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Tout ce que les archéologues trouveront ici se résumera à quelques éclats de plastique

Japanime

05 décembre 2006

Sherlock Holmes au 22éme siécle

Oui, c'est ce qui est écrit texto sur la jaquette dévédé. Pas "XXII", encore moins "XXIIème" avec un accent grave, et surtout pas "siècle" au lieu de "siécle". Notez également que ce n'est pas "du" mais "au 22éme siécle", car il s'agit bien du Sherlock Holmes original. Ou si peu.

Mon ami Masskot a été éduqué dans l'amour des choses importantes et immatérielles, comme la famille, le civisme ou l'éducation - aussi a-t-il une relation éthérée et teintée de sadisme avec la société de consommation. Aussi, quand il m'accompagne lors de mes séances de shopping compulsif, il a l'habitude de scruter les bacs de produits quasi-offerts par la direction, qui agit ainsi uniquement parce qu'il n'est pas très légal de donner ces produits, voire de payer les gens pour qu'ils aident le magasin à s'en débarasser. Nous parlons bien évidemment des nanars absolus, ces déchets pressés sur un DVD uniquement parce que c'est moins cher que de les sortir en VHS. Pour rappel, c'est également lui qui m'a traîné - et payé la place ! - à une projection de Donjons & Dragons 2.
Alors, quand on sort d'une flopée d'épisodes d'un anime inégal (par exemple, première saison de Full Metal Panic), c'est presque bon de mater un de ces vide-cerveaux débiles, histoire de finir le paquet de Prince Choco sur quelques rires atterrés. Masskot a des règles bien précises pour acheter ses disques. S'il y a Chuck Norris sur la boîte, on achète. S'il y a un gamin ninja, on achète (bonus points s'il s'appelle Kevin, on a déjà vu ça). Et surtout, si le pitch fait des comparaisons ou des références abracadabrantesques, on achète. Par exemple, il a pris un truc d'horreur parce que la jaquette de "In The Woods" le présente comme étant, je cite, "de la même étoffe que le Projet Blair Witch", navet s'il en est. Et lors du passage à la caisse, c'est toujours pareil : après quelques menaces toujours vaines ("Masskot, si tu prends ces disques, je te forcerai à jouer à Metal Slug en tenant la manette à l'envers"), je négocie face à un vendeur hilare pour que le prix final ne dépasse pas cent centimes d'euro.

Donc là, pour la première fois, il a pris un dessin animé. Typique du truc américain de base, sous-traité en Korénistan et écrit par des français probablement trouvés sous un pont. L'époque de MM. Deyriès et Chalopin a inspiré des vocations... Je vous gâche la surprise : c'était tellement nul qu'on n'a même pas tenu un épisode. Le kitsh, le médiocre, le tellement-mauvais-que-ça-en-devient-comique, ça suit une règle : d'un côté, on a le génialement mauvais, et de l'autre, on a le génial tout court. Mais cette règle suit une curieuse courbe ; quand on fonce vers le génialement mauvais, à un moment, ça va si loin que ça finit par retomber dans le génial, comme si les deux bouts se rejoignaient sous la table. Et là, ce n'est pas le cas car c'est tout simplement naze = epic fail.
Ca s'ouvre sur un petit mot clamant que c'est inspiré du "Problème Final", l'aventure où Sherlock meurt à moitié ; et en effet, les premières minutes retranscrivent le combat final entre Holmes et Moriarty. Puis, sans explication, nous voici dans le "Nouveau Londres", où la descendante de l'inspecteur Lestrade est une gonzesse sexy, accompagnée d'un robot qu'elle nomme Watson (et même si je dois mourir pour cet aveu, ça m'a fait penser au duo d'Ergo Proxy). Moriarty a non seulement survécu, mais il semble avoir été cloné, et il se promène sous l'apparence du Gardien de la Crypte. Et devinez quoi ? Sherlock n'est pas mort dans son combat deux siècles plus tôt, mais après avoir cassé sa pipe dans ses vieux jours, son cadavre a été conservé dans du miel (!) et il est ressuscité (!!) puis rajeuni (!!!). Un héros du passé pour se faire un méchant du passé : comme dans Demolition Man, les phrases cultes en moins. Remarquez, c'est typique des adaptations de concepts cinématographiques en cartoons : The Mask, Jackie Chan et tant d'autres se plantent car ils n'ont pas compris que ce qui rendait l'original attirant, c'était précisément qu'il ressemblait à un dessin animé sans en être un pour autant. Oui, c'était le coup de gueule du soir.

