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Yay j'ai été publié dans les Trucs et Astuces de Consoles+ n°6 avec James Pond 2 en couverture

Japanime

22 octobre 2004

Gankutsuou

A ma gauche, le Comte de Monte Cristo, écrit par Alexandre "Les Trois Mousquetaires et mes nombreux nègres" Dumas. A ma droite - ou plutôt, à l'Est- , le Japon. Envoyez l'un dans la gueule de l'autre à une vitesse d'environ 253 km/h et vous obtenez Gankutsouou. Autrement dit, un remix nippon d'un pavé de la littérature française dont la couverture est affublée depuis quelques années de la bouille de Depardieu. Précisons: un remix cyberpunk, avec des vaisseaux spatiaux, des rave parties et des lumières qui font mal aux yeux. Pondu par le studio Gonzo (qui bosse aussi sur l'anime HellBoy, joie), réalisé par Maeda Mahiro (Blue Submarine n°6 et les deux épisodes de la Deuxième Renaissance dans l'Animatrix), mis en musique par un français, narré du point de vue d'un personnage tout à fait secondaire dans le roman original. Sur le papier, ça commence un peu mitigé, n'est-ce pas?

Commençons par une séance de rattrapage pour les gens qui n'ont pas lu le bouquin (ou pire, sont passés par le téléfilm). Militaire trahi par ses pairs, arrêté le jour de son mariage, jeté en prison où il rencontre un vieillard qui lui confie l'emplacement d'un trésor avant de mourir. Le héros s'échappe, met la main sur le jackpot, refait surface sous le nom de Monte Cristo et bien déterminé à se venger de ceux qui lui ont pourri la vie. C'est là que je fais le lien avec l'anime: il aide un jeune aristocrate le vicompte Arthur de Morcef - qui est le fils de la femme qu'il devait épouser (Mercédès), cette dernière s'étant remariée... avec un pourri de première qui a obtenu sa richesse en faisant des choses pas très catholiques. C'est bon jusque là, j'ai perdu personne? Monte Cristo, devenu comte, pénètre la jet-set de Paris pour préparer sa vengeance en fouillant le passé de ses ennemis. Il leur pourrira la vie un à un; par exemple, il poussera au suicide le mari de son ex-fiancée. Voilà voilà. Gankutsuou nous conte donc la vengeance de Monte Cristo vue par le jeune Arthur de Morcef, le garçon qui l'aidera malgré lui à foutre le boxon et à "suicider" son père. Moi je dis, cool.

Je crois que tous ceux qui parleront de cet anime seront amenés à parler du style graphique: voici donc le paragraphe obligatoire en la matière. Gonzo a choisi d'appliquer des textures - assez baroques au demeurant - pour les vêtements ou les cheveux. Franchement dépaysant au début: vous vous souvenez des costumes à rayures dans Tintin? Le motif écossais était tracé à la règle et restait parfaitement parallèle malgré les mouvements des personnages d'une case à l'autre: un des grands mystères de la vie en ce qui me concerne. On a la même chose ici, mais les textures bougent avec la caméra ou quand un personnage se déplace. Bizarre, je vous dis. Mais aussi bougrement efficace: aucun aplat de couleur, des robes sublimes, du relief dans les chevelures comme on en voit rarement - d'autant plus paradoxal qu'on ne voit pas les mèches puisque les surfaces ainsi décorées n'ont pas d'autre trait! Regardez un peu les designs sur le site officiel pour vous faire une idée.
Pour le reste de l'univers, c'est donc un joyeux melting pot. Un futur assez coloré, dont les unions insensées des époques font penser à Cowboy Bebop... ou au Cinquième Elément. Oui, moi aussi je pensais pas que je citerais un jour ce film comme exemple. Mais l'influence sur les auteurs est clairement visible: dans le premier épisode, Monte Cristo fait son entrée dans un opéra alors qu'on entend la Lucia di Lammermoor! Sauf que contrairement à Besson, la cantatrice ne part pas dans un délire technoïde vomi par Eric Serra; au moins, le Japon a compris que mettre du classique dans un space opera était suffisamment cool en soi pour qu'on ne pas avoir à faire le kéké sur un synthé Bontempi. En voyant certaines femmes, j'ai aussi eu une pensée pour la "Princesse Insensible", un court-métrage en 13 épisodes de 4 minutes (réalisé par Michel "Kirikou" Ocelot) qui passait au milieu des années 80 sur Antenne 2 - ça nous rajeunit pas tout ça.

