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Pigiste avec expérience sachant travailler avec respect des délais et sens de l'humour, même face à sa fiche de paie : raton-laveur@raton-laveur.net

16 novembre 2005

Another Code - Mémoires Doubles

Beaucoup de gens s'accordent à dire que la grande maladie du XXIème siècle sera l'obésité. Les mioches passent leur temps devant la télé (jeux vidéo ou pas) en bouffant des Speculoos, ne sortent pas, font sauter le cours d'EPS, et rejettent la faute sur leurs parents, MacDo ou la société de consommation parce qu'à côté de leurs rondeurs, Pac-Man passerait pour un cube. Selon le philosophe Jean-Jacques Delfour, l'obésité physique ne serait que le symbole d'une obésité psychique que nous avons tous en nous, gavés d'informations inutiles, de loisirs bidonnés et de prêt-à-penser omniprésent, faisant de nous des imbéciles dénués de sens commun ou de responsabilité.
A mon humble avis, le meilleur symptôme de cette obésité de l'esprit est le trouble déficitaire de l'attention, ou "trouble d'attention déficiente". Le terme doit être inconnu en France, mais le nom américain (ADD, pour Attention Deficit Disorder) est en voie de popularisation. C'est différent de l'hyperactivité, mais nombreux sont ceux qui confondent les deux maladies. Basiquement, l'hyperactif est une boule de nerfs surexcitée alors que celui qui a un trouble déficitaire de l'attention est infoutu de rester concentré sur le même sujet pendant plus de quelques minutes, voire quelques secondes. Par exemple, la télévision (encore elle, je sais), avec ses programmes de plus en plus courts, ses spots publicitaires, son rythme épileptique (les américains prennent plaisir à citer MTV comme source d'ADD), contribue à fabriquer des déconcentrés à la chaîne. On se gave d'informations rapides, simples à absorber, on réfléchit pas, et -oh, un oiseau qui passe devant la fenêtre ! Le trouble déficitaire de l'attention est rampant, ses victimes sont déjà parmi nous. Les SMS réduisent la communication à un crachat unilatéral de caractères, ma génitrice ne finit jamais ses phrases, MSN Messenger et le téléphone coupent votre train de pensées avec des interruptions toutes les 10 secondes, on ouvre 14 onglets dans Firefox, les liens débiles parsemant ces articles n'aident pas vraiment à suivre leur déroulement déjà anarchique et les Kevins se lassent d'une instance à peine commmencée pour larguer votre groupe au milieu du donjon.

Grand philanthrope, Nintendo (ou plutôt Cing) a déjà compris tout ça. Dans Another Code, jeu d'aventure à énigmes pour Nintendo DS, l'héroïne adolescente se pique (*) à rappeler régulièrement '[s]on-"troisième-anniversaire-qui-hante-toujours-[s]es-rêves", et à la fin de chaque chapitre, il y a carrément un questionnaire à choix multiples sur ce que le joueur vient de découvrir !
Ca raconte l'histoire d'une gamine qui vient d'être contactée par son père qu'elle croyait disparu et qui l'invite sur l'île déserte où il s'est retiré. Elle s'appelle, tenez-vous bien, Ashley Mizuki Robins, un nom digne d'un personnage de fanfiction - et ses cheveux complètement blancs n'aident guère à se défaire de cette idée. Le jeu commence alors que le bateau va accoster ; elle sort sur le pont, ses cheveux (blancs, au cas où vous l'auriez oublié) sont agités par le vent. Profitez-en : c'est la seule animation 2D du jeu, et celles en 3D ne sont guère plus nombreuses. S'ensuit, dans le plus grand respect des jeux d'aventure japonais, une séance interminable de blablatage avec la tante d'Ashley (une rousse à lunettes, hmmm), puis avec le capitaine du bateau. Et évidemment, impossible d'avancer sans avoir épuisé tous les sujets de conversation. On met enfin pied à terre, et tantine se fait enlever. Chouette, plus un seul dialogue ! On va arpenter l'île et le gigantesque manoir qui s'y trouve dans une ambiance digne de Myst !
Minute papillon, ne crois pas t'en tirer comme ça. Quelques instants plus tard, on se retrouve avec un fantôme (nommé D, aucun lien de parenté avec le Dumpeal le plus cool de la galaxie) en guise de sidekick qui jouera les pots de colle jusqu'à la fin. Une chance, il n'est pas trop bavard. Si le jeu est sous-titré "Mémoires Doubles", c'est parce qu'Ashley et D souffrent tous d'une amnésie partielle, qui s'estompera évidemment avec votre aide. L'une veut se souvenir des circonstances de la perte de ses parents (vous savez, le fameux jour de son troisième anniversaire qui hante toujours ses rêves), et l'autre a oublié comment il est mort, ce qui est quand même ballot. D'habitude, les jeux vidéo où le héros est amnésique sont simplement écrits par un abruti qui n'a pas envie de se casser le cul à présenter l'univers et les personnages, à faire une introduction, préférant prendre la voie paresseuse du "va découvrir ça toi-même" : Second Sight, Head Hunter, The Nomad Soul, Ein dans Dead or Alive 2, Cammy dans Super Street Fighter 2, Shadow dans Shadow The Hedgehog... L'amnésie, c'est vraiment une astuce de scénariste branleur. Ici, c'est quand même un peu pareil : Ashley ignore tout de l'île, ce qui ne fait pas grand chose à introduire, et D ne se souvient de rien, donc là encore ça fait peu d'infos à présenter au joueur. En tant que jeu d'aventure, on n'y reviendra probablement pas après l'avoir terminé, si ce n'est pour retrouver des objets facultatifs que l'on aurait oubliés. Et comme tout jeu d'aventure, ce n'est pas bien long : comptez 6 heures en prenant son temps.