29 novembre 2006

Christmas Shopping Guide 2006 : Japanime et mangas

On va essayer de ne pas faire comme les années précédentes en s'y prenant au dernier moment pour trouver de jolis cadeaux.

Résumons : Nowel, c'est le moment idéal pour (s')offrir ce qu'on n'a pas osé acheter pendant l'année, ou se faire une séance de rattrapage sur tous les trucs cool qui sont sortis et sur lesquels on aurait fait l'impasse. Et ça vaut donc pour ce que vous pourrez donner à vos proches. Du coup, autant bien faire les choses : faites en sorte de ne pas refiler des saloperies HK, trouvez de beaux cadeaux quand même - dans le doute, évitez les posters, T-Shirts et autres CD, on ne sait jamais. Mais c'est pas une raison pour acheter n'importe quoi ; il parait qu'il y a des non-otakus qui lisent ce site, alors autant leur donner une piste d'achat que je crois assez commune : pas de ramasse-poussière, merci.
Non pas que je sois asthmatique, mais je déteste les figurines, bibelots et autres machins inutiles en plastique dont on se lasse après 30 minutes de contemplation culottière ; j'ai déjà assez de machins idiots sur des supports compacts gavés d'informations (livres, dévédés, VHS) pour ne pas avoir à m'encombrer de machins idiots aux formats pas vraiment optimisés et dénués d'informations. Encore une fois, ce n'est que mon avis, mais je crois sincèrement qu'il est répandu : à moins que la personne que vous souhaitez satisfaire dispose déjà de machins du même genre, abstenez-vous de lui en refiler un. Non seulement vous avez 95 % de chances de tomber sur une contrefaçon si vous ne savez pas les repérer, mais votre cadeau finira invariablement sur une étagère à côté de quelques moutons de poussière, genre "tu vois que ça m'a plu ton bout de plastique, il est pas au fond d'un carton". Quant aux 5 % restants, je préfère ne pas en parler. Les fans de japanime ne sont pas tous accros aux figurines, loin de là - ne faites pas cette erreur, surtout au prix où sont ces gadgets.

Autre chose à éviter : Kaze. Alors ceux-là, je ne les ai jamais compris. Ils font des DVD hors de prix, qu'ils justifiaient autrefois par la qualité du travail, à côté d'un Dybex lent ou inégal et d'un Déclic Images qui tapait dans le discount et les 300 rééditions pour rentabiliser l'achat d'une licence. Maintenant que Dybex se surveille et que Déclic est égal à lui-même, Kaze est simplement hors de prix. Pire, ils commencent à se la jouer Déclic ; par exemple, ils viennent de sortir un coffret intégrale Genshiken à 70 €, moins d'un an après avoir pondu une édition disque par disque avec le premier vendu 40 € dans une reliure avec quelques gadgets ridicules (silhouette en carton des persos de Kujibiki Unbalance, wouaaa). Donc pour ceux qui n'ont pas complété leur collection, les disques à l'unité ont été retirés du marché, et ils sont bons pour passer par ce coffret complet pour avoir la série. Sans parler de ceux qui ont tout acheté - encore une fois, il y a moins d'un an - et qui doivent observer cette réédition avec un truc en travers de la gorge. Un autre exemple : Les 12 Royaumes, vendus en trois coffrets hors de prix (75 € chacun, watchaaa) à présent réédités pour moins cher (60 € tout de même) avec une piste française en sus. Autrement dit, ils agissent comme les japonais : des disques onéreux et des "éditions spéciales" pour piéger les otakus, avant de solder rapidement les derniers stocks pour passer à autre chose.
Alors vous vous dites : Kaze, plus jamais. Ben non. Allez voir leur stand lors d'une convention, par exemple à Epitanime. Vous avancez vers leurs étagères, prêts à leur poser plein de questions sur leur politique mercantile à la limite de l'arnaque... et surprise, tous leurs produits sont complètement soldés, genre les 12 Royaumes à 25 € le coffret (!). Leur équipe est complètement passionnée, ils connaissent toutes leurs références, même hentai, sur le bout des doigts. Et lorsque vous écrivez votre rapport sur la convention, vous en arrivez à les nommer meilleur stand de l'évènement.
La morale de l'histoire, c'est que les rencontrer en vrai suffit à vous vacciner d'acheter leurs produits autrement qu'en mains propres. Là par exemple, ils viennent de sortir les sept premiers épisodes de Kino No Tabi à 50 €. J'avais beau attendre cette sortie comme la rosée du petit matin, je me dis que j'attendrai sagement la prochaine convention pour l'avoir à moitié prix.

