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Non, je ne trouve pas que Mogudan dessine des seins trop gros

Japanime

20 août 2006

Edition Limitée



(si vous ne connaissez pas Dream Land, j'ai fait un article avant la parution du premier volume et c'est édité chez Pika)



Ce soir, c'est la session IRC qui commence, ben, maintenant, sur #editotaku@irc.worldnet.net - ou vous pouvez passer avec la case prévue à cet effet dans la barre de menu. Avec un programme spécial, intitulé "t3h shame", où je posterai en direct un article trop honteux pour paraître en bonne et dûe forme dans cette colonne. Si vous ne pouvez pas être là ce soir, des fourbes posteront sans doute le log.

13 août 2006

Coyote Ragtime Show

Etat d'esprit second. Le cerveau a la consistance d'un morceau de bois, pas un seul mot ne s'écrit à l'écran, même pas pour s'excuser du mutisme mental. Ca pense à peine et ça ne sort pas du tout. On prend bien sagement son paracétamol, mais ça ne change rien. On met ça sur le dos de la chaleur, et on ne peut pas appeler ça des vacances. Désolé pour le silence.



La subtilité. Vous connaissez ? Quand on s'en sert bien, ça peut devenir le plus gros point fort d'un anime ou d'un manga. Tenez, prenez le studio Clamp : leurs oeuvres font un carton à chaque âge parce qu'ils sont subtils. Okay, tous les mecs y sont gays comme des pinsons (et/ou pédos), les femmes y sont aussi lesbiennes que des limaces, mais ce n'est pas évident au premier abord. Un "adulescent" (purée, que je nourris une relation compliquée avec ce mot) feuilletant les mangas Clampesques se mettra à crier "OMG LESB HOT ACTION" à chaque page, un garçon prépubère se contentera d'interrogations innocentes plus ou moins déplacées avec ses contacts sur MSN Messenger, et une gamine de dix ans sera accro à la chasse aux Clow Cards de Sakura. Les merveilles des différents niveaux de lecture de la bande dessinée japonaise cartonnent aux sous-entendus subtils.

Sauf que pas mal de studios n'en ont rien à cirer. Au contraire, même : ils interprètent cette "subtilité" comme la manifestation d'auteurs qui ne vont pas au bout des choses. Ils se disent, ces machins de lopettes marchent déjà du tonnerre, alors on va faire pareil mais en boostant tous les paramètres de 500 %, et on tient un carton assuré. Exemple pratique : prenez Chobits et son héroïne mutique sans défense et au passé inconnu. Boostez la libido des personnages secondaires, "gonflez" le physique de l'héroïne, fringuez-la avec un collier de soumission SM, et vous obtenez DearS. Alternative : la même chose mais avec tous les personnages féminins assoiffés de sang : résultat, Elfen Lied.
Allez, encore une fois, je vois que ce petit jeu vous amuse. Prenez CardCaptor Sakura, remplacez les sous-entendus yuri des héroïnes (âgées de dix ans) par une homosexualité sortie du placard, ajoutez du furry, de la nudité et une violence trop graphique pour correspondre aux plus jeunes audiences. Vous l'avez deviné, on obtient Magical Lyrical Nanoha. La liste est virtuellement infinie.

Un dernier pour la route : prenez Cowboy Bebop - le meilleur anime de ce côté de la galaxie -, remplacez les héros ultra-cools et décontractés par des gars sans peur et sans brioche, augmentez le quota gonzesses, ajoutez une forte dose du fantasme moé à la mode (les maids), et vous obtenez Coyote Ragtime Show. Essayez de poser ça sous forme d'équation, vous verrez que c'est une recette scientifiquement infaillible - même si au passage, la subtilité de l'oeuvre originale est partie aux chiottes. Au fond, est-ce un problème ? Les auteurs n'ont pas voulu faire dans la finesse, et en ont fort justement profité pour faire dans le grandiloquent, le grandguignolesque, le grand-n'importe-quoi... Et ça marche. Ils s'offrent même le luxe d'un premier épisode à la Big Trouble in Little China de John Carpenter, où les personnages principaux sont vus d'un point de vue extérieur. Pour le reste, c'est à base de win et c'est techniquement nickel... Et le héros est joué par Akio Otsuka, qui est décidément bien à la mode ces derniers temps. Enfin bon, si vous avez déjà lu le manga Black Lagoon (et donc, que l'adaptation animée ne vous intéresse pas) et que vous recherchez un anime blindé d'aventures pas très philosophiques, c'est un très bon morceau.



