Par QCTX
Bon, voilà, c'était mon jeu de mots obligatoire, maintenant, redevenons sérieux. Surtout qu'il n'est jamais fait mention de fantôme ou de mémoire perdue dans le reste de l'article.
Après s'être endormi sur One Piece, pris la tête sur HxH ou avoir vomi sur Naruto, ça fait du bien de retomber enfin sur un bon gros "shonen des familles" qui se respecte et qui reste propre sur soi. Pas de violence exacerbée, pas d'évolution physique du héros, pas de fan-service, un univers crédible et proche, des mystères mais sans aller jusqu'à du Evangelion ou du Lain, des super-pouvoirs mais utilisés de façon discrète, pas de guimauve dégoulinant par les oreilles (ou si peu) et pour finir une paire d'héroïnes avec une belle plastique mais qui ne sont pas lesbiennes. Introuvable, vous pensez ? Et pourtant...
Et pourtant "KURAU Phantom Memory" est un anime en 24 morceaux qui arrive à regrouper tous ces avantages. Destiné au tout public à partir de 12 ans, selon mes estimations personnelles (il faut quand même attendre le 12° épisode avant de voir un meurtre), on s'immerge facilement dans cette histoire. De quoi ça parle ? Heu... Ben... c'est assez complexe quand même, mais je vais essayer de résumer ça en une phrase. "Une super-women involontaire poursuivie, elle et son double, par les méchants policiers qui veulent en faire des rats de laboratoire." Voilà, ça c'est une phrase toute faite pour ceux qui voudrons justifier pourquoi ils n'aiment pas cette série. Les autres peuvent continuer à lire cet article.
Pour le décor, nous sommes dans un univers humain et d'après guerre, donc relativement calme et non-violent de la part des figurants. On passe régulièrement de la Terre à la Lune ainsi que dans différents vaisseaux. Mais ça ne nous empêche pas de nous balader en France (à Marseille par exemple) ou en Suisse (pour y voir les petites bergères qui y vivent). En fait, le reste de la géographie est quasiment occulté. Si toute la première partie se passe en ville, ou en des endroits confinés, que les claustrophobes se rassurent, la seconde moitié se passe en haute montagne.
Pour les caractéristiques historiques, sachez que nous sommes en 2100, que l'Home a colonisé la Lune, mais sans l'avoir terraformée, nous vivons simplement sous bulle, ou plutôt sous hexagone. Les transferts entre le satellite et sa planète se font par l'entremise de cargos (du style de ceux de Cowboy Bebop). Suite à une guerre (civile ?), la population entière est placé sous la gouverne de la GPO, sorte d'Interpol aux pleins pouvoirs. L'énergie n'est plus électrique, mais bleue. C'est d'ailleurs cette énergie qui a permis une évolution technologique sympathique : toutes les voitures volent, quelques soient leur surface d'appui (ce qui laisse penser à un système antigrav plutôt qu'a une répulsion magnétique).
Au niveau de la musique, c'est un bon moment, et ce n'est ni du Yuki Kajiura, ni du Yoko Kanno pourtant. L'OST est signée par deux auteurs dont c'est visiblement le premier album. Idem pour le reste de l'équipe. Pourtant c'est le studio Bones qui est aux commandes. En fait, en regardant le staff de plus près, seule la seyuu du personnage principal est connue. Au niveau des graphismes ou de l'animation en général, on ressent l'influence de Planètes (je vous ait déjà dit que j'étais un fan acharné de Makoto Yukimura ?), mais sans le coté ingénierie. Pour les graphismes, c'est lisse propre est soigné sans cheveux aux couleurs féeriques. Les costumes sont actuels et la ville ferait plutôt penser à celle de Blade Runner, la pluie en moins.
Revenons à notre scénario. L'Homme, sans cesse à la recherche de nouveauté, va s'essayer à la maîtrise d'une nouvelle source d'énergie : le Rynax. Évidement, lors de l'un de ses fameux tests dont les inventeurs ont le secret, l'expérience va mal tourner (je sens déjà les fans de comics remuer dans leurs siège). Et bien sûr, c'est la fille du professeur qui va s'en prendre plain la g... En fait non, elle simplement disparaître puis réapparaître 10 secondes plus tard (nue, mais ça ne sera pas une scène de fan-service, incredible, isn't it?). En fait, on se rend compte assez rapidement que les Rynax (je met au pluriel car ils se déplacent en couple) ne sont pas seulement des sources d'énergies, mais aussi des être pensants. En l'occurrence le premier épisode nous montre la naissance du premier "Ryna sapiens" (terme qui me semble stupide vu qu'il n'est nullement prouvé que les Rynax ne savent pas réfléchir). Kurau, puisque c'est son nom, se retrouve donc avec un Rynax pour âme tout en ayant gardé ses propres souvenirs à elle. Seul problème, comme je l'ai dit, ces Rynax voyagent par couples, or celui de la fille du prof a littéralement "perdu sa paire". Ouais mais bon, ça ne suffit pas à faire une quête, me direz-vous. C'est bien pour cela que les savants (fous ?) vont enchaîner les tests et leur sujet d'expérience. Celle-ci va effet développer des pouvoir stupéfiants : vol libre, passe-muraille, et dématérialisation entre autres. Cette dernière capacité va d'ailleurs lui causer bien des soucis puisque son propre père va en pâtir et perdre un bras. Conséquence directe, elle va organiser avec l'aide de son papa sa propre évasion (réussie).