D'ailleurs, il y en a qui ont tout compris : presque quatre ans après la sortie initiale, Dybex réédite le fantastico-génial-méga-cool-super-tip-top Read or Die dans une jolie boite en carton avec quelques gadgets dans la boite (livret, cartes postales, vous voyez le genre), pour le même prix qu'à l'époque, soit 25 €. Si vous connaissez quelqu'un qui ne connait pas encore Yomiko Readman, n'hésitez pas. Dybex réédite également des intégrales d'autres classiques à des prix pas trop exagérés, comme Hellsing (50 €), Samurai Champloo (mise en vente prévue pour demain) ou Golden Boy (ne l'offrez pas à Noël, ça ferait mauvais genre devant la famille). Dans le même genre, on a aussi Déclic Images/Manga Distrib' qui est en train de nettoyer ses hangars, soldant entre autres une version de Fruits Basket pour... laisser la place à une autre édition collector de Fruits Basket.
Toujours en matière d'animation, Disney/Buena Vista a sorti cette année quelques Ghiblis qu'on attendait depuis longtemps, comme Porco Rosso (mon préféré) ou Mon Voisin Totoro. Au moins, ça permettra d'arrêter de chercher les éditions perdues du Studio Canal. Pour le reste, non seulement il s'agit de chefs-d'oeuvre, mais ils constituent également un excellent point d'entrée dans le travail d'Hayao Miyazaki et la japanime en général. On peut aussi trouver Pompoko (pouvoir aux tanukis !), un peu moins mainstream, signé Isao Takahata, et au ton un peu plus sombre que les deux autres.
Dans la catégorie gag - parce que je n'ose pas croire que vous connaissiez quelqu'un qui mérite que vous dépensiez autant de fric - IDP Vidéo a une intégrale CardCaptor Sakura, série uniquement (70 épisodes, pas de films) en VF et VOST, pour un prix non précisé mais qui devrait taper dans les trois chiffres. Enfin, non, Beez n'a pas été touché par la grâce de Noël

Oh Bonne Mère, ils ont enfin sorti Gandahar en DVD. Il s'agit peut-être du deuxième meilleur long-métrage d'animation français, après Le Roi et l'Oiseau. Enfin, ce n'est que mon avis, hein ; le troisième, c'est les Triplettes de Belleville - Kirikou est quatrième.