Mais on s'en fout : ce qui compte, c'est l'histoire, les énigmes - l'aventure, quoi. Pour l'histoire, ça va : on quitte le jeu avec l'impression d'avoir bouclé quelque chose, sans conclusion en queue de poisson, tout va bien. Ca part un peu en délire SF dans le dernier chapitre, mais rien de grave - nous ne sommes pas chez Quantic Dream. Personnage ado et format console oblige (?), il y a quand même une bonne dose de mièvrerie : Ashley interrompt des conversations pour que le décor puisse fondre au noir alors qu'elle se plonge dans une introspection mentale dedans sa tête ou nous repasser une couche sur le jour de son troisième anniversaire qui hante toujours ses rêves.
Pour les énigmes, par contre... A moins d'être atteint de troubles déficitaires de l'attention, la grosse majorité des puzzles sont une insulte à votre intelligence. Mais il y en a deux ou trois qui sont une épreuve de sadisme mental. Ce n'est pas non plus du Myst, mais c'est surprenant de difficulté comparé au reste (énigme du cadre pliable, je pense à toi). Enfin, et c'est une bonne chose, Another Code joue son rôle de titre paru dans le catalogue de lancement de la DS en tirant profit des fonctionnalités de la console : à l'exception du port cartouche GBA ou de la connexion sans fil, tous les gadgets de la console sont exploités de façon bien pensée pour avancer dans l'aventure.

Côté graphismes, l'écran du bas affiche une vue en 3D temps réel vue du dessus (on contemple donc une tête de cheveux blancs qui courent, et il faut vraiment que la caméra se détache furtivement du crâne d'Ashley pour que la perspective nous permette d'entrapercevoir ses jambes bien longues pour une gamine de 14 ans), et l'écran du haut est une image en 3D précalculée pour montrer les lieux ou objets d'intérêt. Quand on veut fouiller, on touche une icône et l'image glisse sur l'écran du bas pour qu'on puisse cliquer sur le moindre pixel qui dépasse - un vrai jeu d'aventure, je vous dis. Hélas, le peu de personnalité de l'ensemble est dispersé dans un mélange de genres. Les décors précalculés sont assez anonymes, dans la moyenne basse du genre, style Zork Nemesis ou The 11th Hour et à des années-lumière derrière les deux Syberia aux lieux époustouflants mis en scène par Benoît Sokal. Quant aux personnages, on est partagé entre des flashbacks au trait crayonné à l'occidentale... et les "vivants" (D le fantôme étant paradoxalement de ceux-là) qui sont représentés dans un excellent design manga, aux lignes claires et épurées. Que penser de D qui semble tiré d'un anime alors que ses ancêtres sortent d'un comic-book ? Mais dans les deux cas, ils sont peu utilisés car les personnages se montrent peu à l'écran en-dehors de leurs postures de dialogue, ôtant ainsi du cachet à l'ensemble pour rester dans la froideur désertique des décors. Vraiment dommage, parce que ce trait qu'on voit si rarement m'a séduit.