La suite de l'histoire se passe 10 ans plus tard. Kurau utilise quotidiennement ses avantages physiques en tant que "agent" pour le GPO. Sorte de James Bond, mais aussi sauveteur spatial ou super-flic au choix, personne ne sait quel est son "truc". Personne ou presque, puisqu'une division spéciale du GPO semble suivre sa trace. La sienne est celle de son double, d'ailleurs. Car depuis quelques jours, l'âme de la jeune fille à pris corps (magie Rynax ?). Cette dernière a été baptisée "Christmas" parce que c'est la première choses qui me soit passé par la tête avouera Kurau. De plus, un curieux agent semble mener un autre jeux en les suivants lui aussi à la trace dans leur fuite éperdue.
Alors oui, c'est vrai, cet anime joue sur les poncifs du genre. Oui, les amateurs de comics risquent de s'ennuyer à mort devant des rebondissements auxquels ils s'attendront. Mais si vous cherchiez un anime sympa pour redorer votre image sociale auprès de votre famille, c'est l'idéal. En attendant la sortie en DVD, les sous-titres en français sont déjà trouvable facilement, alors n'hésitez pas à vous jeter dessus. C'est du tout bon et j'attends d'ailleurs de voir sa place aux Tanuki Awards.
C'est dur d'aimer les sangliers
Japanime
12 novembre 2005
Densha Otoko
Par Raton-Laveur le 12 novembre 2005, 08:16
Autant le format de l'éditotaku me permet d'écrire quand bon me semble (pourvu que ce soit au moins tous les deux jours), autant je n'ai pas pour habitude de réagir "à chaud" sur quelque chose. Faut systématiquement que je laisse refroidir, quitte à être en retard sur le reste du Net ou quitte à laisser tomber l'idée d'en parler parce que c'est périmé. Partent ainsi à la trappe des articles sous prétexte que "tout le monde doit déjà tout savoir là-dessus"... Mais quand j'aborde innocemment le sujet, par exemple lors des sessions IRC, il s'avère que non, tout le monde ne sait pas forcément de quoi on parle. Les OS-tans, Nintendogs, Attack of the Swarm, ou Densha Otoko. Oui, le lien précédent vient du blog de Tehem, geek conquis par cette série qui m'a récemment pris en traître pour me mettre une latte dans les noisettes et menacé de recommencer si je ne faisais pas d'article sur cette dernière (la série hein, pas la latte). En fait, Keul et Tehem sont comme deux résultats d'une expérience gouvernementale dont le but aurait été de créer génétiquement le codeur PHP ultime. L'un me harcèle avec un manga et l'autre avec un drama ; honnêtement, je n'ai pas envie de savoir lequel des deux est du côté Lumineux ou Obscur. Enfin, cet article parle pour une fois d'une série télé avec des vrais gens qui font les acteurs dans Tokyo avec des caméras devant eux, ce n'est pas dans les habitudes de cette colonne mais vous allez comprendre pour quoi je fais une exception.
Densha Otoko, donc. Résumons rapidement pour ceux qui ne sont pas encore au courant du conte de fées qui a achevé d'émouvoir les japonais après la diffusion de la série télé, du film, des mangas, de la vidéo pour adultes (si si) et du topic sur le gargantuesque 2ch.net (où sont également nées les OS-tans, décidément). C'est l'histoire d'un otaku qui aide (durant le printemps 2004) dans le métro une demoiselle agressée par un chikkan bourré. Ayant récupéré ses coordonnées, elle lui envoie un cadeau, et notre garçon décide de séduire la demoiselle avec les conseils des forumeurs de 2ch, où il utilise le pseudonyme de "Densha Otoko", ou "garçon du train". S'ensuivront une séance de relooking, restau avec la belle, échanges de SMS, shopping pour lui acheter un nouveau PC, déclaration d'amour, happy end. Les logs du forum ont ensuite été reproduits sous forme de livre (ASCIIart compris !) qui a fait un carton, pour la suite qu'on connait.