En mangas, Pika s'est également bougé les fesses pour sortir - après plus de deux ans depuis la sortie en prépublication dans Shonen Collection ! - Air Gear en manga relié. C'est plus shonen que son grand frère Tenjou Tenge (clairement seinen et du même auteur) mais toujours aussi vif et soigné. A préférer face à l'atroce version animée qu'un éditeur bourré ne manquera pas d'importer. Pour faire découvrir Oh!Great sans se prendre de sales regards en coin à l'ouverture des paquets sous le sapin, yapamieux. Et toujours chez Pika et pour éviter la honte, évitez tout manga de Ken Akamatsu. Oui, même Love Hina - après tout, la personne ciblée doit déjà l'avoir lu/vu/ignoré depuis longtemps. Ils vendent d'ailleurs à 1,5 € un one shot spécialement pour Noël que les fanboys ne manqueront pas d'acheter - ceci dit, on peut féliciter Pika qui a un sacré sens de l'innovation, entre Shonen Collec', ses agendas scolaires ou d'autres initiatives du même genre.
Dans la catégorie des auteurs à lire absolument, n'oublions pas mon autre chouchou, Tetsuya Tsutsui. L'an dernier, on avait eu Duds Hunt, et en 2006, Ki-Oon nous a sorti Reset et Manhole, dont le second volume (sur un total de trois) vient de paraitre. Pour les grands - sous-entendu, même les grandes personnes à qui on voudrait faire lire du manga autre que Taniguchi -, et ça reste magistral.
Toujours pour les adultes, les proprios de ma mangathèque préférée (yay deux ans !) insistent pour rappeler Crash de chez Asuka et Homunculus, chez Tonkam. Pas lus, mais je me porte quand même garant de leurs conseils.

Ensuite, il y a les méthodes classiques : scannez la DVDthèque/bibliothèque de votre cible et prenez note des séries incomplètes, partez à la recherche des disques qu'elle n'a pas encore (par exemple, le coffret même simple de Paranoia Agent n'est plus facile à trouver et c'est un anime assez introuvable), ou un beau livre. Tout le monde aime les beaux livres, et l'artbook d'un anime ou d'un manga apprécié fait toujours plaisir.

05 novembre 2006

105 secondes

Okay, c'est bon, on a compris. La télé se sort les doigts d'un sombre orifice et découvre que les 15-25 ans passent leur temps à mater des fansubs au lieu de regarder des spots de pub. tf1 et m6 (dont le cas avait été abordé ici ou ), alias bonnet blanc et blanc bonnet, se dévouent pour expliquer les passions "de vos enfants ou petits-enfants". C'est pas moi qui le dis, mais ce reportage de tf1, jamais en retard pour nous faire rire. Donc, si vous n'avez pas cliqué sur le lien, voici la séance de rattrapage pour la séance de rattrapage de tf1...

Comme ils ont pompé sur m6, on a droit à la loli de 13 ans, "qui veut devenir mangaka" :

"Pour s'habiller comme une japonaise, faut regarder dans les mangas, et là on trouve l'inspiration." Pendant cette phrase, le montage nous montre ça :



alors qu'elle s'habille comme ça :



"Chuis allée comme ça à l'école, mais j'me maquille moins et je mets pas le sac" , où pendouillent des porte-clés Naruto et Keroro. Rien qu'avec ces fringues, elle doit porter plus de références à des mangas qu'une étagère de bibliothèque.

Ensuite, le "reportage" (comme j'aime abuser du sens de ce mot) se transforme en une vraie publicité pour une série de bouquins pour apprendre le japonais par les mangas, qui apparaissent à tous les plans de caméra, y compris dans les pattes de gros nerds en école d'ingé pendant des cours du soir. Un extrait de Naruto pour faire crier les cathos (avec le perso principal qui marche sur l'eau), des gamins qui jouent aux cartes - pratique marginale hors Yu-Gi-Oh-Rly et autres Pokémonneries - et voilààà. Votre vie semble bien vide quand tf1 peut la résumer en 1 minute 45.



En ce moment et depuis 21 heures, c'est la session IRC du dimanche soir. Ca se passe sur #editotaku@irc.worldnet.net, ou via la case prévue à cet effet dans le menu à gauche. A minuit, on autorise le hentai, et en attendant, ils doivent parler de quelque chose, mais je sais pas quoi. Nan parce que là ils m'ont encore spoilé sur un jeu vidéo, ces chacals. Que j'ai acheté hier, en plus. Quand je pense aux heures passées à tourner et retourner les articles pour vous parler de trucs sans vous gâcher l'effet de découverte, y'a de quoi retourner pleurer sous le bureau.