Au final, Another Code reste un jeu d'aventure : on y joue, on le finit, et on passe à autre chose - mais on peut le finir une deuxième fois pour avoir quelques variantes, et bon, le timecode de la sauvegarde m'informe qu'il m'a fallu 10 heures tout rond pour faire deux passages. C'est rafraîchissant de voir un jeu à énigmes sur console, qui plus est portable, et encore plus quand ses fonctionnalités originales sont bien exploitées. A part quelques énigmes qui demanderont l'aide d'un aîné, il s'agit somme toute d'une excellente introduction au genre pour le petit cousin/neveu/frère, et un bon moment pour vous qui êtes suffisamment âgés pour avoir pu lire cet article jusqu'ici et en survivant à l'introduction alambiquée. Si vous avez l'intention de l'acheter, vous regretterez problablement votre acquisition si vous avez versé plus de 20 eurobouzoufs. Je n'aime pas cette métaphore, mais Another Code est un joint : quelqu'un se le procure, et il tourne auprès de tous. Faites en sorte qu'on vous le prête, passez un bon week-end relax dessus, effacez votre sauvegarde et rendez-le à son possesseur pour qu'il continue à le faire circuler. Pas besoin de se l'acheter, on se le passe d'ami en connaissance comme on se passe un bouquin sympathique.



(*) "L'héroïne se pique" est un jeu de mots de Phillipe Geluck.

14 novembre 2005

Tout ce que je sais, c'est Nintendo qui me l'a appris



Another Code - Mémoires Doubles

(on continue ici la tendance du screenshot débile qui passe de temps à autres sur ce billet d'humeur)

12 novembre 2005

Densha Otoko

Autant le format de l'éditotaku me permet d'écrire quand bon me semble (pourvu que ce soit au moins tous les deux jours), autant je n'ai pas pour habitude de réagir "à chaud" sur quelque chose. Faut systématiquement que je laisse refroidir, quitte à être en retard sur le reste du Net ou quitte à laisser tomber l'idée d'en parler parce que c'est périmé. Partent ainsi à la trappe des articles sous prétexte que "tout le monde doit déjà tout savoir là-dessus"... Mais quand j'aborde innocemment le sujet, par exemple lors des sessions IRC, il s'avère que non, tout le monde ne sait pas forcément de quoi on parle. Les OS-tans, Nintendogs, Attack of the Swarm, ou Densha Otoko. Oui, le lien précédent vient du blog de Tehem, geek conquis par cette série qui m'a récemment pris en traître pour me mettre une latte dans les noisettes et menacé de recommencer si je ne faisais pas d'article sur cette dernière (la série hein, pas la latte). En fait, Keul et Tehem sont comme deux résultats d'une expérience gouvernementale dont le but aurait été de créer génétiquement le codeur PHP ultime. L'un me harcèle avec un manga et l'autre avec un drama ; honnêtement, je n'ai pas envie de savoir lequel des deux est du côté Lumineux ou Obscur. Enfin, cet article parle pour une fois d'une série télé avec des vrais gens qui font les acteurs dans Tokyo avec des caméras devant eux, ce n'est pas dans les habitudes de cette colonne mais vous allez comprendre pour quoi je fais une exception.

Densha Otoko, donc. Résumons rapidement pour ceux qui ne sont pas encore au courant du conte de fées qui a achevé d'émouvoir les japonais après la diffusion de la série télé, du film, des mangas, de la vidéo pour adultes (si si) et du topic sur le gargantuesque 2ch.net (où sont également nées les OS-tans, décidément). C'est l'histoire d'un otaku qui aide (durant le printemps 2004) dans le métro une demoiselle agressée par un chikkan bourré. Ayant récupéré ses coordonnées, elle lui envoie un cadeau, et notre garçon décide de séduire la demoiselle avec les conseils des forumeurs de 2ch, où il utilise le pseudonyme de "Densha Otoko", ou "garçon du train". S'ensuivront une séance de relooking, restau avec la belle, échanges de SMS, shopping pour lui acheter un nouveau PC, déclaration d'amour, happy end. Les logs du forum ont ensuite été reproduits sous forme de livre (ASCIIart compris !) qui a fait un carton, pour la suite qu'on connait.

