo 2025 - la carte avancée

Voici la carte de Japan Expo 2025, améliorée avec des conseils de survie, les stands sympathiques à ne pas rater et ceux qu'il vaut mieux éviter, les logos des éditeurs, plus des plaisanteries en bonus. 

Cliquez sur l'image ci-dessous pour l'enregistrer sur votre téléphone/tablette/pokédex et la consulter sur place, même si vous n'avez pas de connexion Internet. 

Sur le stand Mangetsu, c'est Uchujin Mumu, également en anime sur ADN
Liste des stands

La liste des stands est amplement commentée, indiquant les stands cools en vert, ceux à éviter en rouge, et les douteux (que je visiterai en direct pour le tri final) en jaune. Comme pour le plan, vous pouvez en profiter sur les lieux : utilisez le mode hors-ligne de Google Sheets pour utiliser la recherche une fois à Japan Expo et retrouver un stand ou identifier celui que vous avez devant vous. 

Je serai bien sûr à Japan Expo pendant toute la durée de l'évènement et me réjouis à l'idée de vous croiser dans les allées de la convention !

Le billet d'humeur sur le tri des stands, les nouveaux venus et Taro-san

Rappel : Japan Expo classe les stands en trois types : Animations, Loisirs et Professionnel. 

  • Animation : les stands qui n'ont rien à vendre et font le spectacle : l'association MO5 avec les consoles de rétrogaming (stand L717), les tables de jeux de rôle (Fédération Française du Jeu de Rôle, stand M018, juste avant la scène Yuzu) ou les hôpitaux à cosplay (Association Multiunivers Fantasy Cosplay, stand S143), Il n'y a aucun stand rouge dans ce type. 
  • Loisirs : les stands qui ont des choses à vendre, mais dont ce n'est pas le revenu principal. Les stands amateur (préfixés AMA en hall 6, typiquement dédiés aux doujinshi) ou le village passion (à gauche du jardin intérieur du hall 5, typiquement les bijouteries et accessoires de mode). Histoire d'éviter qu'un professionel paie moins cher son mètre carré en se glissant dans ces zones, il y a une flopée de restrictions : limites aux prix de chaque objet vendu, documents exigés à l'inscription pour prouver que votre salaire vient d'ailleurs... A moins de faire n'importe quoi (comme accoler un logo officiel sur un mug et prétendre qu'il a été personnalisé chez Customiz'Japon, stand AMA072), on n'y trouve que des stands verts. 
  • Professionnel : les stands qui ont des choses à vendre et dont c'est l'activité principale. Les éditeurs de mangas, les revendeurs de figurines, et les dingos. C'est évidemment le type que je scrute avec la plus grande attention, car on y trouve les sabres achetés en gros sur AliExpress (Manga Dori, stand H664), les revendeurs de boites mystère à 60€ contenant une figurine Sega Toys à 20€ et un tote-bag (Kawaii-Favie, stand M663), ou les bouffons qui mettent un filtre Photoshop sur une illustration officielle et m'insultent quand ils se font gauler (Ryukrabit, stand R678). En sus des espaces dédiés aux éditeurs (en bas du Hall 5), marchands (le gros du Hall 6) et le village Japon (à droite du jardin intérieur du Hall 5, dédié aux exposants étrangers), Japan Expo a des espaces "Coup de Pouce" (entre le village passion et le cosplay et en bas à droite du Hall 5, et devant l'entrée du Hall 6) pour les "semi-amateurs", des artistes qui veulent vendre des produits faits maison sans les restrictions des stands Loisirs et sans payer très cher leur venue à l'instar des éditeurs et revendeurs. 

Je le répète régulièrement : le type "Professionel" mélange donc les éditeurs qui paient leurs licences auprès des ayants droit japonais et les escrocs qui revendent 30€ une contrefaçon payée 7,5€ sur AliExpress (Toy Haven, stand H192), les créateurs d'un jeu de cartes original et auto-édité (Donjon & Procrastination, stand C211) et ceux qui vendent un support à téléphone avec un Naruto dessiné par intelligence artificielle renommé "Ninja" pour passer sous les radars (Shonen Sensations, stand Q679), parce qu'ils savent que ce qu'ils font peut être saisi par les douanes . C'est toujours la Cour des Miracles

Le prochain paragraphe est un mea culpa

Ce "saisi par les douanes" ci-dessus n'est ni une blague ni une menace en l'air, car c'est déjà arrivé. Les artistes qui ont pris un stand "Coup de Pouce" pour  vendre du Dragon Ball Z sur du papier calque dans un tableau éclairé par une LED (Equinox, stand C214) jouent avec le feu. En 2024, j'ai commis l'erreur de mettre ces stands en rouge, les considérant donc au même niveau que d'authentiques escrocs ; erreur qui m'a valu une critique méritée (Mi-Eau, stand R693) et un correctif de la carte et de la liste dès le premier jour. Cette année, j'ai compris que ces stands veulent rester discrets : ils ne sont pas mis en avant, mentionnés dans la liste par une formule comme "stand pro squattant une licence". Ce qui me brise le coeur quand un artiste vend des produits originaux de qualité que je ne peux conseiller à cause des fanarts autour (Jujumzz, stand P709)... 

Il y a un autre cas rare qui me rend si perplexe que j'irai sur leurs stands pour me renseigner : l'artiste professionnel qui a fait des collaborations officielles avec certaines licences, mais prend un stand à Japan Expo pour vendre non pas ses designs originaux, mais des fanarts (Origamigne, stand N703) ! Il a donc conscience des contraintes de la propriété intellectuelle sur la licence A, mais décide quand même de la contourner pendant les conventions pour la licence B ? Serait-ce parce qu'il ne sait que s'inspirer d'oeuvres existantes ? Qu'il doit encore se hisser sur les épaules d'un autre artiste alors qu'il est déjà pro ? Qu'il fait ça par facilité ? 

