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Vous avez été adopté.

Jeux vidéo

23 septembre 2005

Disponible dans votre Micromania



"- Wah, tu peux m'en filer un, monsieur le vendeur ?
- Tiens, c'est Sanrio qui offre... A voir le menu Happy Meal chez McDo en ce moment, ils sont décidés à envahir l'Europe.
- M'en parle pas, on est coincés sur leur jeu de course pourri ! Euh, si c'est pas trop demander, tu peux me donner des badges en plus ?
- Toi aussi, t'as des copines qui collectionnent tout ce qui est Hello Kitty ?
- Non, c'est juste pour attirer les petites filles."



Week-end spécial : je serai pas là sur la session IRC de dimanche soir, 21 heures, #editotaku@irc.worldnet.net, et il y a des chances pour qu'il n'y ait pas d'article non plus. Pour ceux qui ne sont pas venus la semaine dernière, ben j'étais là... Enfin bref, on s'en fout. Ce dimanche donc, je serai à Barcelone, et considérant que l'Espagne est un pays suffisamment arriéré pour tenir ses abattoirs en plein air, il y a des chances pour qu'ils n'aient pas encore Internet. Qu'est-ce que je vais faire là-bas ? J'en sais rien, j'y suis jamais allé.
Retour à la normale dès mardi. Pour reprendre la formule d'usage le dimanche soir : merci de votre fidélité, bonne nuit et bonne semaine à toutes et à tous.

22 septembre 2005

Futile ? (Episode 4)

(Episodes 1, 2 et 3)

Au grand dam de mes amis, j'adore flâner. Et donc, rester dans le même magasin de jeux vidéo pendant plusieurs heures ne me gêne absolument pas, et il faut croire que mes habitudes d'acheteur compulsif ont convaincu les vendeurs de m'accepter dans leur échoppe.



Total Overdose tout frais sorti semble avoir obtenu une place de choix dans les consoles librement jouables. Enfin un jeu sans skateboard où le rock californien a sa place... Pour une fois, la pub ne ment pas : il s'agit bel et bien d'un GTA-like avec une ambiance mexico-cartoon, genre "Speedy Gonzales rencontre Tommy Vercetti" (le héros se nomme Tommy Cruz !). Alors qu'on est pris dans un gunfight en bullet time face à des guerrilleros avec un sombrero sur la tête, on se surprend à pousser des "caramba !" et autres injonctions latinos. J'étais en train de récupérer un sac de coke après avoir fait sauter un stand de burritos (dommage, c'est bon les burritos) et je disais "arriba, arriba !" en faisant un carton avec la portière grande ouverte. Depuis Redneck Rampage, on a pas fait mieux dans le délire des massacres débiles perpétrés quelque part dans une zone oubliée de l'american dream.



Quand les boutiques ne sont pas trop peuplées, on discute beaucoup - surtout si le patron n'est pas un attardé qui n'y connait rien. Là, j'étais en plein débat autour de la bande-annonce de MGS4 : tonton Snake moustachu, déchéance vers un Solidus Snake de MGS2 ou montée vers un Big Boss héréditaire ? Et qui nous dit que c'est vraiment Solid Snake ?



La conversation est interrompue quand un client veut passer à la caisse : le patron va passer le code-barres de la nouvelle acquisition d'un ado pendant que je retourne chiner quelques instants.
Au bout de 10 secondes, délai moyen pour boucler une vente, je m'en retourne à la caisse. Problème : le jeune veut acheter Total Overdose, mais il n'a pas 18 ans comme le préconise la jaquette.