26 octobre 2006

"Manga" n'est même pas un mot français

Décidément, c'est la période : après le joyeux reportage de Zone Interdite, c'est au tour de Télérama de s'y mettre cette semaine, avec un dossier consacré au nouveau Spirou goût sushi. Faut dire qu'on peut les comprendre, les gens de Télérama, tellement ils n'en finissent pas de retourner leur veste sur leur traitement des mangasses dans les années 80-90. Sous la couverture hallucinogène signée Beb-Deum - davantage habitué au quotidien Libération - on a droit à un article bien soigné, qui change quand même de M6. Pour ceux qui n'auraient pas suivi la dernière aventure du groom de chez Dupuis, je résume : la bédé franco-belge étant complètement à la ramasse sur son propre territoire depuis que les jeunes se sont mis aux mangasses, J-D Morvan, scénariste des aventures de Spirou et par ailleurs mangavore, lance le héros au Japon en croisant son aventure au format franco-belge (genre 60 pages couleur grand format à 10 €) avec un manga pur sucre (genre 200 pages petit format noir et blanc pour moité moins cher) réalisé "là-bas" par un mangaka.
L'idée de base, c'est que la narrative selon le manga, privilégiant le développement des personnages sur l'histoire à proprement parler (et parfois, il ne se passe rien du tout) est une mécanique moderne que la bédé franco-belge doit intégrer, sous peine de bouffer les pissenlits par la racine. M. Morvan se prend à rêver de grandes collaborations franco-belgo-nipponnes, avec des mangakas qui bosseraient sur de beaux albums en couleur et des frenchies qui exposeraient leurs idées exotiques au pays qui bouffe le plus de bandes dessinées au monde. Ce qui serait peut-être possible, si l'industrie du manga n'était pas obnubilée par son propre nombril. Et comme je l'ai dit plus haut, Télérama a bien fait les choses, puisqu'ils sont allés recueillir l'avis de Frédéric Boilet, qui ne croit pas trop (comprenez : pas du tout) à ce genre de projet ; il raconte même qu'un éditeur l'a carrément interdit de visiter ou contacter Jirô Taniguchi, auteur quelconque en son propre pays qui vend des albums en France par charters entiers, précisément grâce au travail de M. Boilet...
Il y a de quoi dire sur les franco-belges qui, après avoir fait preuve d'un bon gros racisme caractérisé, finissent par (tenter de) s'adapter à une forme de bédé qui leur bouffe à présent la moitié du marché. Un autre exemple cité par l'hebdo est Shogun Magazine, projet des Humanoïdes Associés que j'ai reçu dans le courrier pour y avoir corrigé quelques textes. En fait, c'est tout con : c'est un excellent clone de Shonen Jump ou n'importe quel autre pavé nippon de 300 pages gavées de bédés à qualité variable (imprimées sur un papier tout aussi variable) qui entrent et dégagent par référendum des lecteurs. Les auteurs y sont français, bossent comme tels (seuls, quoi) mais sont tenus de suivre un rythme de parution "japonais" (comprenez : stakhanoviste). Il y a énormément à lire et le style se veut évidemment manga, mais on sent bien que certains projets tiennent du franco-belge assimilé manga avec quelques gouttes de sueur et autres mimiques ajoutées sur une bédé qui aurait parfaitement eu sa place dans un Echo des Savanes. Certes, ce n'est que le premier numéro, mais ça représente bien le dilemme qui frappe les Humanos, Spirou et les gens qui sont derrière : c'est dur de se prendre pour ce qu'on n'est pas.



Hors sujet : Au cas où vous ne le sauriez pas déjà, dites au revoir à Lik-Sang et dites bonjour à Firefox 2.