Les zones Coup de Pouce sont un fourre-tout qui ne mérite pas ce titre. Une artiste russo-italienne fascinée par les poissons (Elena Bansh, stand Q706) à quelques tables d'énièmes fanarts Dragon Ball (Fabr'eek, stand N701) ? En quoi une artiste qui en est à son quatorzième Kickstarter pour un puzzle Disneyland (Mademoiselle Renarde, stand P686) ou une illustratrice qui redessine des cartes Pokémon depuis dix ans (Mwoaa, stand R702) ont besoin d'un quelconque coup de pouce ? Quand tes financements participatifs sont honorés au triple du montant demandé et que tu as cinq employés rien que pour ton service client (Juapi Coffee Art, stand P691), peut-être que ton One Piece peut rester à la maison et que ton coup de pouce aurait pu aller à un collectif autoédité qui pond des bouquins de 160 à 300 pages cantonné au Village Amateur (Sazawen, stand AMA100) ? 

Et à part ça, quoi de neuf ? 

Il y a moins de stands que les années passées : 935 stands en 2023 et 966 en 2024 contre 880 cette année. Pour comparer ce qui n'est pas comparable, la convention Dokomi 2025 à Düsseldorf, visitée par 215000 personnes (Japan Expo 2024 : 200176 visiteurs) a hébergé 1883 stands. En feuilletant la liste, vous retrouverez pas mal d'exposants à Japan Expo, qui s'offrent ainsi un mois en Europe pour couvrir les deux évènements principaux du continent. Presque 1900 stands en Allemagne, le double de Japan Expo ? Le ratio Professionnel/Amateur est inversé outre-Rhin, sur le modèle du Comic Market japonais où les amateurs multiplient leurs petits stands, là où le modèle français repose sur le professionnel avec peu de grands stands. Ceci est dû aux espaces parisiens tenus par une société aux tarifs prohibitifs répercutés sur le prix de location des stands, mais c'est une autre histoire. Dokomi ou Japan Expo : la couronne du plus gros évènement otaku en Europe est en jeu.

Ayez une pensée compatissante pour le monde parallèle où je suis Allemand avec "Waschbär" pour nom de plume et fais une carte retouchée de la Dokomi.

Pour rester dans la géopolitique, la bataille du soft power asiatique s'étend à Japan Expo : une zone Corée fait son apparition dans le Hall 6, avec un stand de l'agence gouvernementale coréenne pour la promotion des contenus du pays au beau milieu (KOCCA, stand N659). Pour ne pas être en reste, Taïwan a également son bureau gouvernemental sur place (TAICCA, stand A156).

Triste : les tendances malsaines qui embrouillent votre quotidien ont leur place à Japan Expo. Les intelligences artificielles génératives sont présentes, par exemple sur un jeu de cartes à collectionner (Goddess TCG, C213). Bonne nouvelle : les stands Amateur et Passion n'ont contractuellement pas le droit de s'en servir sur leurs produits. Mauvaise nouvelle : les stands de type Coup de Pouce et Professionnel y ont droit, donc les exposants riches n'ont pas les mêmes interdictions que les stands modestes ! Autre présence moisie : les scalpeurs, comme ce revendeur de cartes Pokémon qui propose à 320€ un produit qu'on trouve à 215€ (Collectoyz, C670) ; c'est parfaitement légal et il est porté aux nues par la start-up nation car il monétise jusqu'à son passe-temps, mais le petit bonhomme du passage piéton passera au rouge quand il traversera la rue jusqu'à la fin de ses jours. 

Quels sont les stands sortant de l'ordinaire ? 

Dans le Hall 5, entre le jardin intérieur et la scène Washoku, il y a un "Espace Merchandising", dernier vestige d'une époque où le Hall 6 n'existait pas. Je suis persuadé que c'est l'endroit dédié aux retardataires qui ont pris un stand à la dernière minute, quand les autres exposants sont déjà tous casés. Résultat kamoulox : une épicerie japonaise venue de Bordeaux (Jieyo Japon, G136) collée à un disquaire anonyme (J Music, G138, restez vigilants), du hentai (Irodori Comics, H142) partageant un îlot avec un brasseur de bière belge (Breuvages de la Chaudasse, H146), de la vaisselle coréenne (Seoul Station, H144) et des yaourts à boire (Yoplait, G144), une chaine de magasins de costumes pour Halloween (So Fête, J120) adossée à un groupe de musique japonais qui a son propre jeu Nintendo Switch (Project Rabbie, J124)... Et ce Project Rabbie, un son taillé pour être écouté au volant, enregistré avec du matériel d'époque et des musicos doués, je vous dis de leur rendre visite. 

Une boite de com' japonaise ramène des bijoux fabriqués par des enfants handicapés dans une crèche spécialisée (Paris Konokono, L181). 

Autres curiosités : les stands publicitaires, organisés par des agences de communication et qui n'ont rien à vendre. Outre les offices de tourisme et habituels éditeurs de jeux vidéo qui proposent des démos jouables (Sega, E653), n'espérez pas acheter des burgers Quick (A156) !

Quels sont les stands de baltringues ? 