"Alors, c'est moi qui le prends !", annoncé-je. Le jeune homme paie avec son argent, mais officiellement, je suis l'acheteur. Tout se fait devant le revendeur amusé, qui joue le jeu en soufflant un "pourquoi pas ?" Le garçon me remercie poliment, sort de son sac quelques jeux d'occasion pour financer son achat (sur le haut de la pile, il y avait le dernier DBZ Budokai sur ps2). Une fois ce petit manège terminé, les palabres recommencent, cette fois-ci autour de ces limitations d'âge. Dans sa situation, j'aurais bien aimé voir un mec jouer les grands frères devant le caissier... Je comprends parfaitement que le vendeur ne soit pas pressé de se retrouver nez à nez avec une maman excédée, mais la violence toonesque de Total Overdose est suffisamment caricaturée pour qu'un ado fasse la part des choses, hein ? Il avait quoi ce jeune, 16 ans, non ?



"Tu sais raton, il avait 13 ans".



Est-ce que ma bonne action s'est transformée en un maléfice ? La question me ronge encore.



(Tous les dessins de cet article sont © Marc Maggiori)

20 septembre 2005

Joueuses, on vous aime

(rien à voir avec le reste de l'article, mais OMG quand même : Opera devient gratuit !)

J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle : d'après Ubi Soft, l'Europe (et la France en particulier, soyons chauvins) n'est pas la cinquième roue du carrosse en or massif de l'industrie vidéoludique - ce qui est plutôt rassurant sachant que contrairement à Infogrames / Atari, ils n'ont donc pas complètement oublié qu'ils étaient français. En fait, nous sommes la troisième roue, puisqu'après les USA et l'Angleterre, c'est ici qu'Ubi cherche ses FragDolls. Vous ne connaissez pas ? Vous avez de la chance. Enfin, vous en aviez, puisque vous allez le découvrir ici, à moins de partir avant de lire la suite. Quittez ce site. Vite, quittez ce site, bordel ! Voici votre dernier lien avant 6685 caractères mal alignés, alors cliquez et fuyez !

Ubi Soft a créé un clan de demoiselles qui jouent à des jeux. Stupeur et tremblements. Un clan, ça joue principalement sur PC et sur console à des FPS ou des RTS. Or, qu'est-ce qu'Ubi a dans son catalogue pour ces catégories ? Du Tom Clancy (le trio Rainbow Six - Ghost Recon - Splinter Cell) et Far Cry dans les jeux de shoot, plus la licence Might and Magic ou The Settlers en matière de stratégie. Je veux pas être méchant, mais en stratégie temps réel, face à Act of War, Warcraft 3 et le reste des mastodontes du genre, l'offre de l'éditeur est risible et peu jouée sur le Net. Quant à la sélection à la première personne, je ne prends pas trop de risques en avançant que les licences Tom Clancy sont probablement les jeux les plus non-féminins du marché.
Evidemment, Ubi ne fait pas ce clan par philanthropisme en faveur des femmes dans les jeux vidéo. Leur mission est claire : être un agent marketing pour l'éditeur. Le résultat est déjà parfaitement visible avec leurs équivalents américain et britannique, chacune de ces demoiselles possédant un blog. Exemple : quand elles racontent que tout le monde joue dans leur famille, avec une maman qui les appelle à 1 heure du mat' pour aller sur GameFaqs ou qu'elles n'ont pas supporté World of Warcraft plus de 30 minutes et n'ont jamais tenté Final Fantasy (deux jeux non édités par Ubi), mon radar à sycophantes vire au rouge. Primo : personne, et marquez bien mes mots, personne, ne lâche WoW avant au moins le niveau 15. Le début du jeu est une merveille de game design, universellement aimable. Secundo : si vous n'avez jamais touché à un FF de votre vie, sans même vous faire un avis sur une saga qui se vend à des millions d'exemplaires dans le monde, permettez-moi de mettre en doute tout ce que vous pourriez dire et faire en tant que joueur - ou joueuse. Tertio : si je vous vois sagement alignées devant et pas sur des tapis Dance Dance Revolution, je me mets à penser que le photographe a fait preuve d'une politesse pudique envers vos compétences à ce jeu.