Evidemment, pas mal de gens mettent en doute la véracité de ces évènements : tout semble trop lisse et trop bien aligné pour être vrai. Personnellement, j'ai tiqué au moment où, de retour à Akihabara après s'être coupé les cheveux et acheté de nouvelles fringues, une vendeuse lui dit qu'il ne ressemble pas aux clients habituels ; même sous forme de compliment, aucun vendeur mentalement sain ne ferait ce genre de remarque. L'histoire a été largement répandue par Fuji et l'agence de publicité Dentsu, le fonctionnement de 2ch autorise tous les délires anonymes (dans la série télé, un des personnages tente d'ailleurs d'en profiter), ce genre de buzz marketing a déjà été utilisé à de nombreuses reprises, et il ne faut surtout pas compter sur les médias japonais pour poser les bonnes questions (ils ont une colonne vertébrale aussi dure que de la guimauve). Tim Rogers, connu pour ses articles sur insertcredit, raconte sur son blog qu'il sait que tout ceci est bidonné et que bien forte est l'ironie de voir que les membres élitistes de 2ch ont créé une évènement tout ce qu'il y a de plus mainstream. Enfin, la théorie en vogue est que cette histoire aurait directement été écrite par une huile de 2ch afin de financer les problèmes juridiques régulièrement posés par le site.
Vraie ou fausse, cette histoire en dit long sur la sociologie nipponne : un mélange de vérité et de mensonge, de réalité et de virtualité. Pour se faire aider par des anonymes, le garçon n'hésite pas à étaler sa vie privée à tout l'Internet. Ces questions sur les mensonges de la réalité ou les vérités dans la virtualité (qu'il s'agisse de rumeurs ou de conspirations) et leur place dans la vie ont déjà été posées dans Serial Experiments Lain ou Matrix... Et quelle coïncidence, la trilogie des frères Washowski tient un rôle dans Densha Otoko puisque l'otaku prête à la demoiselle les DVD de ces films. "La Belle et l'Otaku", remake moderne de la Belle et la Bête. Tout étant observé du point de vue du garçon du train, "Hermes" (le surnom qu'il lui donne sur 2ch en référence aux tasses à thé qu'elle lui offre; Hermes, alias Saori Aoyama dans la série télé, alias Misaki Ito, alias râh lovely) reste quand même un mystère dénué de personnalité. On ne saura jamais ce qu'elle (belle, riche, intelligente) lui trouve de séduisant (lui otaku, salaire pourri, culture à zéro), à l'exception de son acte de bravoure au début de l'histoire. N'est-on pas sur le point de convaincre les japanophiles glaireux que les femmes japonaises seraient prêtes à accepter n'importe qu(o)i ? Tout cela suit les idéaux véhiculés par la culture manga, genre "on peut tout réussir si on y croit"... Je ne serais qu'à moitié étonné si un réalisateur occidental se décidait à en faire un remake. Enfin, si cela s'avère être cousu de fil blanc, cette galipette publicitaire a au moins un avantage sur ses précédentes ; là où d'autres se contentaient de tenter de nous faire céder aux instincts consuméristes, celle-ci fait aussi passer un message de civisme encourageant à aider les demoiselles en détresse - suivi par une moyenne de 69 otakus sur 100. Toujours ça de gagné.

Dans le Hagakure, Jochô Yamamoto rapportait les dires d'un ami médecin qui se plaignait qu'avec le temps, le pouls des hommes ressemblait de plus en plus à celui des femmes, car ils devenaient "lâches et faibles" et qu'il était impossible - en 1716 - de trouver "un homme véritable". Que dirait-il aujourd'hui ! Avec Densha Otoko, c'est la femme (Misaki Ito) qui prend la main ou embrasse en premier, pendant que l'homme est incapable de faire quoi que ce soit sans tout dévoiler à des inconnus et pleurer comme une fontaine à la moindre occasion. Dans cet ordre d'idées, le Japan Times a une (hilarante) critique au vitriol de l'adaptation en long-métrage et plus particulièrement de l'idéal véhiculé par cette histoire, décidément trop propre pour être vraie. Les otakus ont toujours eu une réputation dégueulasse suite à l'affaire Tsutomu Miyazaki ; si cette fable n'est qu'un énorme coup de pub, elle permettra certes d'affirmer aux japonais qu'ils ne sont pas des tueurs en série, mais juste des losers naïfs. Mais quand l'économie nipponne est en crise et qu'ils réalisent que les otaques concentrent leur pouvoir d'achat (loin d'être négligeable) sur les produits technologiques et culturels de leur propre nation, il y a de quoi leur passer le cirage et redorer leur blason. Et les femmes dans tout ça ? Pas besoin de s'inquiéter, elles savent très bien se défendre toutes seules.