Le panier moyen du visiteur de Japan Expo 2024 fut de 196,88€, et les stands du Village Japon (Hall 5 à droite du jardin intérieur) montent souvent dans les tours : le pompon reste détenu par des arrière-plans de Masatoshi Kai en vente à Japan Expo 2023 pour la bagatelle de 24475€. Cette année, la tendance reste aux jouets d'art et goods onéreux, comme Kenelephant (stand M202) - je me demande s'ils vont apporter leur tote-bag avec intérieur en satin à 80€

Aussi, quand tu écris "Picachu" (Artiste Patrice Murciano, C147), "Japonnais" ou "Grandizer" (Kosmo Fusiko, N194), je doute de ta passion et t'imagine davantage attiré par mon portefeuille. Jaad (stand B206), déjà présent l'an dernier avec son Dragon Ball / Coca Cola / Ferrari à 2500€, revient l'exposer cette année ; pour une étrange raison, il n'a toujours pas trouvé preneur ! 

Enfin, il y a ceux qui croient dur en leur ange gardien : une figurine de Kirby vendue 300€ pompée sur la pose d'un amiibo (Artefakt Creation, H683), à 20 mètres de Nintendo (B682 et B704, pop-up store en A687) ? 

Si j'ai un coup de mou, où puis-je aller pour être entouré de gens de bon goût ? 

Hall 5 : Kawa Soft en K148. Hall 6 : Nekotsuki Studio en AMA121. Tous deux vendent des produits de qualité et sont les gars sûrs de la convention qui aident les vieilles dames à porter leurs sacs lourds dans les escaliers. Ne manquez pas de les saluer ! 

C'est quoi cette histoire de Taro-san au début de l'article ? 

C'est une parabole que j'utilise pour expliquer pourquoi les stands du village Japon ne viennent généralement qu'une seule fois. Par exemple, en 2024, un fabricant de tampons disposant de la licence Junji Itô était présent, évidemment pour trouver des revendeurs européens de leurs produits. Et voilà qu'en 2025 où Junji Itô est présent, ils ne sont pas revenus ! 

L'article est beaucoup trop long, donc voici la morale de cette histoire : si vous voyez un produit sur un stand tenus par des Japonais : au mieux, achetez sans hésiter, et au pire, attendez le dimanche - mais n'espérez pas les revoir l'année prochaine. Et cette promesse : si vous me croisez dans les allées de la convention, demandez et je vous raconterai cette fable. Amusez-vous bien ! 

09 juillet 2024

Japan Expo 2024 - la carte améliorée

Voici le plan de Japan Expo 2024 tuné par mes soins : corrige des erreurs, signale les stands à visiter et ceux à éviter, des conseils pour passer un bon moment et les plannings d'évènements intéressants.

Cliquez sur l'image ci-dessous et enregistrez-la dans votre téléphone pour la consulter sur place sans avoir à craindre une panne de réseau.

Liste des stands

La liste des 967 stands est également améliorée : ceux à visiter surlignés en vert, ceux à éviter sont en rouge, et ceux dont il faut se méfier en jaune. Récupérez le fichier au format de votre choix via le menu Fichier/Télécharger ou utilisez le mode hors-ligne de l'application Google Sheets pour chercher un stand une fois sur place, même si vous n'avez pas de connexion 4G.

Je serai évidemment sur place les quatre jours et suis impatient de vous rencontrer. J'éplucherai les stands en jaune pour confirmer leur statut cool/pas cool et mettrai à jour la carte et la liste pour les jours restants.

Alors, comment s'annonce cette Japan Expo ?

Peu d'invités notables qui vont déplacer les foules, absents notoires (voir plus bas), ombre des Jeux Olympiques... L'édition 2024 est techniquement le 25ème anniversaire d'une convention lancée en 1999, mais qui refuse de souffler ses bougies au prétexte pandémique des années blanches 2020 et 2021. Le planning est gonflé par des invités aux cheveux gris : les 70 ans de Godzilla, les 40 ans de TM Network, les 20 ans de Bleach, l'exposition Cobra par Isan Manga datant de Japan Expo 2018 recyclée pour accueillir un des animateurs clé, qui ramène Sadako de Ring dans sa valise... Une autre portion notable de l'agenda est occupée par les tendances à la mode, des vtubers Hololive à un nombre incalculable de danses K-Pop (dont un groupe "fondé en 2026"), et les invités présents chaque année : le patron de CyberConnect2 qui recrute pour son studio, la chanteuse du générique d'un jeu yaoi sur PlayStation Vita (dont le nom est mal orthographié sur sa fiche de présentation), ou l'ultime survivant du battle royale des mascottes régionales ont leur rond de serviette.

Curieusement, les Jeux Olympiques auront principalement influencé les tarifs d'hôtellerie pour les visiteurs lointains, qui se seront redirigés vers l'Anime Expo de Los Angeles bouclée la semaine dernière. Quelques téméraires comme Sakimichan font les deux arrêts ; hier en Amérique, demain à Paris, avec les mêmes dessins pornographiques de Spy x Family alors que la doubleuse de Yor Forger sera présente...

Quels sont les stands à ne pas manquer ?

Nintendo aura une boutique éphémère sur le stand B685, avec des produits normalement réservés au marché japonais ; allez-y tôt, car au vu des expériences passées, les revendeurs du dimanche délivaliseront probablement les lieux. Hamaya (stand J136) est une brocante d'objets japonais aux prix décents et au stock surprenant. Miyakodori (stand J196) est une boutique parisienne d'arts de la table japonais fidèle au poste, avec de bons produits tarifés pas trop cher.

Pour les objets à plus petits tirages, passez du temps chez les artisans japonais (espace Wabi Sabi, S207) - en ce qui me concerne, je traiterai mon obsession à la papeterie chez Sekai of Kangae (P671) et Plaisant Asian Lifestyle (J184).

Si vous n'avez pas assez de gadgets inutiles, voici la liste des lots et cadeaux à récupérer un peu partout.

Quels sont les stands qui auraient dû rester chez eux ?