Nom d'un chien, même l'annonce pour la team française est écrite comme si elle suppliait qu'on la parodie. "Etre flexible et disponible" ? "Véhiculer une image positive via une excellente présentation physique" ? Même en m'installant sur une cuvette de chiottes en plein air dans un champ de vaches en Auvergne avec un pot de Nutella sur les genoux et un Zapper NES pour seuls compagnons, je ne pourrais pas rédiger un truc pareil. Laissez tomber toutes ces conneries ! Les filles qui lisent l'éditotaku et qui passent le dimanche soir sur le canal IRC feraient à elles seules un clan en béton armé : de Midori qui explique que le micro de Mario Party 6 marche parfaitement même si on rajoute des gros mots ("avance, connard", "à droite, trouduc") à Eolia qui a découvert cette colonne via son forum Final Fantasy favori en passant par Momoko qui adore WarioWare et Laura qui est venue me dire bonjour à l'Epitanime, on les a déjà, nos joueuses ! Pourquoi est-ce que les filles représentant les jeux vidéo doivent ressembler aux stéréotypes ridicules véhiculés dans les jeux vidéo ? Et notez bien que c'est quelqu'un qui écrit des critiques sur des jeux de cul qui vous dit ça, hein... Messieurs du marketing, vous qui ne pouvez même pas vous retenir de penser avec votre entrejambe lorsqu'on vous refile une liasse de billets pour faire une campagne de publicité ciblée vers les joueuses, je vais vous refiler une idée. Si vous tenez à prouver que les filles ont leur place parmi les mâles de 15-25 ans (vieillissant vers la démographique des 19-30 ans) qui constituent le gros de la cible que vous avez constituée et qui ne suffit plus pour payer vos voitures de luxe, c'est simple : traitez-les à l'égal des mecs. Est-ce que les clans de joueurs masculins font un blog ? Non : ils font des vidéos de leurs exploits, partagent leurs astuces et leurs configs de touches. Est-ce qu'ils sont tous bodybuildés ? Non, et ils n'ont pas tous 20 kilos de surpoids ou un épiderme si acnéïque qu'il fait penser à la tectonique des plaques (mais parfois, qu'est-ce que c'est rigolo de voir leurs gueules d'amour). Au lieu de montrer "vos" filles en train de sourire connement dans un T-Shirt trop serré, faites-les participer à un Level One sur la chaîne de la honte pour qu'on puisse voir ce qu'elles valent vraiment. Okay, elles sont disponibles sur le XboxLive, mais comme Masskot me l'a sussuré dans l'oreille, rien ne dit que ce n'est pas leur mec qui tient la manette pendant qu'elles sont préposées au casque-micro. Si elles sont tenues de ne pas parler de leur vie sentimentale, c'est parce que trop de joueurs oublient la vraie méthode pour sortir avec une joueuse - que je vais vous dévoiler tout de suite.
Ah ouais, je suis généreux aujourd'hui, et c'est une exclu raton-laveur.net, gentlemen. Donc, si vous voulez sortir avec une joueuse et que vous avez réalisé que toutes celles qui le sont naturellement ont déjà une bague au doigt... faites-en une vous-même. Achetez une deuxième boîte de Guild Wars, une deuxième Nintendo DS, remplacez le film du soir par une session de Resident Evil 4 (un jeu tout aussi génial qu'on soit joueur ou spectateur). Profitez de son plus infime souvenir de jeux vidéo et cultivez-le comme une pousse fragile abandonnée au fond du jardin : elle a joué à Super Mario Bros. sur la NES de son grand frère quand elle était gamine ? Ressortez la cartouche et commencez en partant de là. Au fait, ça marche aussi avec les animes... Ne me dites pas merci, c'est tout naturel.