Et la série télé, que vaut-elle si on fait abstraction de la mention "basé sur une histoire réelle" et qu'on la juge en tant que fiction ? Déjà, le scénario se permet une dose de deus ex machina: par exemple, lorsqu'ils se rencontrent pour aller dîner quelques jours après l'incident du métro, "Hermes" (interprétée par, je vous le rappelle, Misaki Ito) ne remarque pas que Densha s'est lourdement relooké-coiffé-décrassé, parce qu'elle ne portait pas ses lentilles la première fois - mais ça n'a pas empêché les producteurs de la série télé de lui faire lire Angels & Demons juste avant l'agression ! La narration est bien plus "explicite" que dans les autres dramas, ceci étant dû au fait que le personnage raconte ses moindres pensées sur le Net et que les contributeurs sont montrés à l'écran alors qu'ils hurlent leurs conseils en les rédigeant sur le forum de discussion... On est à des années-lumière des non-dits et regards lourds de sens qui caractérisent la plupart des films ou séries asiatiques.
Après tout, on reste dans un divertissement orienté vers les moins de 30 ans, et les japonais considèrent que tout doit être exagéré lorsqu'on s'adresse à ce public. Non, sérieusement : dans le film de Boogiepop Phantom (qui a un scénario loin d'être mouvementé, l'anime confinant paradoxalement à de la non-animation), un personnage qui vient d'avoir une révélation tombe physiquement sur le cul... Et les autres dramas pour jeunes ne sont pas en reste, les acteurs nippons n'hésitant jamais à se comporter littéralement comme des héros de papier - sans parler des montages aussi anarchiques qu'une pub dans Famitsu. La narration à la télé asiatique, avec tous ses textes à l'écran et jingles sonores débiles, a-t-elle tant hérité du manga ? Au fait, au cas où vous ne le sauriez pas déjà, voici la règle d'or : si vous cherchez de bons acteurs, ne regardez jamais de séries TV japonaises.

Dans Densha Otoko, la production a eu les moyens de ses ambitions, même s'il s'agit quand même d'une histoire guère onéreuse à narrer - en témoigne l'adaptation cinématographique bien low budget. Chaque épisode (11 + une fin alternative) est bourré de gags visuels et d'informations, beaucoup de choses étant racontées en une heure. Les décors sont bourrés de références, la série pousse tellement le trait à certains moments qu'elle semble s'auto-parodier en cumulant les effets kitsch (Hermes, vous savez, celle qui est jouée par Misaki Ito, a son thème musical tout en violons dégoûlinants et est régulièrement entourée d'un halo de lumière !) et on voit même la rouquine Eriko "Honeeey Furashuuu !" Sato dans un rôle secondaire ! Des posts entiers apparus dans le sujet de discussion original de 2ch sont reproduits à la virgule près, mais après les deux premiers épisodes qui sont une copie carbone de l'histoire originale, de nombreux éléments sont évidemment ajoutés pour romancer l'histoire : un passage au Comiket, un stalker, un rival... La réalisation est de qualité, on ne s'ennuie pas une seconde, et même si cette série a fait de jolis records d'audience avec son histoire d'amour impossible (25 % d'audimat pour la finale quand même), on voit bien qu'elle cible avant tout les otakus, que ce soit par son générique-hommage (Mina Mina) ou par leur lourde présence dans le casting, chaque "forumeur" conseillant Densha en étant un avec sa propre passion (trains, militaire, Hanshin Tigers...). D'ailleurs, à plusieurs reprises, cette série m'a quand même fait réaliser à quel point je suis atteint. Par exemple, on voit lors d'une preview du prochain épisode Misaki Ito qui dit "moe" (*) ; par pur esprit de fan service, je recule la vidéo de quelques secondes pour admirer ça - et je l'avoue, je l'ai fait cinq ou six fois. Quand ce moment arrive lors de l'épisode suivant, il y a précisément un personnage qui sort un dictaphone et lui demande de répéter le précieux mot - et elle le fait !
Enfin, cette série est un bon divertissement, au-dessus de la moyenne nipponne en la matière - ce qui n'est pas vraiment un compliment, la moyenne des dramas japonais dépassant à peine la qualité des telenovelas mexicaines. Gokusen (adapté d'un manga, et y'a Misaki Ito qui joue dedans), Stand Up ou Summer Snow (ce dernier étant typique des tire-larmes qui font la majorité des séries TV japonaises) aussi sont sympathiques chacun dans leur genre, d'ailleurs. Densha Otoko est une amusante fiction pas trop mal foutue, excessive à souhait dans sa narration, parfumée à l'eau de rose et otakiste à fond. Sûrement pas la meilleure chose que vous materez cette année (sauf si vous ne regardez que des dramas nippons, hu hu), mais franchement divertissant.



(*) Se prononce "moé", s'écrit indifféremment avec ou sans accent. Jargon d'otaku visant à exprimer la tendre émotion ressentie devant les demoiselles de la japanime ou des jeux vidéo. Exemple : "si tu retires le moé moé de Negi Ma, il reste plus rien".