Evidemment, pas mal de gens mettent en doute la véracité de ces évènements : tout semble trop lisse et trop bien aligné pour être vrai. Personnellement, j'ai tiqué au moment où, de retour à Akihabara après s'être coupé les cheveux et acheté de nouvelles fringues, une vendeuse lui dit qu'il ne ressemble pas aux clients habituels ; même sous forme de compliment, aucun vendeur mentalement sain ne ferait ce genre de remarque. L'histoire a été largement répandue par Fuji et l'agence de publicité Dentsu, le fonctionnement de 2ch autorise tous les délires anonymes (dans la série télé, un des personnages tente d'ailleurs d'en profiter), ce genre de buzz marketing a déjà été utilisé à de nombreuses reprises, et il ne faut surtout pas compter sur les médias japonais pour poser les bonnes questions (ils ont une colonne vertébrale aussi dure que de la guimauve). Tim Rogers, connu pour ses articles sur insertcredit, raconte sur son blog qu'il sait que tout ceci est bidonné et que bien forte est l'ironie de voir que les membres élitistes de 2ch ont créé une évènement tout ce qu'il y a de plus mainstream. Enfin, la théorie en vogue est que cette histoire aurait directement été écrite par une huile de 2ch afin de financer les problèmes juridiques régulièrement posés par le site.
Vraie ou fausse, cette histoire en dit long sur la sociologie nipponne : un mélange de vérité et de mensonge, de réalité et de virtualité. Pour se faire aider par des anonymes, le garçon n'hésite pas à étaler sa vie privée à tout l'Internet. Ces questions sur les mensonges de la réalité ou les vérités dans la virtualité (qu'il s'agisse de rumeurs ou de conspirations) et leur place dans la vie ont déjà été posées dans Serial Experiments Lain ou Matrix... Et quelle coïncidence, la trilogie des frères Washowski tient un rôle dans Densha Otoko puisque l'otaku prête à la demoiselle les DVD de ces films. "La Belle et l'Otaku", remake moderne de la Belle et la Bête. Tout étant observé du point de vue du garçon du train, "Hermes" (le surnom qu'il lui donne sur 2ch en référence aux tasses à thé qu'elle lui offre; Hermes, alias Saori Aoyama dans la série télé, alias Misaki Ito, alias râh lovely) reste quand même un mystère dénué de personnalité. On ne saura jamais ce qu'elle (belle, riche, intelligente) lui trouve de séduisant (lui otaku, salaire pourri, culture à zéro), à l'exception de son acte de bravoure au début de l'histoire. N'est-on pas sur le point de convaincre les japanophiles glaireux que les femmes japonaises seraient prêtes à accepter n'importe qu(o)i ? Tout cela suit les idéaux véhiculés par la culture manga, genre "on peut tout réussir si on y croit"... Je ne serais qu'à moitié étonné si un réalisateur occidental se décidait à en faire un remake. Enfin, si cela s'avère être cousu de fil blanc, cette galipette publicitaire a au moins un avantage sur ses précédentes ; là où d'autres se contentaient de tenter de nous faire céder aux instincts consuméristes, celle-ci fait aussi passer un message de civisme encourageant à aider les demoiselles en détresse - suivi par une moyenne de 69 otakus sur 100. Toujours ça de gagné.
Dans le Hagakure, Jochô Yamamoto rapportait les dires d'un ami médecin qui se plaignait qu'avec le temps, le pouls des hommes ressemblait de plus en plus à celui des femmes, car ils devenaient "lâches et faibles" et qu'il était impossible - en 1716 - de trouver "un homme véritable". Que dirait-il aujourd'hui ! Avec Densha Otoko, c'est la femme (Misaki Ito) qui prend la main ou embrasse en premier, pendant que l'homme est incapable de faire quoi que ce soit sans tout dévoiler à des inconnus et pleurer comme une fontaine à la moindre occasion. Dans cet ordre d'idées, le Japan Times a une (hilarante) critique au vitriol de l'adaptation en long-métrage et plus particulièrement de l'idéal véhiculé par cette histoire, décidément trop propre pour être vraie. Les otakus ont toujours eu une réputation dégueulasse suite à l'affaire Tsutomu Miyazaki ; si cette fable n'est qu'un énorme coup de pub, elle permettra certes d'affirmer aux japonais qu'ils ne sont pas des tueurs en série, mais juste des losers naïfs. Mais quand l'économie nipponne est en crise et qu'ils réalisent que les otaques concentrent leur pouvoir d'achat (loin d'être négligeable) sur les produits technologiques et culturels de leur propre nation, il y a de quoi leur passer le cirage et redorer leur blason. Et les femmes dans tout ça ? Pas besoin de s'inquiéter, elles savent très bien se défendre toutes seules.