Le deuxième gros point fort de Gankutsuou est quand même la prouesse de bien raconter le roman de Dumas d'un point de vue différent. Même si ça peut sembler bizarre, pensez à Big Trouble In Little China de John Carpenter: même si Kurt Russel est le héros, le film suit son acolyte. A l'origine, l'histoire c'est "Monte Cristo est de retour, et il est pas content"; vengeance, coups de pute à répétition, ça va décalquer dans la soie. Maintenant, on suit un pauvre type manipulé qui va se faire broyer par notre comte, du coup devenu le méchant de service. Et qu'il est beau dans ce rôle: une sorte d'Alucard, monstre qui porte de gros chapeaux et qui sait faire les gros yeux pour montrer qu'il faut pas le faire chier. La scène de la guillotine ou l'arrivée chez les ravisseurs sont exemplaires.
En bref, la surprise de ce début de saison: graphiquement décalé, scénaristiquement aux petits oignons, génériques tip-top, habillage SF aussi bien assumé que le fantastique Cowboy Bebop... Ca commence très bien pour Gankutsuou, qui mérite donc qu'on passe outre l'idée - reçue - sur le papier, faisant penser à un Alexandre Dumas faisant un salto arrière triple Lutz double vrille piquée dans son caveau. Reste à savoir si ça va tenir ses promesses, ou en voyant plus loin, l'accueil qui lui sera réservé lors de sa sortie officielle chez nous. En attendant, à voir!



Post Scriptum: Au fait, je suis le seul à avoir repéré le nom d'Ilan Nguyen (journaliste chez AnimeLand, commentaire audio du DVD Tonari No Yamada-kun chez TF1 Vidéo et orga du forum des Nouvelles Images du Japon) en tant qu'interprète dans le générique? Parce que c'est quand même bizarre d'avoir des français dans l'équipe et de laisser la voix japonaise de Monte Cristo prononcer les phrases (en français!) au début de chaque épisode; je sais, la continuité avant tout, mais bon...

19 octobre 2004

Mai HiME / My HiME

(site officiel)

Yay, la nouvelle saison d'animes est là, telle un Noël avant Noël. Tout frais financés à coups de millions de yens, préparés par les esprits les plus fins du Japon qui ne sont pas encore devenus hommes politiques ou dessinateurs de hentai, vocalisés par des écolières qui ont trouvé autre chose que la prostitution pour payer leur troisième téléphone portable, regardés par des hordes d'otakus à 2 heures du matin, fansubbés par des étudiants en troisième mois de japonais et 6ème année de SMS, critiqués par des éditorialistes grippés dans des articles lus par un lectorat qui est un peu de tout ce qui est cité au-dessus, mais également particulièrement formidable dans le cas du présent site. Fin de la longue phrase d'intro suivie de l'avertissement pour ceux qui tombent sur ce texte au hasard de Google: ne criez pas, raton-laveur.net est un site qui aime la Japanime et les Jeux Vidéo. Let's Go!

Mai HiME (ou My HiME d'après le site officiel) ouvre donc les portes de la catégorie "grosse production", ici en provenance de la Sunrise. Autrement dit, l'anime techniquement bien sous tout rapport et dont l'univers tente de ratisser le plus large possible pour remplir les tiroirs-caisse. Ne pas s'attendre à de gros efforts intellectuels ou innovants, ne pas chercher bien loin, poser son cerveau avant de regarder, quoi. C'est pour ça que quand une prod' arrive à nous ressortir avec un brio particulier la même soupe qu'on bouffe depuis 25 ans, qu'il s'agisse de fan service (Love Hina), d'action qui dépote (Read Or Die), d'heroic fantasy (Full Metal Alchemist), des gros robots qui se mettent sur la gueule ("allez, encore une nouvelle saison de Gundam, on peut pas faire pire que G Wing après tout!"), on applaudit. Le reste du temps, on mate la chose d'un oeil distrait en cherchant les évolutions des techniques de dessin ou d'animation, en cherchant à trouver la prochaine star en matière de seiyuu ou de chara design. Fin du deuxième paragraphe d'intro, purée je suis en forme ce soir.