Oui, session IRC en ce moment.

31 juillet 2006

Rescue Wings

Mais avant d'aborder l'article, commençons ce texte par un message d'intérêt public :

Ne regardez pas, sous aucun prétexte, je répète, ne regardez PAS l'épisode 17 d'Higurashi. Le titre du billet abordant cette série était un détournement du titre ("Quand les cigales se mettent à pleurer") en "Quand le raton se met à pleurer". Ben c'est arrivé, mais pas comme prévu : c'est la première fois qu'un anime me fait couler des
larmes de douleur. Physiquement, je n'avais pas mal vu que c'est le perso à l'écran qui souffrait, mais psychiquement, le cerveau était tellement chargé de messages de douleur devant pareil spectacle que j'en ai encore la tête lourde. Même le final d'Audition n'était pas aussi dur que ça. Insupportable.

MIZAJOUR : Ce sujet n'étant pas vraiment compatible avec ce qui va suivre, merci d'en discuter dans le fil de commentaires déjà existant sur l'article dédié.




Après avoir parlé d'un anime particulièrement débile, il est bon d'égaliser la balance en tapant dans du sérieux. De l'anime pour les grands, avec un design léché, des hélicoptères qui existent pour de vrai et des gens qui meurent sans pisser des hectolitres de sang. Y'en a que ça rebute vite fait : un pote qui s'est arrêté de mater PLANETEs dès le générique d'ouverture, Jirô Taniguchi qui ne plait guère dans son propre pays (alors qu'il est chouchouté par Casterman ici-bas), ou Osamu Tezuka dont les oeuvres les plus "réalistes" ne sont pas ses plus connues. Personnellement, je suis pas fan - mais la ligne éditoriale de ce site (?) a dû vous le faire comprendre depuis longtemps.

Je vais être honnête avec vous : si j'ai commencé à mater Yomigaeru Sora (Rescue Wings pour le nom international), c'est pour une seule raison. Je vous préviens, c'est de la grosse otakerie bien éhontée qui va suivre. Je flânais vaguement sur le catalogue Bandai, je mate quelques bandes-annonces et paf, je reconnais la voix de Mamiko Noto (sur ce spot publicitaire, pour être précis). C'est une seiyuu (actrice de voix) pas connue pour un sou, au portfolio plein à craquer de seconds rôles, mais qui a joué une performance qui m'a fait fondre comme un glaçon sur le corsage d'une pin-up dessinée par Mogudan dans un anime lui aussi pas connu pour un sou. Elle jouait Hazuki dans Yami to Boushi to Hôn no Tabibito (au générique d'intro aussi difficile à chanter que le nom de l'oeuvre est à prononcer), réalisé par le studio Deen (Higurashi !) basé sur un jeu vidéo - hentai yuri ? mais non voyons, vous me connaissez - designé par l'excellent studio Carnelian. Ca racontait l'histoire d'une fille à la poursuite de son amour, une autre fille (yay) muette dont l'esprit voyageait d'un livre à l'autre : dans chaque épisode, les personnages principaux étaient les mêmes, mais la trame et leurs rôles suivaient le scénario du livre.
Ca ne vous rappelle rien ? Oui, moi aussi j'ai fini par croire que Clamp a tout pompé pour son chassé-croisé XXXholic / Reservoir Chronicle Tsubasa. L'héroïne, interprétée par Mamiko Noto, reste pour moi l'archétype de la lesbienne parfaite : un katana avec un croissant de lune sur le pommeau, fringues de lycéenne, quelques bandages autour de la cheville sans autre raison que de faire cool, des cheveux aussi sombres que son regard, taciturne, et qu'il ne faut pas déranger dans sa quête. Miss-croissant-de-lune voyage donc dans les livres grâce au pouvoir d'une déesse avec un chapeau gigantesque, d'où le titre : "Le Voyageur de la Nuit, du Chapeau et du Livre" une fois traduit. Je pourrais continuer en vous expliquant les liens entre Yamibou et le "stupéfiant" Kannazuki No Miko, mais vous risqueriez de mettre ma sexualité en doute. N'empêche que : Yamibou = yuri anime number one et tout le monde est lesbo-accro pour Hazuki. Mamiko Noto a une voix si profonde qu'elle en devient envoûtante. Ce n'est même pas une de mes seiyuus préférées ou quelque chose du genre, non ; c'est juste qu'on reconnaît tout de suite son intonation si hypnotique qu'elle pourrait charmer des serpents. Et quand on couple ça à une samourai girl à gros seins fringuée en lycéenne, je résiste pas.