Et la série télé, que vaut-elle si on fait abstraction de la mention "basé sur une histoire réelle" et qu'on la juge en tant que fiction ? Déjà, le scénario se permet une dose de deus ex machina: par exemple, lorsqu'ils se rencontrent pour aller dîner quelques jours après l'incident du métro, "Hermes" (interprétée par, je vous le rappelle, Misaki Ito) ne remarque pas que Densha s'est lourdement relooké-coiffé-décrassé, parce qu'elle ne portait pas ses lentilles la première fois - mais ça n'a pas empêché les producteurs de la série télé de lui faire lire Angels & Demons juste avant l'agression ! La narration est bien plus "explicite" que dans les autres dramas, ceci étant dû au fait que le personnage raconte ses moindres pensées sur le Net et que les contributeurs sont montrés à l'écran alors qu'ils hurlent leurs conseils en les rédigeant sur le forum de discussion... On est à des années-lumière des non-dits et regards lourds de sens qui caractérisent la plupart des films ou séries asiatiques.
Après tout, on reste dans un divertissement orienté vers les moins de 30 ans, et les japonais considèrent que tout doit être exagéré lorsqu'on s'adresse à ce public. Non, sérieusement : dans le film de Boogiepop Phantom (qui a un scénario loin d'être mouvementé, l'anime confinant paradoxalement à de la non-animation), un personnage qui vient d'avoir une révélation tombe physiquement sur le cul... Et les autres dramas pour jeunes ne sont pas en reste, les acteurs nippons n'hésitant jamais à se comporter littéralement comme des héros de papier - sans parler des montages aussi anarchiques qu'une pub dans Famitsu. La narration à la télé asiatique, avec tous ses textes à l'écran et jingles sonores débiles, a-t-elle tant hérité du manga ? Au fait, au cas où vous ne le sauriez pas déjà, voici la règle d'or : si vous cherchez de bons acteurs, ne regardez jamais de séries TV japonaises.
Dans Densha Otoko, la production a eu les moyens de ses ambitions, même s'il s'agit quand même d'une histoire guère onéreuse à narrer - en témoigne l'adaptation cinématographique bien low budget. Chaque épisode (11 + une fin alternative) est bourré de gags visuels et d'informations, beaucoup de choses étant racontées en une heure. Les décors sont bourrés de références, la série pousse tellement le trait à certains moments qu'elle semble s'auto-parodier en cumulant les effets kitsch (Hermes, vous savez, celle qui est jouée par Misaki Ito, a son thème musical tout en violons dégoûlinants et est régulièrement entourée d'un halo de lumière !) et on voit même la rouquine Eriko "Honeeey Furashuuu !" Sato dans un rôle secondaire ! Des posts entiers apparus dans le sujet de discussion original de 2ch sont reproduits à la virgule près, mais après les deux premiers épisodes qui sont une copie carbone de l'histoire originale, de nombreux éléments sont évidemment ajoutés pour romancer l'histoire : un passage au Comiket, un stalker, un rival... La réalisation est de qualité, on ne s'ennuie pas une seconde, et même si cette série a fait de jolis records d'audience avec son histoire d'amour impossible (25 % d'audimat pour la finale quand même), on voit bien qu'elle cible avant tout les otakus, que ce soit par son générique-hommage (Mina Mina) ou par leur lourde présence dans le casting, chaque "forumeur" conseillant Densha en étant un avec sa propre passion (trains, militaire, Hanshin Tigers...). D'ailleurs, à plusieurs reprises, cette série m'a quand même fait réaliser à quel point je suis atteint. Par exemple, on voit lors d'une preview du prochain épisode Misaki Ito qui dit "moe" (*) ; par pur esprit de fan service, je recule la vidéo de quelques secondes pour admirer ça - et je l'avoue, je l'ai fait cinq ou six fois. Quand ce moment arrive lors de l'épisode suivant, il y a précisément un personnage qui sort un dictaphone et lui demande de répéter le précieux mot - et elle le fait !