La maturité sexuelle des jeux vidéo (de chaque côté de l'écran, hein), on se demande franchement si quelqu'un cherche à l'atteindre : c'est comme si le jeu vidéo n'était pas pressé de grandir et préférait rester avec ses revues porno planquées sous le lit. Peut-être qu'il suffit de lui laisser le temps... J'ai récemment vu le dernier épisode de la saison 3 de Six Feet Under avec le commentaire audio d'Alan Ball, créateur de la série. Lors d'une scène où Ruth, la mère de famille, est simplement allongée dans son lit en pleine nuit et discutant avec son amant, Ball explique qu'il tenait juste à montrer qu'un couple dans le plumard n'est pas forcément en train d'avoir une relation sexuelle. Cette dernière étant, d'après lui, toujours représentée au cinéma et à la télé de deux façons possibles : soit il s'agit d'un acte tellement torride qu'il est à la limite du film X, soit c'est tourné en dérision avec un angle comique. Comment croire que l'International Game Developpers Association demande déjà à ce que le sexe soit justement représenté dans les jeux vidéo alors qu'il ne l'est toujours pas dans des médias vieux d'un siècle ?

18 septembre 2005

Ligne de contact

Dans l'espoir de pouvoir enfin rencontrer un joueur, aujourd'hui est un Steel Battalion Day, en prévision de la fermeture prochaine du jeu. En cas de gros succès de l'opération, il se pourrait que je ne puisse pas venir à la session IRC hebdomadaire qui commence à 21 heures sur editotaku@irc.worldnet.net (ou entrez votre pseudo dans la case à gauche)... Mais honnêtement, je ne me fais pas trop d'illusions non plus.

En parlant d'illusions, Oppai Slider est passé en version 1.5, et j'ai rédigé une petite mise à jour et aide de jeu dans les commentaires de l'article. Mon Dieu, quand cesserai-je d'écrire sur le stupre et la luxure ? Article qui, soit dit en passant et sans fierté aucune, s'est retrouvé en lien dans le blog d'Erwan Cario, journaliste que je lis religieusement dans Libé - c'est dire si je suis honoré. Considérant le lectorat relativement étendu de ce site, il ne me reste plus qu'à espérer que les gens dans la rue ne me jetteront pas des pierres.



Quatre heures du matin... La faute à Tiberian Sun.

17 septembre 2005

Microsoft Strategic Commander

Vous aimez les périphériques débiles ? J'adore ça. Les maracas de Samba de Amigo, les tapis Dance Dance Revolution, les sticks arcade, les flingues, la manette créée pour NiGHTS ou Steel Battalion, utiliser une tablette graphique pour jouer, les bongos Donkey Konga... Pour les veinards qui ont connu le magazine Gaming, la petite bédé de Chaz et Fab' à leur sujet reste une perle. Des tas de ramasse-poussières en plastique, symboles de nouvelles façons de jouer si on est un gamer ou de gaspiller le fric de son patron si on est un ingénieur avec trop de temps libre.
Parce qu'à voir certains machins sortis de la cuisse de Microsoft, on est en droit de croire que leurs p'tits gars en ont, du temps libre et de l'argent en trop. De 1996 à 2000, MS s'était lancé dans le marché des périphériques de jeux, sans aucun doute pour se faire la main en prévision de la Xbox. Ainsi naquit la gamme Sidewinder, aux excellents volants, aux pads robustes et aux accessoires dont le concept semble aujourd'hui encore conçu lors d'une overdose de cigarettes qui font rigoler. Les manettes Sidewinder reçurent un très bon accueil, et Microsoft tira avantage de cette expérience pour sortir... le pad Xbox original, également connu sous le sobriquet de "côte de porc avariée" et sous la réputation d'un des pires machins ayant honoré nos mains huileuses depuis le pad Saturn occidental. Egalement en 2001, Microsoft sortit Windows XP, système d'exploitation incompatible avec la première génération (non-USB) Sidewinder, quand les drivers pour les versions USB acceptèrent de s'installer sans planter lamentablement. Ah, l'histoire des jeux vidéo est bien souvent d'une schizophrénie à faire frémir Norman Bates.