Bref : elle joue un rôle apparemment principal dans Rescue Wings ? Même pas envie de savoir de quoi ça parle, je regarde. Ou plutôt, j'écoute. Vous voulez vous faire une idée ? Regardez cette vidéo pour entendre sa voix "normale". Elle interprète la petite amie du personnage principal, un type un peu paumé qui voulait être pilote de chasse mais qui se retrouve assigné aux hélicoptères de sauvetage. Lors des premiers épisodes, le mec vient d'arriver à sa base militaire : ils n'arrivent pas à se joindre et ne peuvent se parler que par messages laissés sur répondeur. C'est super lent, il ne se passe presque rien d'un épisode à l'autre. Tu parles d'un teasing pour le pauvre gars qui mate cette série rien que pour l'entendre... Je le sais déjà, mais je ne vais pas en m'améliorant : en 2000, je me foutais de la gueule de ceux qui avaient maté un épisode bien précis de Love Hina juste pour entendre Hiromi Tsuru (qui jouait la mère de Shinobu dans l'épisode 2), et voilà qu'à présent, je fais la même chose pour entendre une obscure actrice que j'ai repérée dans l'adaptation d'un jeu vidéo lesbo. Yay for me.
Pour le reste, c'est quand même bien réalisé, dur et crédible comme la vie - sauf que même dans le feu de l'action, les membres des services de sauvetage ont un peu trop tendance à sortir des kilomètres de formules de politesse dans leurs messages radio. Bah, ça reste un détail : le mecha design est super détaillé, les personnages ne sont pas caricaturaux et font bien passer leurs sentiments... Il faut voir la réaction d'une mère de famille quand un sauveteur lui rapporte le parapluie de sa fille portée disparue, ça vous noue l'estomac. Et je ne parle pas que du mien ; rapidement, le héros réalise que secourir des gamines en train d'agoniser dans les décombres de leur maison détruite par un tsunami, c'est pas trop son truc.

C'est le tribut des animes "réalistes" dont je parlais au début de ce texte : les personnages ont beau être sauveteurs ou cosmonautes, ils n'en restent pas moins de crades et petits êtres humains tout faibles. Le type a passé une nuit de merde, porte des fringues noires pour bien faire comprendre au téléspectateur qu'il déprime sur le ratage de son existence, et alors qu'il broie du noir, il laisse un énième message sur le répondeur de sa copine, parlant presque pour moi : "je veux entendre ta voix". Ni une ni deux (ou plutôt si, "une" épisode plus tard), la demoiselle lui rend visite. Et lui demande "comment est ma voix ?" Je suis aux anges. Flashback de la rencontre des deux tourteraux : au lycée, mademoiselle était une bibliomaniaque avec de grosses lunettes. Réminiscence de Yomiko Readman au fanboy devant l'écran ; c'est un coup tellement facile pour me séduire qu'un arbitre a failli siffler un coup franc contre l'épisode. Pour le reste, c'est classique : après le passage de sa copine, le mec remonte sa pente et continue à aider des gens. L'histoire se déroule, racontant les aventures de cette escouade héliportée qui sauve des vies. Je les regarde d'un air distrait ; après tout, j'ai déjà eu ce que je voulais.