On dirait que les auteurs de Mai HiME ont pris une liste de tout ce qui est cool avant de scénariser ou dessiner quoi que ce soit. Voici donc la version 2004 de ce listing, aussi important que celui des courses chez Auchan:
-écolières diverses et variées, jupes courtes. Gros seins, gamines, fille mystérieuse à longs cheveux sombres - les autres peuvent avoir n'importe quelle couleur du spectre lumineux comme teint de crinière (Loi des Animes n°31). Mention spéciale si non pas une mais plusieurs d'entre elles ont un tic de langage débile et/ou entendu mille fois, genre l'éternel suffixe "-desu" à toutes les phrases.
-Flingues. Epées. Magie. Des trucs qui explosent, se font couper, détruire.
-Ninjas!
-encore des écolières. Ratisser large: stéréotypes de la fille excitée, de celle sous perfusion de Prozac, de la geisha soumise ou de la girl power de service. Kudos en cas de relation(s) lesbienne(s).
-Yuki Kajiura. Dites, si je préfère Yoko Kanno, ça fait de moi un élitiste ou juste un nostalgique?
-institution secrète. Points de bonus s'il s'agit du lycée où se réunissent les héros (Utena a touché le jackpot).
-fan service!
-des robots, ou au moins des dragons. Escaflowne a touché le pompon en combinant les deux.
-quelques références aux années 80 pour les téléspectateurs plus vieux. Je sais pas moi, des animaux cybernétiques armés (comme dans Bioman ou CosmoCats), des boules d'énergie à la DBZ et j'en passe.
Vous me voyez venir avec mes gros sabots: Mai HiME est un condensé de tout ça. Fille à gros seins fringuée en lycéenne pendant ses vacances voyageant sur un paquebot au milieu d'un lac (!), se découvrant des pouvoirs secrets et sauvant une gamine tenant une épée deux fois plus grosse qu'elle, attaquée par une ninja armée de flingues et accompagnée d'un chien-robot tirant des boules de feu qui détruisent tout le bateau avant d'arriver dans son lycée qui est en fait une couverture pour une organisation secrète: voilà le scénario du premier épisode, le tout avec une Yuki Kajiura qui ne se foule pas trop en fond sonore. Les relations lesbiennes arrivent par la suite, ne vous inquiétez pas.

On se sentirait presque vieux en bouffant un anime pareil, concentré de dizaines d'années de clichés et d'angles de caméra libidineux, fan service réduit à son sens primaire et originel: donner à l'auditeur ce que l'auditeur demande. Les nouveaux ont leur séance de rattrapage de tous les courants passés (ninjas, dragons-robots, aplats de couleur simplistes) et les anciens ne se sentent pas ringards en voyant que les "bonnes vieilles recettes" ne se perdent pas. Imparable. Et si on aime pas, soit on est un infidèle qui mérite d'être brûlé en place publique, soit on devient trop vieux et remater Evangelion serait un loisir plus approprié (amenant le nombre de rediffusions à un chiffre codable uniquement en hexadécimal). Rien à dire de plus, si ce n'est qu'il est encore un peu tôt pour juger de la qualité intrinsèque de la série - mais encore une fois, faudra pas non plus demander la lune.

Cette saison 2004-2005 s'annonce bien...

04 octobre 2004

Manquait plus que ça

Uuuuhhhh... WTF? Après les cartes à jouer et les jeux vidéo, il ne manquait plus que ça.

A noter que ce qui a pu filtrer de l'anime Viewtiful Joe n'a pas l'air mirobolant. On s'en fout: la saison anime 2003-2004 est bouclée, et franchement, ça n'a pas été une grande année. Vivement qu'on puisse voir ce que va donner, entre autres, Bleach avec des images qui bougent (BitTorrent: pub TV): premier épisode demain.