L'(ab)usage de l'intelligence artificielle étant un des grands thèmes de 2024, Japan Expo ne pouvait y échapper. Natsume Corp (stand J696, vendant par ailleurs une figurine de 5 centimètres à 30€) et Atougeek (stand H121) rédigent probablement les descriptions de leurs produits avec ChatGPT. Le pompon revient à 4play (stand N641), studio français éditant un jeu de cartes à collectionner qui assume utiliser MidJourney et StableDiffusion pour sa production. La blague étant que MidJourney est entraîné sur Sakimichan, également présente (stand P647), et le résultat graphique de 4play n'est pas sans rappeler cette dernière. Japan Expo exposera donc l'original et le plagiat sans poser de questions...

Les classiques : la boutique qui revend des saloperies d'AliExpress. Au hasard, Pidak (stand E187), qui vous vendra 68€ un costume trouvable à 10€.

On trouve aussi les baltringues habituels qui volent la propriété intellectuelle sans vergogne : Negativ. Athletics (stand C042) vend des T-shirts Berserk ou One Piece sans la moindre autorisation pour la bagatelle de 50€, Jaad (N639) s'autoproclame artiste, ce qui lui arroge le droit de gribouiller au Posca sur Son Goku, les logos Ferrari et Coca Cola pour la modique somme de deux mille cinq cents euros, et Wooden Touch (P645) passe tel quel une couverture de manga Ki-Oon dans une graveuse à bois pour 35€, parce que pourquoi se fatiguer ?

Si j'ai un coup de barre, où puis-je souffler un coup en bonne compagnie ?

Les stands sûrs restent Kawa-Soft (stand L154), Nekotsuki Studio (N150) et l'AEUG (dans le Hall 4, L032). Incollables, accueillants et à l'offre de qualité, ne passez pas la convention sans les saluer car ils seront ravis de vous voir.

Quid des stands professionnels vendant des fanarts ?

Japan Expo différencie les exposants professionnels (marqués comme tels sur la liste) et amateurs (identifiés "Loisirs" dans la liste). Les amateurs paient moins cher pour exposer, mais sont limités à un prix maximal pour leurs produits. Les professionnels paient plus cher leur stand, mais peuvent vendre à prix libre ; les zones "Village Coup de pouce" sur la carte (en bas des Halls 5 et 6) indiquent des petits professionnels.

Ces professionnels sont un gros mélange des genres. A coté de livres autoédités entièrement originaux (comme Studio Bon, stand B202) ou d'une illustratrice russo-italienne avec une fixette sur les poissons (Elena Bansh, stand N655), on trouve au stand P680 un "fanart Totoro" qui est la recopie exacte d'un dessin officiel et au stand P675, un jeu de cartes à jouer Zelda alors que Nintendo vend un produit similaire mais parfaitement officiel. Ces produits dérivés sont fabriqués et vendus sans autorisation du studio Ghibli ou de Nintendo, et sont assimilés à des contrefaçons ; lors de la Japan Expo 2018, les douanes ont procédé à des saisies et détruit des objets similaires, vendus sur ces mêmes stands de "petits professionnels". Vendre du fanart et s'étiqueter professionnel, c'est jouer avec le feu, les ayant-droits français n'appliquant pas la zone grise existant au Japon.

C'est une concurrence doublement déloyale : non seulement envers les revendeurs et fabricants officiels qui voient leurs produits concurrencés par des objets "sauvages", mais également envers les autres stands professionnels qui créent des choses complètement originales. A quel moment se prétendre artiste pro si c'est pour recopier les grands (stand A194) ? Pensez-vous vraiment avoir une démarche noble si vous devez écrire "Disney" avec un tiret (stand P676) en espérant perdre les avocats de Mickey Mouse ? Etes-vous vraiment un fan quand vous travaillez (stand Q683) à piétiner les volontés de l'auteur ?

En bref : tristement, les douanes ne font pas la différence entre une contrefaçon AliExpress et un fanart vendu par un stand se revendiquant professionnel. Si les flics rejouent les saisies de 2018, ça donnera pas dans la dentelle.

Mise à jour : la "zone grise" des fanarts vendus par un stand professionnel a la peau dure ; ces stands perdent leur couleur rouge et retournent à leur anonymat. Les annotations sur la liste indiquent toujours qui fait quoi, mais pas de rouge pour autant.

Qui sont les grands absents ?

Noeve Grafx, dont les retards de publication à répétition aboutissent à un psychodrame sous le moindre de leurs messages. ADN, présent l'an dernier mais absent en 2022 au profit d'un stream sur Twitch, qui semble décider sa venue à pile ou face. Enfin, Goodsmile Company, déjà absent l'an dernier, semble réserver son stock aux revendeurs partenaires, comme Jungle (G194) (à des tarifs éclatés)

Tsundereko, retenu à la maison pour des histoires de paperasse, explique également pourquoi cette Japan Expo sera surtout celle des Franciliens, expurgée des provinciaux, européens, et quiconque doit surveiller son budget hôtellerie/restauration : les Jeux Olympiques ont rendu Paris inabordable aux touristes. Japan Expo semble avoir répercuté le manque à gagner des visiteurs en moins sur le prix des stands, nombre de professionnels m'ayant parlé de l'augmentation de leur facture au mètre carré de stand.

Gag : Piccoma, la plateforme de webtoons et mangas numériques, est partenaire de la convention et s'affiche sur le logo Japan Expo 2024, mais n'a aucun stand... Et pour cause : le site disparaît dans trois mois !

Est-ce qu'il y a des stands avec des choses pour adultes ?