27 juillet 2006

Les invincibles filles sandwich

J'arrêterai jamais de le répéter : avant d'être "artistique" ou "culturel", l'industrie du manga et de la japanime est bel et bien une industrie. Dans le genre bien capitalistique et rouleau-compresseur, qui laisse des gens sur le carreau. Tenez, par exemple : vous vous souvenez de cette fille aux cheveux roses qui jouait Akari dans l'anime To Heart, qui est responsable de l'explosion du genre harem anime ? La dernière fois qu'on l'a vue, elle suçait des bananes dans Girls Bravo... Quelle déchéance. Certains persos s'en sortent mieux, comme la demoiselle qui faisait Rei Ayanami : son "rôle de composition" est à l'origine du stéréotype "fille tellement mystérieuse et taciturne qu'elle vire au légitime tronchage". Ainsi, elle a enchaîné les rôles dans ce registre, tel un Claude Piéplu auquel les producteurs lui demandaient de faire du Shadok ou un Mark Hamill verrouillé sur Luke Skywalker. Dernièrement, on l'a vue interpréter Yuki Nagato.
Mais d'ailleurs, la rouquine qui faisait Asuka dans Eva, qu'est-ce qu'elle est devenue ? Même si les (filles surexcitées en permanence dans leur mauvaise semaine mais avec un bon fond - pensez Naru Narusegawa) sont à présent légion, on ne l'a plus beaucoup revue. D'aucuns disent que son rôle dans Neon Genesis Evangelion l'aurait particulièrement éprouvée et qu'elle serait partie en congé sabbatique. Mais voilà, j'ai une bonne nouvelle pour ses fans : elle joue le rôle principal dans Muteki Kanban Musume et elle pète le feu.

Le titre est grosso merdo traduisible par le titre de ce texte : dans les quartiers commerciaux, ces jeunes et jolies filles descendantes du gérant d'un magasin, qui justifient à elles seules qu'on fasse un tour dans leur échoppe. Un peu comme les manekineko, mais sans le chat. Ou comme des hommes-sandwich, mais sans l'homme. Donc là, on a deux kanban musume aux boutiques l'une en face de l'autre. Oui, ça chie des bulles. Mais surtout, c'est hilarant. Pardon : HILARANT. C'est plus drôle que Bobobo, encore plus déjanté que Pani Poni Dash, et c'est pas loin de Puni Puni Poemi. C'est même pas parodique (à part pour l'intro qui est un coup de pied dans les noisettes de Gundam Seed) ou axé second degré, c'est simplement marrant, et ça s'assume.

(Batman, nous entrons dans une zone de hors-sujet)
C'est pas comme ces productions connes comme des balais qui croient tromper leur monde avec un vernis de pseudo-sentimentalisme. Vous avez lu le tome 3 de Rozen Maiden, où le "personnage principal", hikkikomori en puissance entouré de poupées gothiques, est invité par ces dernières à oublier son passé où les gens le traitaient comme le loser qu'il est avant d'accepter sa vie présente ? Vous vous souvenez encore d'Elfen Lied, et des commentaires de fans de cette ignominie à la suite de cet article ? Si je parle de ça, c'est pour faire la différence entre une production "qui s'assume" et une autre qui essaie de cacher sa stupidité profonde. Que ce soit pour votre cousine de sept ans, son frangin deux fois plus vieux ou vous-même, Totally Spies, le Level One sur Game One, Rozen Maiden, les jeux vidéo sur GBA basés sur des films sont toujours des bouses sans nom ; il y a des trucs objectivement insultants à l'intelligence humaine, qu'on ne peut possiblement pas épargner en fin d'article avec un "ça plaira sûrement aux plus jeunes". A ceux qui écrivent encore ce genre de phrase pour un produit de divertissement : allez sucer une péniche. Quand j'étais gosse, je savais déjà faire la différence entre un bon et un mauvais jeu vidéo, alors n'essayez pas de refourguer la dernière bouse d'Ubi Soft ou Atari sur Nintendo DS en arguant que les juniors n'y verront que du feu. Ces horreurs ne trompent personne, même pas leurs créateurs qui tentent malgré tout de dissimuler leurs péchés avec la motivation d'un macaroni mal cuit.
Notez ça dans votre carnet : quand c'est con et que ça s'assume, glop glop. Exemple : une fille aveugle qui se fait opérer par (motherfucking) Black Jack, ressort de la salle d'op' avec la capacité de voir à travers la matière, et s'en sert pour sauver des vies avec l'aide d'infimières ninjas. Quand c'est con et que ça tente de le cacher, ça sent la merde et c'est pas glop. Exemple : Mai HiME et ses lesbiennes qui finissent comme un sentai après avoir tenté de faire pleurer la galerie. Assumé, pas assumé, y'a un monde entre les deux : ça aussi, je n'arrêterai jamais de le répéter... Mais pourtant, je me sens parfois un peu seul. Par exemple, pourquoi défoncer Black Lagoon en le taxant d'anime plein de filles à gros seins, de fusillades insensées et assourdissantes, quand on a précisément affaire à un anime 100 % "girls, guns and rock and roll" ? Pas assez intellectuel pour monsieur ? Je sais pas ce qui se passe en ce moment, mais les animes "pas sérieux" se font taper sur les doigts, à l'exception des bulldozers genre Keroro Gunsou. Et pendant ce temps, le studio Gonzo continue à sortir à la chaîne des animes ultra-formatés et dénués d'originalité et Origine se fait porter aux nues comme une production d'Hayao Miyazaki. Quelle industrie étrange que celle de la japanime.
(fin du hors sujet)