Enfin, cette série est un bon divertissement, au-dessus de la moyenne nipponne en la matière - ce qui n'est pas vraiment un compliment, la moyenne des dramas japonais dépassant à peine la qualité des telenovelas mexicaines. Gokusen (adapté d'un manga, et y'a Misaki Ito qui joue dedans), Stand Up ou Summer Snow (ce dernier étant typique des tire-larmes qui font la majorité des séries TV japonaises) aussi sont sympathiques chacun dans leur genre, d'ailleurs. Densha Otoko est une amusante fiction pas trop mal foutue, excessive à souhait dans sa narration, parfumée à l'eau de rose et otakiste à fond. Sûrement pas la meilleure chose que vous materez cette année (sauf si vous ne regardez que des dramas nippons, hu hu), mais franchement divertissant.
(*) Se prononce "moé", s'écrit indifféremment avec ou sans accent. Jargon d'otaku visant à exprimer la tendre émotion ressentie devant les demoiselles de la japanime ou des jeux vidéo. Exemple : "si tu retires le moé moé de Negi Ma, il reste plus rien".
Demain soir et comme chaque dimanche dès 21 heures, session IRC sur #editotaku@irc.worldnet.net ou en entrant votre nom dans le menu à gauche ! Fans de Misaki Ito, y'aura rien pour vous !
Densha Otoko, donc. Résumons rapidement pour ceux qui ne sont pas encore au courant du conte de fées qui a achevé d'émouvoir les japonais après la diffusion de la série télé, du film, des mangas, de la vidéo pour adultes (si si) et du topic sur le gargantuesque 2ch.net (où sont également nées les OS-tans, décidément). C'est l'histoire d'un otaku qui aide (durant le printemps 2004) dans le métro une demoiselle agressée par un chikkan bourré. Ayant récupéré ses coordonnées, elle lui envoie un cadeau, et notre garçon décide de séduire la demoiselle avec les conseils des forumeurs de 2ch, où il utilise le pseudonyme de "Densha Otoko", ou "garçon du train". S'ensuivront une séance de relooking, restau avec la belle, échanges de SMS, shopping pour lui acheter un nouveau PC, déclaration d'amour, happy end. Les logs du forum ont ensuite été reproduits sous forme de livre (ASCIIart compris !) qui a fait un carton, pour la suite qu'on connait.
Evidemment, pas mal de gens mettent en doute la véracité de ces évènements : tout semble trop lisse et trop bien aligné pour être vrai. Personnellement, j'ai tiqué au moment où, de retour à Akihabara après s'être coupé les cheveux et acheté de nouvelles fringues, une vendeuse lui dit qu'il ne ressemble pas aux clients habituels ; même sous forme de compliment, aucun vendeur mentalement sain ne ferait ce genre de remarque. L'histoire a été largement répandue par Fuji et l'agence de publicité Dentsu, le fonctionnement de 2ch autorise tous les délires anonymes (dans la série télé, un des personnages tente d'ailleurs d'en profiter), ce genre de buzz marketing a déjà été utilisé à de nombreuses reprises, et il ne faut surtout pas compter sur les médias japonais pour poser les bonnes questions (ils ont une colonne vertébrale aussi dure que de la guimauve). Tim Rogers, connu pour ses articles sur insertcredit, raconte sur son blog qu'il sait que tout ceci est bidonné et que bien forte est l'ironie de voir que les membres élitistes de 2ch ont créé une évènement tout ce qu'il y a de plus mainstream. Enfin, la théorie en vogue est que cette histoire aurait directement été écrite par une huile de 2ch afin de financer les problèmes juridiques régulièrement posés par le site.
Vraie ou fausse, cette histoire en dit long sur la sociologie nipponne : un mélange de vérité et de mensonge, de réalité et de virtualité. Pour se faire aider par des anonymes, le garçon n'hésite pas à étaler sa vie privée à tout l'Internet. Ces questions sur les mensonges de la réalité ou les vérités dans la virtualité (qu'il s'agisse de rumeurs ou de conspirations) et leur place dans la vie ont déjà été posées dans Serial Experiments Lain ou Matrix... Et quelle coïncidence, la trilogie des frères Washowski tient un rôle dans Densha Otoko puisque l'otaku prête à la demoiselle les DVD de ces films. "La Belle et l'Otaku", remake moderne de la Belle et la Bête. Tout étant observé du point de vue du garçon du train, "Hermes" (le surnom qu'il lui donne sur 2ch en référence aux tasses à thé qu'elle lui offre; Hermes, alias Saori Aoyama dans la série télé, alias Misaki Ito, alias râh lovely) reste quand même un mystère dénué de personnalité. On ne saura jamais ce qu'elle (belle, riche, intelligente) lui trouve de séduisant (lui otaku, salaire pourri, culture à zéro), à l'exception de son acte de bravoure au début de l'histoire. N'est-on pas sur le point de convaincre les japanophiles glaireux que les femmes japonaises seraient prêtes à accepter n'importe qu(o)i ? Tout cela suit les idéaux véhiculés par la culture manga, genre "on peut tout réussir si on y croit"... Je ne serais qu'à moitié étonné si un réalisateur occidental se décidait à en faire un remake. Enfin, si cela s'avère être cousu de fil blanc, cette galipette publicitaire a au moins un avantage sur ses précédentes ; là où d'autres se contentaient de tenter de nous faire céder aux instincts consuméristes, celle-ci fait aussi passer un message de civisme encourageant à aider les demoiselles en détresse - suivi par une moyenne de 69 otakus sur 100. Toujours ça de gagné.