J'ai récemment mis la main sur deux des concepts tordus cités plus haut, qui laissèrent à l'époque les gens avec une moue dubitative. Non, sérieusement : je jouais à Descent avec mon Sidewinder 3D Pro, les copains apportaient leurs Sidewinder Gamepads pour jouer à 4 sur Overboard! (ou Shipwreckers, c'est selon : dans les deux cas, c'est aussi bon que du Bomberman en multi), et Microsoft sort coup sur coup le Sidewinder Freestyle Pro, le Sidewinder Dual Strike et le Sidewinder Strategic Commander. Le premier était une manette classique avec un gyroscope à l'intérieur, réagissant à l'inclinaison. Nintendo reprendra l'idée quelques années plus tard avec quelques cartouches GBC ou GBA, alors où était le mal ? Simple : on devait choisir entre la croix directionnelle ou le gyro : impossible d'utiliser les deux en même temps ! Le Dual Strike était une reprise du Namco NegCon pour la playstation, la manette qu'on tordait au milieu - mais avec un axe en plus. La chose était taillée pour les FPS, et on en reparlera ici un de ces quatre. Enfin, le Strategic Commander, sorti en même temps que le Sidewinder GameVoice (un système pour communiquer au casque-micro par canaux ; c'est bien joli, mais il fallait que tous vos potes l'aient aussi, et le haut débit décollait à peine en France !), va faire l'objet de cet article. Mais comme tous les machins cités avant, à l'époque, on était sagement revenus à nos accessoires éprouvés - surtout en voyant les prix délirants associés à ces prototypes.

Bien sûr,chacun de ces bidules est censé remplacer le clavier ! Après tout, tous les accessoires bizarres ont cette idée : bousculer les méthodes de jeu classiques, clavier / souris / croix directionnelle, sous prétexte qu'on peut jouer différemment en sortant de ce carcan - ou tout simplement parce que le clavier n'a jamais été conçu pour les jeux vidéo. C'est bien joli comme mentalité, mais les développeurs entrent dans ce moule, aussi peu approprié soit-il... La combinaison ZQSD en est le parfait exemple ! Avant elle, on jouait avec la main droite sur les flèches pour bouger et la gauche sur les CTRL, ALT et autres pour agir ; à l'arrivée de Quake, on passa à ZQSD pour bouger avec la main gauche, et la souris sur la main droite pour agir (même régime pour les gauchers). Les auteurs ont donc tiré avantage du périphérique le plus morne et le plus bureautique au monde pour en faire une planche de surf où tous les joueurs ont effacé les lettres sur le côté gauche à force de s'en servir : maintenant, nombreux sont ceux qui snobent les FPS sur consoles sur le seul prétexte que "c'est fait pour le clavier et la souris, point barre" (avis que je seconde, à l'exception des jeux en vision subjective spécifiquement taillés pour une manette précise, comme Halo ou Metroid Prime).
Sauf que dans les jeux de stratégie, le clavier sert à lancer des raccourcis clavier et à déplacer la vue sur la carte. A moins d'être un acharné, il sert donc en support à la souris, au lieu d'être partie intégrante de toute action comme c'est le cas dans les FPS. Or, le Strategic Commander, c'est exactement ça : c'est une machine à lancer des raccourcis clavier et à déplacer la vue sur la carte. Dit ainsi, on dirait un de ces gadgets-marketing créés pour répondre à un besoin qui n'existe pas... et c'est tout à fait cela. N'oubliez pas, on est là pour parler d'accessoires débiles. Ben oui : quand on n'ajoute rien au schmilblick et qu'on ne fait qu'imiter un concept déjà existant, le public crie rarement au génie - à part si ledit concept est torréfié et aboutit sous une forme proche de la perfection (par exemple, World of Warcraft n'invente rien dans le MMORPG : comme tous les autres jeux Blizzard, il ne fait que reprendre des recettes déjà existantes en les exécutant d'une main de maître).