Autre chose : le mois dernier, Goldy, l'auteur du podcast NipponActu, partait en voyage au Japon avec la ferme intention de nous faire des vidéos de ses aventures une fois de retour et un blog sur place sur ses mésaventures. J'avais alors invité les lecteurs vivant sur Tokyo à prendre contact avec lui pour le guider sur place (ou revendre sa chair de gaijin à un yakuza, au choix). Alors qu'il partait le lendemain, vous avez bravé le décalage horaire pour lui filer quelques adresses et conseils lors de la session IRC du dimanche soir.
Il rentre ce week-end en France, et à travers la dizaine de billets qu'il a écrits, on comprend surtout qu'il a eu de sérieux problèmes de bagages perdus et que Poshu lui a bien rendu service. Je crois qu'il en a profité pour rencontrer d'autres lecteurs de l'éditotaku... Enfin, tout ça pour vous remercier d'être aussi géniaux et généreux ; même à l'autre bout du monde, vous êtes prêts pour aider un touriste à acheter des doujins hentai alors qu'il n'a même plus de vêtements propres à se mettre. Je crois que là, c'est le moment où je devrais vous serrer fort dans mes bras.

12 octobre 2006

Zone Maudite

Avant de commencer, je dois bien évidemment offrir mes kudos à M6, qui, ce dimanche dernier, a prouvé (mais était-ce bien nécessaire ?) combien il est facile de faire de l'audimat en étant démagogue. Pléonasme s'il en est, vu que le but précis de la démagogie est de choper l'audience la plus large possible. Cas d'étude présent : une Zone Interdite (présentée par une bimbo promotion-canapé) consacrée aux lolitas. Génial, non ? Comme ça, on ratisse le public loli prépubère, les crises de la quarantaine (et au delà) à la pédophilie dormante, et les
pré-crises-de-la-trentaine qui assument mollement leur attirance pour ces créatures "presque légales" - juste pas assez pour vous sauver de la prison, d'où le terme anglais de jailbait. Ou pour les otaques, on dit "lolicon" pour "lolita complex".
Bref, M6 a mis le paquet, et je les en félicite puisque ça a marché - la preuve, on en parle. On en a parlé toute la soirée de dimanche pendant la session IRC, où les habitués étaient rivés devant leur téloche, allant jusqu'à faire des captures en temps réel pour que tout le monde puisse admirer le spectacle. J'hésitais à préserver leur anonymat, mais merci à Nefka et Mdt, dont les images ont été récupérées moins de 24 heures plus tard par notre copain JpopTrash. Qui a ensuite retiré ladite page, M6 semblant ignorer le droit à la citation et à la parodie, mais on s'en charge. Chacun son boulot, après tout : JpopT défonce les loligothopouffes, Boulet se fait les chats, je m'occupe des fansubbeurs mentalement régressifs... Mais au fait, qui s'occupe des kevins ? Il y a bien ce type, mais il y a un problème ; sur le même blog, il poste des articles anti-Kevins et des photos où il se travestit (note : si vous avez cliqué sur ce lien, vous n'avez que ce que vous méritez), je cite, "après avoir fini mes devoirs". Notre chère Kaede essaie de s'y coller, mais la tâche s'annonce rude. Tiens, pendant qu'on en est à poster des blogs, vous avez déjà vu le plus court blog nymphomane au monde ?

Perso, j'ai pas vu le reportage : pour aussi dingue que ça puisse paraître, la Freebox a toutes les chaines musicales de M6 et même W9, mais pas M6 proprement dite. Mais rien que les récits ont suffi à me rappeler pourquoi le seul usage acceptable de la "télévision" est d'y brancher une console de jeux vidéo. Certains utilisateurs parlaient carrément à leur poste via IRC :

Mdt: y'en a une laide et une pas mal
Mdt: omg la maid elle ferait rever poshu
raton-laveur: screenshot !
Nefka: (elle a 14 ans et elle existe en vrai)
somnambule: bien sur que c'est de la provo conasse t'as 14 ans
raton-laveur: jailbait
Mdt: elle a des gants de dentelle blanche
[...]
Nefka: "nous sommes en pleine régression"
raton-laveur: qui ?
[...]
raton-laveur: PUREE DANS LES RUES DE PARIS WTF
kraken: tain j'en ai jamais croisé moi
Legion: HOLY JUMPING JESUS CHRISTMAS BISCUIT
raton-laveur: purée mais ce visage de BJD
Legion: Dieu existe !
raton-laveur: (ball jointed doll)
raton-laveur: Whisky Tango Foxtrot
kraken: tête à bukkake ça
raton-laveur: tete de poupée oui
[...]
somnambule: ils ont prononcé cosplay "cosplaie"
somnambule: yay


Forcément, c'était trop tentant, et il a fallu que ma conscience me pousse à brûler 815 Mo de mon disque dur...