Les masturbateurs Tenga (stand D140), exposant également la gamme Iroha pour femmes. Kawa-Soft (stand L154) vendra des doujinshi édités par Irodori en français. Curiosité : Andrealphus, un studio français de jeux vidéo disponibles sur Steam, sera sur le stand N675. Enfin, Meian/Anime-Store (G604) a ses différentes catégories hentai/yuri/yaoi sur les entrées le long du mur nord.

Rendez-vous sur place ! Bonne convention à vous et merci de votre fidélité !


 

L'article se termine ici, merci de l'avoir lu. Ce qui suit est un ramassis de détails techniques inintéressants.

 

 

Quelles sont les erreurs sur la carte et la liste officielles qui sont corrigés sur cette version ?

Comment puis-je n'avoir cette carte qu'un week-end bénévole et trouver des coquilles que les employés de la SEFA sont infoutus de repérer après des semaines ? Le stand N661 (tenu par un tâcheron) n'est pas indiqué, l'URL des éditions Rue de Sèvres est erronnée sur la fiche, les éditions Ototo et Ofelbe ont deux fiches... J'ai repositionné les logos car certains empiétaient sur le numéro de stand, et comme chaque année, en ai ajouté une palanquée pour s'y retrouver parmi les éditeurs.

Qu'est-ce qui a changé cette année dans la publication du plan ?

Le plan en PDF est mort, et tout le monde y perd. A la place, Japan Expo propose une carte interactive avec moteur de recherche... comme ce qui était fait sur ma propre carte depuis 2016 ! Le système Japan Expo n'a aucune mise en cache dans le navigateur et est donc soumis aux aléas de votre connexion 4G. Leur technologie se dénomme Tokamap, au logo complètement pompé sur celui de Slack. Conçu par le prestataire du site internet (inchangé depuis si longtemps que son code HTML contient des références à Internet Explorer 9 !), il s'agit d'une technologie libre de cartographie. En clair : Japan Expo paie une somme rondelette pour un système gratuit, rebaptisé à la hussarde et monté à l'arrache. Vous pouvez voir les grands patrons de Japan Expo vous demander de télécharger la carte avant de venir à cause du réseau 4G instable, juste avant de vous expliquer que les dédicaces s'organisent par la même application, exposée aux mêmes aléas !

Qu'attendre en 2025 ?

On en saura plus jeudi : Japan Expo se pointera à l'exposition universelle d'Osaka, qui occupe aussi le stand N196. Une convention sur "l'impact de la culture japonaise à l'étranger" à la maison, c'est concept - mais d'après l'intelligentsia locale, cette exposition universelle n'est qu'un gros prétexte pour détourner de l'argent public au profit d'une villégiature privée...

04 juillet 2019

Japan Expo 2019 - La carte revue et corrigée

Onzième année : la carte de Japan Expo modifiée, avec les stands à visiter (en vert) et ceux à éviter (en rouge). Les gens de bon goût, les produits officiels ; en face, les gens méchants et les contrefaçons. Téléchargez le fichier dans votre téléphone ou votre tablette et amusez-vous bien. On ne change pas une équipe qui paie son ticket en prévente : la liste est compilée par Nady, Keul aide toujours au code et les blagues foireuses sont faites maison.

https://www.raton-laveur.net/images/JE2019.jpg

Publication très tardive car la SEFA a elle-même publié la carte super tard (samedi après-midi !). En plus, la liste des exposants n'a pas arrêté de changer :

au secours

Notes de production

  • On passe en 500dpi ! La carte étant à présent publiée sur un fichier unique (au lieu de deux cartes séparées entre les Halls 4-5 et le Hall 6), il a fallu augmenter la résolution pour rester lisible. Du coup, le fichier tape à 30 Mo : dur pour votre carte SD de 512 Go. L'an prochain, vivement du 600dpi pour vos écrans 4K.
    • Mise à jour du jeudi soir : j'ai eu des témoignages de téléphones qui font un anévrisme avec un PNG de 30 Mo - je compresse agressivement en JPEG et on tombe à 16 Mo. Quelques artefacts de compression qui n'entachent pas la lisibilité et rappellent nos meilleures pages perso sous Multimania à l'époque où Japan Expo était encore à l'Epita.
  • La carte officielle utilise un code couleur pour trier les stands en catégories (jeux vidéo, manga, cosplay...), mais ils ont changé la couleur de la catégorie "manga", qui passe d'orange à rouge. Du coup, j'ai décalé le cadrage des stands rouges pour les rendre visibles malgré le fond rouge. Vais-je devoir passer à des pointillés l'an prochain ?
  • Comme à chaque fois, j'ai ajouté de nombreux logos sur des stands officiels pour s'y reconnaître plus rapidement. Certains stands hébergeant plusieurs marques (Taifu/Ototo/Ofelbe/NihoNiba en A172 ou Koch Media/Sega/Atlus/Nis America en F663), le résultat est parfois cocasse.
  • Pourquoi le stand de Funko Pop, qui utilise de vraies licences et est en vert sur la liste de Nady, est en rouge sur la carte ? ( ̄ヘ ̄)
  • La piqûre de rappel : pourquoi est-ce qu'il y a des amateurs en rouge ? Au cas où vous ne le sauriez pas déjà, les douanes ont changé de mode opératoire depuis l'an dernier. Peu importe que vous soyez un "petit professionnel", si vous êtes dans le Hall 5, ne touchez pas aux grosses licences. Et plus généralement : si vous êtes amateur, ne concurrencez pas les produits officiels en faisant des sacs mal floqués avec des logos officiels (stand U711).
  • Autant les amateurs peuvent agir par méconnaissance de la loi, autant il y a des professionnels qui agissent en Loyal Mauvais. Ainsi, Draw My Pad (E665) continue à vendre des contrefaçons trouvées sur AliExpress à prix d'or. Ils ont même tenté de me faire de me faire des câlins non consentants l'an dernier.
  • La Japan Expo ayant 20 ans, elle est en âge de regarder la télé tard le soir avec un oreiller posé sur l'entrejambe ; une sélection de produits pour adultes est mise en avant sur la carte. Tenga a carrément un stand (C148), et Taifu/NihoNiba (A172) nous sort un Takeda Hiromitsu pour l'occasion, c'est dire.
  • Si Nolife vous manque encore, allez chez Omake Books (A642) pour y retrouver les France Five.
  • La météo s'annonce bonne, entre 25° et 30° tous les jours. Ainsi, pas de recommandations particulières sur les parapluies ou la canicule.
  • Comme toujours, si vous avez des stands à recommander, faites-vous plaisir. Merci de votre fidélité et j'espère vous retrouver sur place !