A quoi ça ressemble ? C'est comme une grosse souris acnéïque avec 8 pustules sur le dos et 3 points noirs sur l'épaule. La souris s'est fait piéger et elle est coincée sur un socle avec un dernier déclencheur et une glissière à trois positions. La pauvre bestiole peut glisser et tourner sur la base à la manière d'un joystick ; c'est donc en la bougeant qu'on déplace la vue sur la carte, et en la faisant pivoter qu'on fait tourner la caméra dans les jeux de stratégie en 3D, remplaçant les touches fléchées du clavier.
Pour les boutons dorsaux : deux d'entre eux sont nommés "+" et "-", leur but étant de gérer le zoom. Les six autres sont numérotés et programmables, et, indicible joie du gadgétophile, sont dotés de diodes : ils s'illuminent lorsqu'une fonction leur est allouée. Les trois boutons sur la tranche sont autant de touches "Shift" indépendantes affectant uniquement les 6 touches suscitées (les fonctions des touches de zoom restent inchangées). Par exemple, touche 1 = appeler un groupe d'unités, touche 1 + Shift 1 = grouper des unités, touche 1 + Shift 2 = choisir une cible, touche 1 + Shift 3 = définir un point de ralliement. Autrement dit, on obtient 24 programmations possibles, plus les deux touches de zoom (que vous pouvez utiliser pour n'importe quoi d'autre si ça vous chante), plus le mouvement de la "souris" qui peut être déplacée ou pivotée.
Enfin, la glissière à trois positions sur le socle permet de passer d'un profil de programmation à un autre sans avoir à lancer l'utilitaire de l'engin entre chaque jeu... Voire, si vous êtes sérieusement atteint, le même jeu peut avoir plusieurs profils : un pour chaque race dans Starcraft, ou un pour chaque âge d'Age of Empires, par exemple. Du coup, on monte à 72 boutons programmables (plus les deux alloués au zoom et le socle, juste pour le rappel parce que ça devient compliqué tout ça). Et le dernier bouton sur le socle (intitulé "REC") permet de (re)programmer une touche à tout moment : on appuie sur Rec, on choisit le bouton avec un Shift s'il le faut, on tape l'action sur le clavier (combinaisons et touches multiples acceptées : oui, on peut acheter tout son équipement à Counter-Strike d'une pression sans rien scripter), on represse Rec pour terminer, finito.