... pour vous épargner la fantastique stupidité de ce document, si dense qu'on pourrait la couper avec une scie. Je pourrais jurer devant une cour de justice que je n'ai pas regardé M6 depuis plus de sept ans, mais là... Mentalement, c'est comme si on vous coulait du béton dans la boite crânienne, vous sentez vos neurones qui s'étouffent les uns après les autres. Bien sûr, la "rédaction" s'en tape : ils ont certes un forum sur lequel les téléspectateurs pratiquent des activités aussi intellectuelles que "se lancer des excréments à la figure" ou "crier au fake toutes les 5 minutes", et que personne chez M6 ne lit. Radios-télés-journaux réalisent que le Web leur bouffe leur part de temps de cerveau disponible, et un marketeux débloque le budget pour concocter un site internet avec les trucs à la mode, genre Web 2.0, podcasts - et une masse de publicités pour essayer de rentabiliser la chose, on est pas les Soeurs du Bon Secours. A votre avis, pourquoi ont-ils demandé à JPopTrash de virer leur page ? Symptômes d'une fuite en avant des médias traditionnels qui n'ont rien à cirer du Net et n'y comprennent rien, si ce n'est qu'il sera l'architecte de leur chute.

Je résume : on voit trois lolis qui s'habillent comme dans une version dégénérée d'un manga Clamp et croient que c'est la norme au Japon. On a même droit à un cosplay en plein Paris d'une maid (sincèrement M6, merci pour ça)... vous la voyez, la boucle infinie ? Les maids nipponnes sont basées sur les soubrettes françaises du XIXème siècle ; nous avons donc une française qui arbore un assimilé japonais d'un costume français. Rien que d'y penser, j'ai mal à la tête. Juste après ça, le "reportage" (je continue à utiliser ce terme avec une grande tolérance) s'offre un passage à la Japan Expo. Et la voix off s'en donne à coeur joie : "des jeunes qui refusent de grandir, [...] nous sommes en pleine régression."
Les chambres des filles sont couvertes de posters, mais elles sont autrement vides. On aperçoit une petite étagère avec les classiques Nana/Fruits Basket, mais ça s'arrête là ; merde, ce qu'il y a en ce moment sur mon bureau suffit à dépasser toute leur collection. Par contre, y'a une constante : l'ordinateur, son MSN, son skyblog (l'émission était pas terminée qu'un épitaniméen me refilait les skyblogs d'une demoiselles du reportage) et, sans faire la langue de pute, les softs de peer 2 peer. Ma wé chuis une ado jé po d'argent alors j'vé chez Junkuuu et j'regard mé j'achét pooo car jé les scans, bé oué.

"Mon idéal est de ressembler à une japonaise, ils ressemblent à des anges". "M'habiller comme ça me renvoie à mon image du Japon". "Les Japonais respectent [les fringues excentriques]". Nom de Dieu. Vous n'êtes pas japonais. Vous ne parlez pas un gramme de japonais. Vous écoutez de la musique aux paroles que nous ne comprenez pas. Vous fringuer comme des créatures marketing pondues pour une industrie concentrée sur son propre nombril nationaliste ne vous enseigne rien sur la culture millénaire d'un des pays les plus riches au monde. En fait, si quelqu'un doit bander en voyant ce "documentaire", c'est bien les socio-économistes nippons ; leur culture visuelle moderne est si répandue que des jeunes à l'autre bout de la planète en oublient la leur. La preuve.



Après ce "reportage", Erwan Yuki Kario de Kermalek a disparu de la circulation, mas reste activement recherché. Si vous avez des informations à son sujet, contactez le camion de CRS le plus proche.