Dans le Hagakure, Jochô Yamamoto rapportait les dires d'un ami médecin qui se plaignait qu'avec le temps, le pouls des hommes ressemblait de plus en plus à celui des femmes, car ils devenaient "lâches et faibles" et qu'il était impossible - en 1716 - de trouver "un homme véritable". Que dirait-il aujourd'hui ! Avec Densha Otoko, c'est la femme (Misaki Ito) qui prend la main ou embrasse en premier, pendant que l'homme est incapable de faire quoi que ce soit sans tout dévoiler à des inconnus et pleurer comme une fontaine à la moindre occasion. Dans cet ordre d'idées, le Japan Times a une (hilarante) critique au vitriol de l'adaptation en long-métrage et plus particulièrement de l'idéal véhiculé par cette histoire, décidément trop propre pour être vraie. Les otakus ont toujours eu une réputation dégueulasse suite à l'affaire Tsutomu Miyazaki ; si cette fable n'est qu'un énorme coup de pub, elle permettra certes d'affirmer aux japonais qu'ils ne sont pas des tueurs en série, mais juste des losers naïfs. Mais quand l'économie nipponne est en crise et qu'ils réalisent que les otaques concentrent leur pouvoir d'achat (loin d'être négligeable) sur les produits technologiques et culturels de leur propre nation, il y a de quoi leur passer le cirage et redorer leur blason. Et les femmes dans tout ça ? Pas besoin de s'inquiéter, elles savent très bien se défendre toutes seules.
Et la série télé, que vaut-elle si on fait abstraction de la mention "basé sur une histoire réelle" et qu'on la juge en tant que fiction ? Déjà, le scénario se permet une dose de deus ex machina: par exemple, lorsqu'ils se rencontrent pour aller dîner quelques jours après l'incident du métro, "Hermes" (interprétée par, je vous le rappelle, Misaki Ito) ne remarque pas que Densha s'est lourdement relooké-coiffé-décrassé, parce qu'elle ne portait pas ses lentilles la première fois - mais ça n'a pas empêché les producteurs de la série télé de lui faire lire Angels & Demons juste avant l'agression ! La narration est bien plus "explicite" que dans les autres dramas, ceci étant dû au fait que le personnage raconte ses moindres pensées sur le Net et que les contributeurs sont montrés à l'écran alors qu'ils hurlent leurs conseils en les rédigeant sur le forum de discussion... On est à des années-lumière des non-dits et regards lourds de sens qui caractérisent la plupart des films ou séries asiatiques.
Après tout, on reste dans un divertissement orienté vers les moins de 30 ans, et les japonais considèrent que tout doit être exagéré lorsqu'on s'adresse à ce public. Non, sérieusement : dans le film de Boogiepop Phantom (qui a un scénario loin d'être mouvementé, l'anime confinant paradoxalement à de la non-animation), un personnage qui vient d'avoir une révélation tombe physiquement sur le cul... Et les autres dramas pour jeunes ne sont pas en reste, les acteurs nippons n'hésitant jamais à se comporter littéralement comme des héros de papier - sans parler des montages aussi anarchiques qu'une pub dans Famitsu. La narration à la télé asiatique, avec tous ses textes à l'écran et jingles sonores débiles, a-t-elle tant hérité du manga ? Au fait, au cas où vous ne le sauriez pas déjà, voici la règle d'or : si vous cherchez de bons acteurs, ne regardez jamais de séries TV japonaises.