24 juin 2019

Japan Expo 2018 : pourquoi les douanes sont passées sur les stands amateurs ?

Que s'est-il passé ?

Comme chaque année et pour mon plus grand plaisir, les douanes sont descendues à Japan Expo. C'est d'ailleurs l'occasion de découvrir la mine d'informations qu'est le Flickr des douanes françaises, contenant des photos de qualité des produits saisis - un trésor pour jouer aux sept différences avec les produits officiels.

Hey ! Sur les photos, on trouve des produits faits par des auteurs de fanzines !

Sur ce cliché, il y a des badges fabriqués par Frozen Garden (qui était dans le Hall 5, stand E216). Ou ici, des toiles de Manga Art (Hall 5, B214).

Pourquoi les douanes sont passées sur les stands amateurs ?

Tiens, c'est marrant, c'est le titre de cet article. Précision : les stands visités étaient chez les "jeunes créateurs", en bas à droite du Hall 5, à ne pas confondre avec l'espace amateurs du Hall 6 (allez voir sur la carte). Ces derniers n'ont pas été visités par les douanes, même si certains stands le méritaient grave (Hall 6, stand S710).

Okay, je reformule la question : pourquoi les douanes sont passées sur les stands de jeunes créateurs ?

J'avais qualifié la question de "sujet épineux" dans les annotations de la carte de cette année - du coup, on ne peut pas dire que les jeunes créateurs n'étaient pas prévenus. Des fanzineurs expérimentés ont profité de l'occasion pour le rappeler : l'exploitation marchande d'une licence qui ne vous appartient pas, c'est mal. Si vous n'êtes pas dans le cadre d'une parodie, la loi française ne vous protègera pas.

Certes, il en est de même pour les amateurs, mais les "jeunes créateurs" sont casés juste à côté des professionnels, et certains desdits jeunes créateurs font carrément leur propre maison d'édition. Enfin, notez l'emphase sur créateurs ; Japan Expo le rappelle dans le contrat, et il n'est pas très sain de s'autoproclamer créateur si le stand ne contient que des produits inspirés de licences existantes.

Une des grandes différences entre un stand "amateur" et "jeune créateur" est la limitation du prix de chaque article : les amateurs sont limités à 12€ maximum, là où les jeunes créateurs peuvent vendre plus cher. Ainsi, Tsundereko ou Kawa-Soft migrent annuellement entre les deux zones, selon que leurs produits de l'année soient suffisamment qualitatifs ou non pour être vendus au-delà de cette limite. Du coup, certains "amateurs" qui n'avaient que des produits de fanzinat qu'ils souhaitaient vendre plus cher ont simplement pris un stand coté "jeunes créateurs" et ont donc été considérés par les douanes au même titre que n'importe quel stand professionel.

Cette action n'était-elle pas un peu excessive ?

Voici une toile faite par Manga Art, et voici l'oeuvre originale, elle-même un fanart par ailleurs. Basiquement, quand Manga Art pond une toile, cette dernière imite le style de l'auteur original. Dragon Ball est dessiné à la Toriyama, Fairy Tail à la Mashima, etc. De même, les badges et accessoires Pokémon sont en concurrence directe avec l'offre légale proposée par la Pokémon Company. Vous comprenez où je veux en venir : ces produits sont effectivement bien trop proches de l'élément original pour prétendre à la moindre créativité propre ; qu'ils soient produits par de petits indépendants ne change rien au problème.

Quand j'explique plus haut que ces stands ont été considérés par les douanes au même titre que n'importe quel professionel, je ne plaisante pas ; les douaniers ont opéré comme avec les revendeurs de chinoiseries en procédant à la rédaction d'un procès-verbal, saisie des produits, fichage pendant cinq ans dans leurs dossiers, etc. Evidemment, la réaction n'est pas la même ; là où le revendeur professionel de contrefaçons va se contenter de dissoudre sa société et reconstituer son stand en passant commande d'un conteneur en provenance de Shenzen, l'amateur qui voit partir ses encrages de Pikachu va piquer une crise de nerfs.

Pourquoi les douaniers sont-ils allés chez les jeunes créateurs alors qu'il y a une tonne de contrefaçons chinoises vendues par les professionels ?

Avant de commencer, précisons que les stands chinois ont effectivement été visités.

C'est la grande différence entre cette Japan Expo 2018 et les passages des douanes les années précédentes. Là où avant, les douaniers venaient d'eux-mêmes car ils savaient qu'il y avait du procès-verbal à saisir en masse à Japan Expo, ils ont ici été missionnés par les ayants droit. Autrement dit, les éditeurs ont spécifiquement demandé à la douane de se pointer pour saisir des contrefaçons précises de leurs produits.