Demain soir et comme chaque dimanche dès 21 heures, session IRC sur #editotaku@irc.worldnet.net ou en entrant votre nom dans le menu à gauche ! Fans de Misaki Ito, y'aura rien pour vous !

10 novembre 2005

Les emails en chocolat

Non seulement j'ai donc failli mourir par overdose de Nutella, ce qui est un comble quand on connaît ma consommation de drogue à l'époque, mais encore en plus, il se produisit l'effet suivant : le LSD m'a permis de sentir réellement le goût du Nutella, de le magnifier au delà de tout ce qu'il est possible de concevoir, d’en définir toutes les subtilités gustatives les plus infimes, d’autant plus que j’en avais dans le nez et que j’étais plus ou moins en train de vivre ma dernière heure.

L'article sur le Nutella a été mis à jour en tenant compte des emails que je reçois toujours à son sujet, cinq ans après sa publication.

08 novembre 2005

Un cadeau pour les Room Mates

Salut à vous, lecteurs de la Blue Room qui arrivez ici suite à mon petit papier chez vous. Faites comme à la maison, on est entre fans. Pour vous souhaiter la bienvenue, laissez-moi vous faire partager une illustration toute spéciale de Sonic, puisque je la considère comme étant "la représentation la plus moche de Sonic qu'il m'ait jamais été donné de trouver au milieu des innombrables goodies générés par Sega" :



Ne me remerciez pas, c'est tout à fait naturel. On peut l'admirer dans la Sonic Mega Collection + sur Xbox. Ensuite, les plus fans pourront se demander ce qu'il y a de si hideux dans cette image... Je sais pas moi, peut-être que c'est dû à ses pupilles complètement dilatées ? L'artiste n'a visiblement pas compris que les petites taches blanches dans les yeux du hérisson bleu ne sont qu'un reflet, et non pas l'intérieur de sa pupille. On a donc droit à un regard de caféinomane, doublé du fait que Sonic est en train d'électrocuter un enfant et sur le point de gifler une pauvre gamine. Si vous jouez à ce jeu vidéo, dans sept jours, Sonic s'occupera de vous.



Je vais avoir du mal à dormir ce soir.

06 novembre 2005

Scandale : Nintendo se met aux devinettes

... et on s'en serait bien passé.



(Nintendogs)



Session IRC hebdomadaire en ce moment même - #editotaku@irc.worldnet.net, vous connaissez la recette. Ah, et le script IRC à gauche marche à nouveau.

04 novembre 2005

Lu dans la presse

Trouvé dans le Libé d'aujourd'hui, au sujet des émeutes en Seine-Saint-Denis :
"Ce ne sont pas tous des voyous. Certains viennent juste pour s'amuser. Au lieu de jouer à la Playstation, ils tapent des CRS."
- Gérard Gaudron, maire d'Aulnay-sous-Bois (UMP).



Lectorat adoré, on va jouer tous ensemble à un jeu : toi aussi, tire une conclusion de cette citation.
Exemple : "C'est prouvé, les jeux vidéo ne rendent pas violent car quand on joue, au moins on ne tape pas sur des CRS." Ou alors : "Il y a quelque chose de plus amusant que la Playstation : taper sur des CRS". Ou encore : "Ceux qui ne jouent pas à la Playstation sont des voyous." A vous de continuer : on tient la noix d'or vidéoludique de la semaine.

02 novembre 2005

Pour ceux que ça intéresse

Dans la semaine de 1up.com consacrée à la Team Ninja, Tomonobu Itagaki (créateur de Dead or Alive)semble trouver la série des Tekken particulièrement ennuyante. Ce qu'il oublie de préciser, c'est la véritable raison de sa haine envers la série de Namco, racontée sur Tokyopia ; à l'époque du premier DoA, Namco avait fait une publicité à la radio qui cassait du sucre sur le jeu de la Team Ninja. Evidemment, Itagaki-san s'est senti particulièrement offensé et a toujours juré de se venger au centuple "avec des missiles nucléaires". Dans le même texte, il avoue également trouver que les Tekken sont de bons jeux, mais qui ne cherchent paresseusement pas à améliorer le genre... Comme quoi ils ne sont pas si mauvais qu'il le prétend aujourd'hui.

Perso, je m'en fous, je ne joue pas à Tekken. A part ça, je vous conseille fortement de lire les autres articles de ce dossier : Tomonobu Itagaki explique à un moment qu'il connait le journaliste depuis des années, et ça se voit. Il y a des questions que personne ne pose jamais, et Itagaki-san trouve même quelque chose à sauver dans Armageddon.