Dans Densha Otoko, la production a eu les moyens de ses ambitions, même s'il s'agit quand même d'une histoire guère onéreuse à narrer - en témoigne l'adaptation cinématographique bien low budget. Chaque épisode (11 + une fin alternative) est bourré de gags visuels et d'informations, beaucoup de choses étant racontées en une heure. Les décors sont bourrés de références, la série pousse tellement le trait à certains moments qu'elle semble s'auto-parodier en cumulant les effets kitsch (Hermes, vous savez, celle qui est jouée par Misaki Ito, a son thème musical tout en violons dégoûlinants et est régulièrement entourée d'un halo de lumière !) et on voit même la rouquine Eriko "Honeeey Furashuuu !" Sato dans un rôle secondaire ! Des posts entiers apparus dans le sujet de discussion original de 2ch sont reproduits à la virgule près, mais après les deux premiers épisodes qui sont une copie carbone de l'histoire originale, de nombreux éléments sont évidemment ajoutés pour romancer l'histoire : un passage au Comiket, un stalker, un rival... La réalisation est de qualité, on ne s'ennuie pas une seconde, et même si cette série a fait de jolis records d'audience avec son histoire d'amour impossible (25 % d'audimat pour la finale quand même), on voit bien qu'elle cible avant tout les otakus, que ce soit par son générique-hommage (Mina Mina) ou par leur lourde présence dans le casting, chaque "forumeur" conseillant Densha en étant un avec sa propre passion (trains, militaire, Hanshin Tigers...). D'ailleurs, à plusieurs reprises, cette série m'a quand même fait réaliser à quel point je suis atteint. Par exemple, on voit lors d'une preview du prochain épisode Misaki Ito qui dit "moe" (*) ; par pur esprit de fan service, je recule la vidéo de quelques secondes pour admirer ça - et je l'avoue, je l'ai fait cinq ou six fois. Quand ce moment arrive lors de l'épisode suivant, il y a précisément un personnage qui sort un dictaphone et lui demande de répéter le précieux mot - et elle le fait !
Enfin, cette série est un bon divertissement, au-dessus de la moyenne nipponne en la matière - ce qui n'est pas vraiment un compliment, la moyenne des dramas japonais dépassant à peine la qualité des telenovelas mexicaines. Gokusen (adapté d'un manga, et y'a Misaki Ito qui joue dedans), Stand Up ou Summer Snow (ce dernier étant typique des tire-larmes qui font la majorité des séries TV japonaises) aussi sont sympathiques chacun dans leur genre, d'ailleurs. Densha Otoko est une amusante fiction pas trop mal foutue, excessive à souhait dans sa narration, parfumée à l'eau de rose et otakiste à fond. Sûrement pas la meilleure chose que vous materez cette année (sauf si vous ne regardez que des dramas nippons, hu hu), mais franchement divertissant.
(*) Se prononce "moé", s'écrit indifféremment avec ou sans accent. Jargon d'otaku visant à exprimer la tendre émotion ressentie devant les demoiselles de la japanime ou des jeux vidéo. Exemple : "si tu retires le moé moé de Negi Ma, il reste plus rien".
Demain soir et comme chaque dimanche dès 21 heures, session IRC sur #editotaku@irc.worldnet.net ou en entrant votre nom dans le menu à gauche ! Fans de Misaki Ito, y'aura rien pour vous !
29 septembre 2005
Imbéciles Heureux / Shin Happy People
Par Raton-Laveur le 29 septembre 2005, 00:32
Manga en 3 volumes (fini) signé Eishô Shaku et paru chez Akata. A réserver aux grandes personnes. Ou aux détraqués, c'est vous qui voyez. Il s'agit d'une série d'histoires courtes sans lien entre elles, des tranches de vie ayant pour fil rouge une exploration de côté sombre du japonais moyen. Et c'est à gerber.
Dès le premier chapitre, l'horreur m'a pris à la gorge : j'avais envie d'envoyer valser ce manga fraîchement acheté à l'autre bout de la pièce, mais je n'y arrivais pas tellement ce truc m'avait vidé de toute force. Ca raconte une famille dont le père est en campagne électorale et qui tente de "gérer" son fils qui est loin d'être un ange (la phrase que vous venez de lire est entrée en lice dans le concours du plus gros euphémisme de l'année). Les saynètes s'enchaînent, parfois déprimantes à se caser une balle dans le crâne, parfois cyniques à faire péter un vaisseau sanguin, mais toujours d'une noirceur absolue. Beaucoup d'entre elles ne daignent même pas s'offrir le luxe d'être drôles, ou d'avoir une fin arrachant un sourire : Imbéciles Heureux peut être aisément qualifié d'intolérable.