En lisant entre les lignes, on peut faire un lien entre les différentes saisies : One Piece et Naruto étaient concernés le même jour par les mêmes saisies. Ils ne sont certes pas chez le même éditeur français (respectivement Glénat et Kana, représentés par Viz Media Europe) mais bien chez la même maison mère en son pays (Shueisha). Cette action à Japan Expo fut donc motivée par les japonais qui ont envoyé le même message à leurs différents représentants français en leur demandant de serrer la vis à ce moment précis.

L'autre grande différence : nous avons un nouvel acteur cette année, à savoir les sociétés de protection des droits d'auteur. Elles sont inconnues du grand public, alors accrochez-vous pour le prochain paragraphe.

Les ayants droit (les éditeurs français : Pika, Kana via Viz Media...) représentent les produits et intérêts des détenteurs japonais des licences (Shueisha, Kadokawa, Nintendo...), d'où "ayant droit". Quand un fansub ou un scantrad illégal pointe son nez pixellisé sur le territoire, il appartient donc aux ayants droit français d'agir afin de protéger leur propre intérêt et par extension, celui des détenteurs originaux. Sauf qu'envoyer les emails qui font peur, les mises en demeure, les avocats, les brigades de la mort qui défoncent la porte des scantradeurs à six heures du matin avec des grenades flash, ben les éditeurs, ils ont d'autres chats à fouetter. Alors ils font appel à ces sociétés de défense des droits d'auteur : des entreprises en charge de faire respecter le contrat signé ou négocier les apparitions sur les produits dérivés (Naruto sur les cahiers scolaires, les jouets dans les menus burgers et autres étrangetés).

L'action fut donc tripartite : les éditeurs français, une société de protection des droits d'auteur, et les douaniers. Les premiers ont appelé les seconds, qui ont missionné les troisièmes.

Corrolaire : pourquoi les sociétés de protection des droits d'auteur ont-elles demandé aux douanes de visiter les jeunes créateurs alors qu'il y a une tonne de contrefaçons chinoises vendues par les professionels ?

Parce qu'il est bien plus facile d'y repérer une contrefaçon. Vous n'êtes pas sans savoir que les contrefaçons chinoises sont difficiles à différencier des produits originaux. Par contre, en se pointant sur le stand d'un "jeune créateur" qui a dessiné Pikachu, on sait immédiatement 1) qu'il n'a aucune autorisation, et 2) que le produit n'est pas officiel. La société de protection des droits d'auteur a également tout intérêt à faire dresser un maximum de procès verbaux afin de satisfaire leur client ; il est donc logique d'aligner ces stands à la chaine plutôt que de passer une journée à vider un seul stand rempli de contrefaçons chinoises. L'espace "jeunes créateurs" était donc tout à fait indiqué.

Seconde hypothèse : parce qu'ils ne savaient eux-même pas qu'ils avaient affaire à des amateurs. J'ai contacté la société qui a agi sur Japan Expo 2018, mais ils sont finalement restés lettre morte. Pour leur défense, recevoir un mail signé d'un crétin avec une peluche de raton laveur ne doit pas vraiment ensoleiller votre journée. 

J'ai entendu dire que / Il paraît que / On m'a dit...

Les légendes urbaines ont proliféré sur cet espace de Japan Expo ; ça sentait la trouille, et les légendes urbaines ont fleuri. Non, les douanes ne déchirent pas - et ne font pas déchirer - des originaux, car ils en ont besoin pour établir les procès verbaux (d'où le compte Flickr pointé en début d'article). Les contrefaçons sont certes détruites, mais en toute fin de chaine et pas en pleine saisie pendant une convention ! Non, les douaniers ne passent pas en pleine nuit : vous pourriez avoir l'autorisation d'un ayant droit, et ils ont besoin de vous pour dresser le procès verbal. Et ainsi de suite... Hélas, quand j'ai tenté de corriger les fausses informations, j'ai eu droit à des perles telles que "l'important, c'est que ça fasse du bruit". Le gag étant que pendant que les jeunes créateurs se faisaient choper par les douanes, les vrais escrocs détenteurs de contrefaçons pur jus ont planqué leurs pires pièces sous la table.

Je suis amateur, que faire pour ne pas avoir de problèmes ?

  • Revenir aux bases du fanzinat, autrement dit "fanzine" : si votre stand est rempli de porte-clés, sacs en tissu et autres goodies basés sur des licences existantes, vous produisez d'autant plus de produits concurrençant l'offre officielle. Restez dans la zone "amateurs" et n'allez pas chez les "jeunes créateurs" juste pour vendre des produits au delà de 12€ ! Par contre, si ces objets sont inspirés de vos propres histoires et personnages, tout baigne.
  • Peut-être lâcher les licences existantes pour créer vos univers à vous ? Un peu poussés par les circonstances, plusieurs artistes ont tenté cela avec succès pendant cette Japan Expo.
  • Ca va paraître un peu dingue, mais : contacter les ayants droit et demander la permission. Dans le milieu vidéoludique, de nombreux éditeurs et développeurs autorisent les YouTubeurs à monétiser les vidéos contenant leurs jeux. Par le passé, les fans français de la Mélancolie d'Haruhi Suzumiya ont travaillé main dans la main avec les différents ayants droit locaux pour aider à la promotion de l'anime, du manga et du roman. De même, l'activité du cercle amateur Monotype est connue de Type-Moon et ses ayants droit français. Gardez avec vous un papier justifiant de cette autorisation : les procès verbaux des douanes lors de Japan Expo citaient bien l'absence de justificatif comme motif de leur action. A l'inverse, si vous essuyez un refus à votre demande, dites-vous que vous venez d'éviter bien des problèmes sur votre prochain stand ! Par exemple, j'ai posé la question à Thomas Astruc (Miraculous, les aventures de Ladybug et Chat Noir) et il m'a répondu le plus clairement du monde
  • Eviter les plus grosses licences : dessiner un énième Evoli ou Naruto, c'est donner le bâton pour se faire battre. Les artistes américains ont carrément établi leur propre liste des licences à éviter. J'ai cité les cas Type-Moon ou Haruhi Suzumiya pour montrer que les produits de niche enchantent tout le monde : les quelques fans sont ravis car les produits dérivés officiels sont rares ou inexistants chez nous, les éditeurs sont aidés dans leur promo sur la portion moins connue de leur catalogue, et les amateurs trouvent leur public au lieu de se cannibaliser mutuellement autour des trois mêmes licences. Dans ta face, principe de Pareto ! Vous pouvez pousser cette logique encore plus loin en vous basant sur des licences qui n'ont pas d'éditeur français...