Erwan alias Yuki : il a le prénom le plus breton de ce côté de l'équateur, sa famille - comment a-t-elle pu laisser faire ça ? - a clairement une fierté péninsulaire qui doit arborer un nom avec plein de sons en K genre Kermalec ou Kario, et ce garçon se surnomme "Yuki", en référence à Dieu sait quelle créature artificielle inventée à l'autre bout du monde. Son héritage breton pleure, les crêpes bretonnes pleurent, les demoiselles bretonnes avec leurs généreux corsages levés à la crème pleurent. Même les gars qui faisaient du rap celtico-breton étaient plus authentiques que ce type, avec leurs HEY HO LE NOUVEAU SON DE MANAU !

Bien sûr, ces erreurs de la nature sont présentées comme la norme : de nos jours, les lolitas se promènent dans la rue fringuées en maids, se scarifient des logos ésotériques et invoquent la magie noire. Y'a de quoi se la couper et s'engager dans les ordres religieux... Peut-on parler de reportage ? Les gars qui ont filmé ça ont dû envoyer quelques mails à des gamins qui tiennent un skyblog pour trouver des volontaires. C'est une émission-maronnier du niveau de la rubrique des chiens écrasés, rejouant ad nausea le sujet "ah, les jeunes d'aujourd'hui" - qui sont donc otakus (ils ont utilisé, ou plutôt inventé, le terme de "japan maniac"), anorexiques et/ou gothiques. Ah, la télé d'aujourd'hui.

Mais au fond, en quoi sommes-nous différents, nous autres otaques plus ou moins assumés, de ces dénégations vivantes de la théorie évolutionniste de Darwin ? Okay, déjà on écrit pas en SMS. Ensuite, on a quelques années de plus - mais si peu ! A leur âge et même avant, nous étions tout aussi accros aux mangasses, non ? Mais est-ce qu'on croyait que les robots géants arpentaient les rues de Tokyo ? Est-ce qu'on croyait que penser trèèès fort à une boule d'énergie générait un Kamehameha ? Est-ce qu'on se mettait à hurler "TETSUOOO" en arrivant sur un stade pour un évènement sportif ? Est-ce que nos seuls achats se limitaient aux hors-séries spécial posters de Kogaru ou Japan Vibes et à quelques CD HK ? Sous-entendu : on avait déjà un peu plus de plomb dans la cervelle - et le temps passant, on a bien pris conscience que nous sommes des objets du marketing. Jusqu'à cet article, puisque comme je l'ai dit en ouverture, M6 a fait en sorte qu'on parle d'eux et ça a marché. Les studios nippons font en sorte qu'on achète leur came et ça marche. Tous ces arguments "culturels" sont un artifice économique, on le réalise, mais ça n'empêche pas la machine de tourner.
Ces gosses s'habillent plus mal que Séverine Ferrer, gobent sagement une image foireuse d'un pays dont ils ignorent tout, et même s'ils passent leur temps à pirater, ils sont les gentils petits soldats d'une invasion économico-culturelle qui se déroule sans le moindre accroc. Vous avez vu l'état de la bédé française ? Du cinéma d'animation américain ? Le marché du jeu vidéo ? La Chine s'éveille, le Japon endort les jeunes esprits occidentaux. "Invasion", "petits soldats" ; j'utilise ici des termes assez rudes, oui. Est-ce une guerre culturelle ? Pas besoin de choisir son camp, il suffit juste d'être conscient de la situation... et nous le sommes, à grands coups de textes quelque peu réfléchis. Ces jeunes se feraient sauter avec une ceinture d'explosifs chez les éditions Dupuis pour arrêter le manga Spirou sans avoir compris qu'ils étaient de purs résultats d'un marketing efficace. Avant d'appuyer sur le détonateur, il est bon de réaliser que ce qui régit votre vie se résume à une liasse de billets.

Bonus : JPop-Trash s'est donc fait menacer par le service juridique de M6 après leur article sur cette émission, amenant les trasheurs à retirer la page de leur site. Sauf que l'éditotaku a une copie, et elle est ici !

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