En plus, ça répond à des questions du genre "entre une rame de métro et un Shinkansen, qui gagne dans un face à face ?" et techniquement, les scènes d'action sont étonnamment soignées. Que du bonheur.

19 juillet 2006

La vie ordinaire d'Haruhi Poulain

Au cas où vous ne le sauriez pas déjà, j'ai passé toute l'année 2001 au Canada. Et pendant ce temps, en France, il s'en est passé des choses... Ou tout du moins, c'est la seule explication qui me soit venue à l'esprit quand mes parents m'ont regardé comme un extra-terrestre après avoir demandé "mais c'est qui Loana ?" Il y a aussi eu "Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain" (*), film qui explosa le box-office français. Une amie m'expliqua le phénomène : les premiers spectateurs au début de l'exploitation étaient sortis des projections avec un sourire d'une oreille à l'autre, mais l'effet de bouche à oreille (exacerbé par les journalistes qui parlaient d'un "phénomène Amélie") s'était amplifié jusqu'à ce que toute la populace se rue dans les salles sombres... avant d'en ressortir fort déçues, tombant simplement sur un "bon petit film" alors qu'après tout ce tapage médiatique, ils s'attendaient à un chef-d'oeuvre. C'était simplement une tranche de vie toute heureuse, célébrant la joie de vivre, le carpe diem et tous ces machins du même genre.

La vie ordinaire d'Haruhi Suzumiya, c'est tout pareil. C'est un gros morceau de plaisir en animation, une féérie qui veut faire groover l'esprit du téléspectateur sans le prendre pour un con - rien que pour ça, c'est à regarder ; depuis Fruits Basket, on n'avait pas vu un tel concentré d'anti-déprime. Et en soi, le club d'Haruhi Suzumiya, le SOS-dan (appelé "service d'aide aux étudiants" auprès de l'administration scolaire) est une façon comme une autre d'amélipoulainiser le monde, en aidant les gens à être heureux - même si c'est pas forcément avec leur consentement. On ressort d'un épisode en chantant et en dansant (littéralement), et quand on nous demande ce qu'il faut mater comme anime en cette saison 2005-2006, on répond automatiquement par le tandem Haruhigurashi. Sauf que ce n'est pas un chef-d'oeuvre, et les gens finissent par se demander si tout ça n'est pas un peu envahi par la hype.