Je suis organisateur de convention, que faire pour ne pas avoir de problèmes ?

  • Relisez le contrat que vous faites signer aux exposants qui vous rendent visite. C'est bien beau d'invoquer une phrase type "si les douanes passent sur votre stand, c'est votre faute et pas la nôtre", mais en tant qu'organisateur, votre responsabilité peut être engagée. La loi protège le droit à la parodie ; rappelez-le afin d'avoir une définition communément acceptée de l'activité de fanzinat. Cela évitera les produits trop proches des originaux comme évoqués plus haut, et rappellera qu'un minimum de créativité est attendu de la part de vos exposants.
  • Faute de pouvoir accueillir tout le monde par manque de place, vous faites déjà un filtrage au moment où vous recevez les demandes d'exposants : si vous voyez un amateur qui n'a que des produits dérivés à proposer, réfléchissez-y à deux fois.
  • Méthode utilisée chez les américains et quelques conventions européennes : la liste noire. Vous tenez compte des interdictions des uns (le cas Miraculous déjà indiqué), des saisies des autres (les Naruto, One Piece, Pokémon pendant Japan Expo 2018) et vous demandez aux exposants dans votre contrat de n'apporter aucun produit inspiré par ces licences. Cela demande un travail de veille assez conséquent et imparfait : rien ne garantit qu'un ayant droit décide de changer d'avis ou d'ajouter de nouveaux titres dans ses intouchables. Si vous êtes un petit évènement, rien ne garantit que les éditeurs répondront à vos coups de fil. Bref, c'est difficile et imparfait, mais c'est un garde-fou non négligeable.

Je détiens une licence faisant l'objet de produits dérivés dans le milieu amateur, que faire pour ne pas avoir de problèmes ?

  • S'il s'agit de votre propre licence (par exemple, vous êtes créateur d'une bande dessinée française) et que vous vous éditez vous-même : communiquez clairement votre autorisation ou votre refus. Mettez l'information ou les conditions sur votre site ou dans votre oeuvre (dans la page des copyrights, manuel d'utilisation...).
  • S'il s'agit de votre propre licence et que vous avez un éditeur : communiquez clairement votre autorisation ou votre refus à votre éditeur, car c'est à ce dernier qu'il appartient de défendre votre bout de gras. Si vous êtes d'accord pour que les fans s'inspirent de votre oeuvre, cela évitera que votre éditeur menace inutilement ces derniers, au risque d'endommager votre réputation. Et si vous n'êtes pas d'accord, cela vous évitera d'avoir à gérer cela par vous-même. Il est également possible que votre éditeur ne soit pas de votre avis ; si vous êtes OK, il est susceptible de ne pas l'être, car il doit bien défendre son investissement dans votre travail...
  • Si vous êtes éditeur d'une oeuvre tierce : c'est le cas rencontré à Japan Expo, où les ayants droit français ont été conviés par les producteurs japonais à dégainer les avocats. Sauf que personne n'était au courant de cette action : ni les fans exposants qui se sont fait saisir leurs produits, ni les organisateurs qui n'ont pas pu prévenir lesdits fans de laisser leurs dessins de Pikachu à la maison, ni les visiteurs qui se sont retrouvés bien paumés.

L'article du Parisien indique que les saisies de contrefaçons à Japan Expo sont en baisse. Qu'en penses-tu ?

Le papier se termine avec un raisonnement par l'absurde : "parce que moins d'articles sont saisis, cela signifie qu'il y a moins de contrefaçons". Les années précédentes, les douanes passaient sur des stands professionnels qui disposaient donc d'un inventaire très important de produits mis en vente ; un seul stand pouvait taper à plusieurs milliers d'articles. Or, la politique de 2018 fut de cibler les jeunes amateurs, qui n'ont généralement pas plus d'une dizaine d'exemplaires d'un même produit - quand ce dernier n'est pas unique, comme le cas des encrages Manga Art précédemment cités. En ciblant donc des "artisans" plutôt que des "industriels" de la contrefaçon, forcément qu'il y aura un nombre moins élevé d'objets saisis ! Pour la curiosité, vous trouverez ici des statistiques plus précises sur les stands présents à Japan Expo 2017.

Et pour Japan Expo 2019, ça s'annonce comment ?

A l'heure où j'écris ces lignes (3h du matin), la SEFA ne fournit qu'un "plan global" fort succint, où l'on peut quand même voir que les "jeunes professionnels" sont parqués dans des "villages passion". Je doute que la nuance changera quoi que ce soit pour qui que ce soit ; les ayants droit y voient des zones qui font quand même partie d'un "village pro" - donc tenu aux mêmes règles du respect des droits d'auteur - et les passionnés y verront aussi un coté "fan" - car la passion fait vivre, c'est bien connu. M'est avis que les sociétés de protection des droits d'auteur devraient plutôt arpenter le Hall 6 pour éviter de nouveaux psychodrames, mais ils restent malgré tout dans leur bon droit.

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