Hors jeu, le Strategic Commander est contrôlé par un excellent soft. Remarque importantissime : si vous trouvez la bestiole sans son CD de driver, passez votre chemin. Microsoft avait bien chié dans la colle à l'époque : au lieu de faire un driver commun, ou au moins un CD commun à toute sa gamme Sidewinder, la plupart avaient leur propre disque. Donc à moins de récupérer une copie des fichiers sur Emule, impossible d'utiliser votre gadget - et évidemment, le support technique n'en a plus un seul à envoyer par courrier. Heureusement, ce gestionnaire marche parfaitement sous Windows XP.
En parlant de technique, deux petits détails notables. Primo, la plupart des joysticks avec touplein de boutons émulent aussi les pressions de touches sur le clavier afin d'être compatibles avec tous les jeux ; la plupart voient leurs configurations enregistrées dans une mémoire Flash interne, permettant de garder les profils même s'il est débranché. Ce n'est pas le cas du Strategic Commander, qui a besoin de son gestionnaire avec son programme en tâche de fond pour être utilisable. Conclusion : pas question de l'emporter chez les copains ou en salle de jeux en réseau pour les LANparties ou les concours ! Secundo, ledit programme est discret : pas d'icône dans la barre des tâches, un nom anodin (daemon14.exe) mais... une scandaleuse gourmandise en RAM : 18,5 Mo ! Sachant que son seul usage est de rappeler au périph' ses programmations et d'enregistrer l'activité clavier lorsqu'on appuie sur REC, c'est honteux - du Microsoft de l'époque pur sucre, diront les mauvaises langues.
Le gestionnaire est vraiment bien fait : clair, complet, avec un fichier d'aide très fourni. C'est typiquement le genre de soft si bien foutu qu'il laisse votre imagination gamberger pour essayer toutes sortes d'applications encores plus débiles que le périphérique lui-même. Lors de la création de profils, il ne faut pas oublier un petit détail ergonomique : les touches sont numérotées de gauche à droite : 1 et 4 sont pour l'annulaire, et 3 et 6 pour l'index. Ainsi, c'est paradoxalement à 3 et 6 qu'il faut allouer les fonctions les plus utilisées : une mentalité apparemment oubliée par Microsoft dans certains des profils fournis avec l'appareil ! Tout à l'heure, on parlait d'utilisations débiles ; la première idée d'application tordue, c'est de s'en servir pour les FPS ; les auteurs eux-mêmes y ont pensé après coup en diffusant des profils taillés pour quelques perles de l'époque. Ainsi donc, on glisse pour bouger, et on programme les Next Weapon et autres Use Inventory sur le mulot. Et ça donne quoi ? Ben déjà, les petits patins antidérapants sont assez inutiles (et ce quelle que soit la surface) pour nous faire regretter l'époque des ordinateurs 16-bits avec leurs joysticks idiots dotés de ventouses sous le socle. Game Watch a trouvé une solution simple et efficace : deux morceaux de ruban adhésif. Mais même dans ce cas, on revient au vieil adage "est-il plus facile de pousser ou de tirer ?", car déplacer ce machin au lieu d'appuyer sur une flèche pour se déplacer est quand même un peu trop lent pour les shoots épileptiques à la UT2004 ou Quake 3 Arena - dire que Microsoft a sorti un profil pour ce dernier, ils n'y ont pas joué des masses !. Un joueur portugais qui s'en servait uniquement pour les jeux de tir a déploré la fragilité du bouton 3 (RAS chez moi pour le moment) et fournit des instructions de réparation tout en photos (warning : geek porn).
Une autre idée d'utilisation bien conne, c'est pour la bureautique et les programmes de tous les jours : une config ACDSee ou XnView pour organiser sa collection de hentai avec une seule main, une config Firefox avec copier / coller / coller dans Google (sur la même touche avec l'utilisation des Shift), onglet suivant / précédent / nouvel onglet / fermer onglet, navigation dans la fenêtre en bougeant le socle, ou une touche Shift dans n'importe quelle config dédiée au contrôle de Winamp tirant avantage des Global Hotkeys...

Au final, est-ce que le Strategic Commander est intéressant ? On l'a dit et on le répète : non. Ceux qui sont accros aux raccourcis ont déjà découpé des pochoirs pour leurs claviers. Ils ont modifié dans les options les touches les plus utilisées, ou les développeurs ont déjà optimisé l'utilisation de ce dernier en réfléchissant à l'allocation de chaque raccourci. C'est rigolo de jouer avec lui (Dungeon Siege est un bonheur sur ce truc), ça fait bander ceux qui voient les accessoires de jeux vidéo comme une extension de leur corps (fans de cyberpunk, levez-vous), mais je doute encore de son prétendu avantage ergonomico-tactique. Le Strategic Commander reste fondamentalement un gadget élitiste en son temps (450 francs à la caisse), amusant en le nôtre (moins de 15 € si vous le trouvez dans un marché aux puces - n'oubliez pas le CD), vestige d'un temps où Microsoft faisait véritablement tout ce qu'il voulait sans risquer le ridicule. Maintenant, la boîte-à-Bill est obsédée par l'idée de pendre Ken Kutaragi par les couilles et d'être sony à la place de sony, terrorisée à l'idée de penser différent. Face à un Nintendo qui dévoile une manette si audacieuse que sa découverte m'a fait crier "what the fuck ?!" devant un écran que je suis censé utiliser pour bosser, le manque de cocaïne dans les bureaux de Microsoft semble plus qu'évident. Non pas que ce soit un mal - mais quand on est en panne d'idées, ça finit par se voir.

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