Quoique. La vie ordinaire d'Haruhi Suzumiya a quand même pas mal d'arguments en sa faveur pour qu'on hurle au chef-d'oeuvre. A mon humble avis, le premier est le soin extrême apporté à l'ensemble de la série : on voit des musiciens animés comme on-a-jamais-vu-ça-avant-sur-la-vie-d'ma-mère, Haruhi se jette vers le premier plan et le plan de "caméra" est flouté pendant un dixième de seconde pour réajuster la focale, un personnage modifie le site internet, et sa copie réelle contient un commentaire dans le code HTML. Il y a pas mal de liens entre l'anime et le monde "réel", empruntant quelques techniques au principe des ARG, les jeux de réalité alternative - principalement utilisés à des fins marketing. On a le public qu'on mérite : ce jeu du chat et de la souris avec les téléspectateurs a déclenché un décortiquage en règle de chaque cellulo avec une célérité rarement atteinte. Les références à la pop culture sont raffinées et discrètes, sans qu'on se sente obligé de se lever toutes les cinq minutes en criant au clin d'oeil ; ça parodie, mais ce n'est pas une parodie. Et à voir combien les auteurs ont été inspirés (il y a même une moitié d'épisode calquée sur la scène de ménage entre Shinji et Asuka dans End of Evangelion, c'est dire), il y a encore une fois de quoi hurler au chef-d'oeuvre.

Mais ça n'invente rien. Dans l'industrie du jeu vidéo, Blizzard n'invente rien : ce studio se "contente" de prendre des concepts et mécanismes déjà existants, et les applique en les peaufinant à la perfection dans ses propres jeux - d'où leur succès, le joueur retrouvant aisément ses marques. Dans cet anime, c'est pareil : certains personnages sont des clones de la faune animée - Haruhi = Asuka d'Evangelion, Yuki (*)= Rei Ayanami (et ses clones genre Ruri de Nadesico), des épisodes entiers tiennent de la tranche de vie vue et revue dans n'importe quel school anime, mais Dieu que c'est bien fait.

Tiens, en parlant de Dieu : vous connaissez déjà ChristianAnime, non ? C'est comme CAPalert, mais en version anime et moins intégriste : une base de données des animes "religieusement corrects", ce qui est quand même hilarant quand on sait que Jésus Christ a assez peu de fans au Japon - et donc, les producteurs se foutent royalement de faire un truc qui ne froisse pas cette audience (souvenez-vous de l'église dans Mai HiME). Que penseraient-ils de Haruhi ? Dans cette série, on en vient à se demander si Dieu est vraiment si omniscient et/ou omniprésent que ça. Quand quelqu'un se fait saigner comme un porcelet dans une salle de classe après les cours, est-ce parce que les voies du Seigneur sont impénétrables, ou parce qu'il ne faisait tout simplement pas attention à ce moment-là ? Et s'il faisait tout ça pour s'amuser un peu ? Dieu est-il vraiment amour, ou juste un être qui se fait monumentalement chier ?

Vous devez vous demander pourquoi j'ai traduit le titre Haruhi Suzumiya No Yuutsu en "La vie ordinaire d'Haruhi Suzumiya". Quand j'ai vu le premier épisode, mon crâne a lié "No Yuutsu" à "Nagi-chan No Yuutsu", un manga hentai traduit en anglais par "Co-Ed Sexxtasy" (je parie que vous avez les scans sur votre disque dur) et en français par... "La Vie Ordinaire de Nagi-chan" (*), bien évidemment disponible sur mon étagère. On ne se refait pas.



Que dire d'autre ? Que pendant la cultissime scène de rock, j'ai fini l'épisode comme Haruhi, en nageant dans ma propre sueur devant l'intensité du spectacle ? Que Haruhi Suzumiya No Yuutsu, puisque n'innovant rien dans la Japanime mais faisant "simplement" un travail exceptionnel, ne mérite pas l'étiquette de "quatrième impact de l'animation japonaise" (après Astroboy, Gundam et Evangelion) que d'aucuns n'ont pas hésité à lui coller ? Qu'on est en droit de s'attendre à un lobbying des fans auprès de l'éditeur français qui distribuera les DVD pour avoir les épisodes dans leur ordre de diffusion à la télé nipponne, autrement dit dans le désordre ? Que les seiyuus s'éclatent monumentalement, jouant sans cesse avec leurs voix en alternant entre des tons de lycéenns et d'adultes, reflétant tour à tour l'apparence ou le for intérieur des personnages ? Que c'est une des meilleures séries qui grâce cette saison 2005-2006 ? Bah, tout ceci a déjà été écrit. Dieu existe, et c'est un personage d'anime.

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