28 septembre 2004

Steamboy

Vous vous souvenez d'Akira, où Katsuhiro Otomo faisait péter la planète? Vous vous souvenez de Memories, où Katsuhiro Otomo faisait péter le travelling pendant 30 minutes, bien que ça n'ait aucun rapport mais que je tiens à écrire ça pour affirmer comme un gros otaku que j'ai vu Memories? Ben Steamboy, c'est Katsuhiro Otomo qui fait péter Londres.
Film d'action qui cartonne avec quelques pauses pour réfléchir ainsi que le casting habituel de persos pas manichéens pour un sou (quoique) et un univers S-F trop rarement utilisé, le Steampunk. Quand l'électricité ou l'essence est remplacée par la vapeur, quoi. La dernière fois que j'en ai vu, c'était dans le jeu vidéo Project Nomads. Et l'avant-dernière fois, c'était le film Wild Wild West, et il vaut mieux ne pas y penser. Inutile de revenir sur les douleurs de l'enfantement du projet: huit ans de conception, une vingtaine de versions du scénario, un mal de chien à réunir le plus gros budget de l'histoire de la Japanime. Pour rester dans la façade technique, on voit que le doublage des persos a été fait traditionnellement, autrement dit après l'animation; Akira était un des rares films à s'offrir le luxe d'inverser ces étapes pour un résultat plus réaliste. Aussi, le dernier argument avancé pour le délai du film (qui devait sortir au Japon en février pour finalement arriver en juillet) fut un retard causé par la scène finale, plus compliquée que prévu. Sauf que je n'ai pas vu de véritable "climax" final, à moins que l'on ne parle des 40 dernères minutes. En général, très peu de CGs et toujours super bien intégrés, un soin masochiste apporté à la vapeur qui n'est que rarement synthétisée, inventivité dans les mecha designs, animation sans faille. Bref, on voit où est passé le budget.
Ce texte est sûrement en train de partir dans le mur, parce que je ne sais pas par quel bout prendre Steamboy. D'un côté, on ne regrette pas son ticket de cinéma, on se laisse porter par l'histoire, y'a des références à gauche et à droite (Nadia, Sherlock Holmes, les anciens films du réalisateur, etc) et c'est du Otomo, quoi. De l'autre, tout un tas de petits trucs contreviennent à un plaisir sans bornes: ça va d'angles de caméra ou d'actions qui auraient pu être plus spectaculaires et qui sont juste sympas, du ressort comique parfois détendu, ou de personnages parfois inégaux - au fait, vous avez remarqué le comeback du Colonel d'Akira? En parlant des persos, le rôle de la fille va sans doute être l'objet d'un débat sans fin, du genre "Rei ou Asuka", sauf qu'il n'y a pas de Rei et qu'elle ressemble vraiment à la rouquine d'Evangelion. Sûrement que sa prestation a été tournée dans tous les sens de la farandole des scénarios, sûrement qu'elle ramassera son fanclub et qu'elle se refera dans le Steamgirl déjà annoncé et dont on a un avant-goût pendant le générique de fin; toujours est-il que j'ai envie de lui envoyer la tête dans une brique et oui, le film aurait été mieux sans elle.

En bref: bon film d'animation, sans plus. Le sentiment que les bords sont pas parfaitement lisses plane pendant le film; un peu inégal et c'est dommage, parce que techniquement c'est la folie. Même si je ne me suis pas ennuyé, Read Or Die ou Macross Zero restent au-dessus.
Vu dans une petite salle de cinéma indépendant, la seule dans la zone à diffuser le film. Soit le film était un peu sombre, soit c'était la projection qui était mal réglée; et puis bon, le son était pas assez fort.

27 septembre 2004

Sans faute

Dans l'épisode de GTO qui est passé aujourd'hui sur Canal+, Onizuka et son gang de motards (oui je sais, on dit "Bosozoku") portent un foulard avec un svastika dessus - symbole ô combien mésestimé en Occident. Je craignais de la part de Canal + ou de Kaze qu'ils réduisent la focale des plans, qu'ils les passent au Flame (station Silicon Graphics utilisée par le Vrai Journal de Karl Zéro pour les trucages vidéo), au carrément aux lance-flammes, voire l'épisode entier. Ils n'ont rien fait de tout cela: tu parles d'une version clean - et gardez le doublage plus que moyen hors de cette constatation, Canal + Numérique laisse le choix entre VO sous-titrée et VF. Dans un volume récent de Naruto édité chez Kana, il y avait une grosse note de traduction renvoyant à une page entière à la fin du volume pour mettre les choses au point. Forcément qu'au format TV, c'était pas possible. Et on ne risque pas de compter sur le chimpanzé de laboratoire récupéré sur GameOne qui fait office de présentateur pour dire quelques mots avant de lancer l'épisode. Situation épineuse, quoi qu'on en dise: C+ et Kaze ont-ils eu la bonne attitude? Faut-il diffuser une oeuvre absolument inchangée au risque de heurter certaines sensibilités, ou "adapter" au risque de dénaturer?

J'espère que je n'écris pas un article dans le calme avant la tempête. J'espère que demain matin, je ne vais pas écouter France Info pour apprendre qu'une association puritaine/familiale/religieuse/amitié-entre-les-peuples/politique/choisissez-un-groupuscule ne va pas prendre la mouche en faisant une énième méprise et demander l'arrêt de la diffusion. J'espère que depuis Familles de France, Télérama ou le Club Dorothée, la Japanime en France a traîné son lot de casseroles pour qu'on la laisse tranquille, surtout quand elle est à nouveau diffusée à un horaire de grande écoute et en version non massacrée, quoi qu'en dise FRA. J'espère que tout ce qu'on a fait depuis des années ne va pas partir en fumée à cause d'une poignée d'incultes pas foutus de comprendre quelque chose à un ésotérisme récupéré malgré lui par les nazis.
Serrons les fesses, comme on dit.

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