01 novembre 2005

Jade Empire

Je vais parler d'un point de discorde entre un ami et moi qui traîne depuis des années : les RPG japonais sont-ils des jeux de rôle ? RPG, Role Playing Game, ou jeu de rôle en français. Selon la définition de ces gens étranges serrant leurs dés à 20 faces dans leurs petites mains en toutes circonstances, un vrai jeu de rôle vous permet d'influencer le déroulement de l'histoire ou de créer votre personnage. Or, les RPG nippons ont un scénario bien défini, dirigiste au possible, et il en est de même pour les personnages. Pour les rôlistes, Final Fantasy et consorts ne sont que des jeux d'aventure avec des nombres apparaissant à l'écran quand on vous tape dessus. Lorsque ce point de discorde refait surface dans une conversation, j'ai tendance à couper la poire en deux en affirmant qu'il s'agit là de deux visions différentes du jeu de rôle : les RPG occidentaux vous font vivre un personnage et les RPG orientaux vous font vivre une histoire. Si ça ne calme pas la discussion, je commence généralement à taper.
A l'exception des produits pour adultes, les japonais ne jouent quasiment pas sur PC. La chasse du RPG asiatique est ainsi bien gardée : les jeux de rôle nord-américains finissent sur ordinateur et les japonais sortent sur consoles. Ou plus précisément, sur playstation 2, la console ayant pissé sur le genre RPG pour marquer son territoire : la faute (?) à Square Soft qui a largué Nintendo et conçu Final Fantasy VII pour la console de sony. La petite histoire dit que le point de discorde avec Big N tenait au choix du support cartouche au lieu du CD pour la N64. Le succès de FF7 paracheva la position de sony comme leader du marché en général et du RPG en particulier... poussant dans les ténèbres des joyaux comme Panzer Dragoon Saga, Shenmue ou Skies of Arcadia, dont le seul tort était de ne pas exister sur la "bonne" console. A l'heure actuelle et au milieu de quelques erreurs de listing, le Cube et la Xbox comptent respectivement 10 et 17 RPGs... Ouh la honte. Pendant ce temps, les RPG occidentaux (et MMORPG) font la joie du PC, qui a déféqué pour marquer son territoire. Deux visions, deux mondes, deux plate-formes.

D'ailleurs, je crois me souvenir qu'à un moment de ma vie, j'ai compris pourquoi Microsoft s'est lancé dans le marché des consoles de jeux vidéo, mais j'ai oublié. Sûrement la faute à un excès de Werther's Original. MS s'est ainsi retrouvé dans une position plutôt maladroite pour les RPG : américain mais avec une manette, ça donne quoi comme jeu de rôle ? Il y a eu des coups d'essai plus ou moins heureux : ainsi, l'absolument oubliable Sudeki, au nom et à l'atmosphère japonisantes mais développé en Angleterre : mi-figue mi-raisin, il s'est planté comme une merde dans le monde entier. Ou Fable, squelette du gameplay rôliste à l'occidentale, comme simplifié à l'extrême autour du concept de choix sur la vie et la destinée du héros. Et enfin le fantômatique True Fantasy Live Online, MMORPG japonais développé par Level 5 (Dragon Quest 8 !) mais tué dans l'oeuf. En parlant de TFLO, lui et le manque de RPG nippons sont cités par 1up parmi les 20 raisons pour lesquelles la 360 pourrait se viander au Japon - ou pas.
Ainsi donc, les RPG dignes de ce nom sur Xbox se comptent sur les doigts d'une main, et il en est de même pour le GameCube. Chez Microsoft, comptons ainsi la participation de BioWare, avec KOTOR (KOTOR 2 ayant été conçu par Obsidian "Planescape Torment" Entertainment) et ... Jade Empire.

Jade Empire est un RPG grand public. Je suis très loin d'être un bon joueur de RPG, mais il ne m'a résisté que 25 heures en ne se pressant pas - une durée de vie plutôt courte comparé à la moyenne du genre. La création du personnage ne contient que trois caractéristiques (Force, Magie et Concentration, et une combinaison de chaque influence les compétences de Charme, Intuition et Intimidation qui permettent d'ajouter des choix de conversation pendant les dialogues), la gestion de l'équipement est inexistante (toute nouvelle arme remplace l'ancienne et l'inventaire se limite aux objets de quête), et les compagnons restent à votre niveau sans avoir à gérer quoi que ce soit. Les combats sont comparables à un beat'em'all, où l'on peut passer instantanément d'un style de combat à un autre et où votre allié se relève avec la santé à fond s'il venait à tomber pendant la baston - mais si c'est vous qui merdez, c'est Game Over même si votre copain est frais comme un gardon. Bref, on ne se prend pas la tête et à côté de ce design simple, KOTOR passe pour une feuille de calcul Excel.
Jade Empire est beau. C'est bourré d'effets spéciaux et de filtres graphiques, les villages avec les pétales de fleur qui volent sont superbes, la cité impériale grouille de passants, les animations sont superbes, la musique colle à l'ambiance, tous les dialogues sont parlés et interprétés par des voix françaises largement entendues (entre autres, on reconnait le doubleur de Christopher Lloyd pour un personnage de savant fou !), même l'intégration entre vidéos et cinématiques 3D est parfaitement cadrée. La seule erreur de goût dans cette peinture à l'huile, ce sont les commentaires débiles exprimés par deux acteurs pendant le générique de fin. Et le seul détail de l'univers qui ne me semble pas avoir complètement été assumé est le langage Tho Fan, qui sonne comme les aliens de Star Wars et qui est plutôt bidon puisqu'on entend clairement le même baragouinage plusieurs fois lors de discussions complètement différentes... On note aussi que des portes ont été laissées ouvertes pour un éventuel deuxième épisode : par exemple, de nombreux personnages parlent de destinations où on ne se rend jamais, comme la ville à l'Est de la Porte du Phénix - à moins qu'il ne s'agisse d'éléments qui aient été coupés au montage.
En bon RPG occidental, Jade Empire vous laisse décider si vous voulez jouer les enfants de choeur ou les méchants garçons.
En bon jeu de rôle tout court, Jade Empire m'a fait vivre toutes sortes de situations exotiques. J'ai fait équipe avec une gamine schizophrène dont l'enveloppe charnelle contient non pas un mais deux démons (avec les yeux qui virent au rouge ou au bleu quand ces derniers ont envie de me parler via la pauvre enfant), j'ai détruit des armadas d'avions pendant des séquences de shmup, j'ai eu droit à toutes sortes de dialogues de cultes, j'ai participé à une pièce de théâtre, remporté un combat de rhétorique, joué les entremetteurs... Après HK-47 de KOTOR qui est largement considéré comme un personnage d'exception, je suis tout également tombé sous le charme de Tornade Noire. 25 heures de jeu seulement, mais bien remplies.
En fait, Jade Empire est cool. Fun, scénario sous forme d'hommage à tout le cinéma hong-kongais et à ses clichés, beau comme un dieu, rôliste sans être complexe, bien traduit et trouvable pour pas cher, c'est vraiment un des meilleurs RPG de la Xbox. D'accord, ce n'est pas bien compliqué en soi vu le manque de concurrence, alors disons simplement que c'est un excellent jeu.

30 octobre 2005

En retard, je suis en r'tard en r'tard en r'tard

J'avais l'intention de vous parler de Jade Empire, mais j'ai trouvé un paquet de Speculoos (et je n'ai pas la moindre idée de comment il est arrivé ici) et maintenant j'ai mal au ventre. C'est super bon, mais quand on voit les grosses traces d'huile sur le sachet, on sait qu'on va également déguster lors de la digestion.

Pensez à bien mettre toutes vos consoles à l'heure d'hiver. Oui, même la Saturn et la Neo Geo Pocket Color.

En guise de bouche-trou, voici une tranche de vie inintéressante dont vous n'avez rien à foutre.

Il y a quelques années, j'étais de passage à Paris, et évidemment, je me devais de m'arrêter à la Tête dans les Nuages au boulevard Richelieu. Je faisais tranquillement ma partie de Virtua Racing sur le réseau de 8 bornes, assis dans un des derniers cockpits de la rangée. En me levant après le Game Over, je remarquais un groupe autour de la première borne... C'était l'acteur Christophe Lambert qui venait de jouer avec nous. Un regard alentour, et en effet, les affiches de cinéma "Beowulf" recouvraient les murs - monsieur faisait sa promo. Mais si, Beowulf, le clone d'Highlander avec Rhona Mitra, la première fille à avoir représenté Lara Croft en vrai... Vous ne vous souvenez pas ? Vous avez de la chance. Et non, je n'ai aucune idée du classement de Lambert lors de cette partie de VR.

Session IRC en ce moment même, vous savez où et comment. Mes excuses pour ce billet lamentable.

*part vers la salle de bains en courant*

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