Dans son idée d'offrir des mangas alternatifs, Akata n'édite ici qu'une mouture de la saga Happy People, dont les différentes itérations représentent une trentaine de volumes et quelques adaptations télévisuelles. A en croire le petit résumé en fin de volume (saupoudré d'une note d'intention ajoutée par l'éditeur français), ça cartonne au Japon. On se demande quand même ce que ça fout chez nous - si ce n'est pour nous en apprendre davantage sur la psyche nipponne, la facette sado-maso d'une population qui ne voit aucun mal à se faire du mal. L'argumentation en faveur de cette oeuvre, c'est l'appel à la réflexion... sauf qu'il est légèrement difficile de méditer sur la société quand on vous fout un coup de poing dans le bide. J'aimerais continuer cet article un peu plus longtemps, mais il n'y a pas grand chose d'autre à dire sur ce manga. A lire si vous êtes d'une humeur un peu trop positive, à éviter le reste du temps.
Dès le premier chapitre, l'horreur m'a pris à la gorge : j'avais envie d'envoyer valser ce manga fraîchement acheté à l'autre bout de la pièce, mais je n'y arrivais pas tellement ce truc m'avait vidé de toute force. Ca raconte une famille dont le père est en campagne électorale et qui tente de "gérer" son fils qui est loin d'être un ange (la phrase que vous venez de lire est entrée en lice dans le concours du plus gros euphémisme de l'année). Les saynètes s'enchaînent, parfois déprimantes à se caser une balle dans le crâne, parfois cyniques à faire péter un vaisseau sanguin, mais toujours d'une noirceur absolue. Beaucoup d'entre elles ne daignent même pas s'offrir le luxe d'être drôles, ou d'avoir une fin arrachant un sourire : Imbéciles Heureux peut être aisément qualifié d'intolérable.
Dans son idée d'offrir des mangas alternatifs, Akata n'édite ici qu'une mouture de la saga Happy People, dont les différentes itérations représentent une trentaine de volumes et quelques adaptations télévisuelles. A en croire le petit résumé en fin de volume (saupoudré d'une note d'intention ajoutée par l'éditeur français), ça cartonne au Japon. On se demande quand même ce que ça fout chez nous - si ce n'est pour nous en apprendre davantage sur la psyche nipponne, la facette sado-maso d'une population qui ne voit aucun mal à se faire du mal. L'argumentation en faveur de cette oeuvre, c'est l'appel à la réflexion... sauf qu'il est légèrement difficile de méditer sur la société quand on vous fout un coup de poing dans le bide. J'aimerais continuer cet article un peu plus longtemps, mais il n'y a pas grand chose d'autre à dire sur ce manga. A lire si vous êtes d'une humeur un peu trop positive, à éviter le reste du temps.
27 août 2005
Oh putain Goldorak est mort
Par Raton-Laveur le 27 août 2005, 23:56
impossible de le redémarrer...
Rukawa, de chez manganimation.net, est quelqu'un d'incroyablement calme et posé tout en ayant exactement le même ton de voix bien boiseux que le chanteur Freeman du groupe Iam. Oui, c'est un fait parfaitement paradoxal et inutile. Rukawa donc, m'a demandé de résumer l'Affaire Goldorak. Pas celle-là, l'autre.
Voyez-vous, chers lecteurs, c'est bien simple. Comparons avec un autre mystère de ce monde : le petit trou sur le corps des stylos Bic. En fait, cet orifice existe pour que l'air rentre à l'intérieur au fur et à mesure que la cartouche se vide, afin de garder une pression constante pour que l'encre coule correctement. Simple non ? Bon, ben l'affaire des droits de Goldorak, ce n'est pas ça du tout. C'est un beau bordel qui est en train de dégénérer en pugilat des familles.
Tout commence il y a quelques années. Go Nagai, auteur des aventures de Grendizer, est en conflit avec la Toei au sujet de sa série. Cette bisbille coince les négociations hors-Japon pour les licences. Finalement, le problème est réglé. Arrive alors une autre histoire, purement française celle-là : la boîte de Go Nagai, Dynamic en l'occurence, a les droits de la série... mais c'est AB Productions qui a les droits du doublage français. Compte tenu du public exclusivement nostalgique (*) susceptible d'acheter ces foutus DVD, impossible d'envisager un nouveau doublage.
Pourtant, on voit les DVD mis en vente sur Manga-Distribution, édités par Déclic Images, un autre éditeur qui vient mettre son grain de sel. Comment ont-ils eu les droits ? En tout cas, Dynamic ne sait pas. Tellement pas en fait, qu'ils ont carrément envoyé une lettre de menaces à Déclic Images (j'aime bien l'ultimatum fixé au 23 août alors que le message est daté du même jour). Suite à ce petit mot d'amour, certains magasins - dont la Fnac - ont retiré le coffret de leurs linéaires. Une lettre de menaces; même les vendeurs de HK n'ont pas droit à un tel honneur. Evidemment, le tout va se régler devant la justice, mais les DVD n'ont pas disparu du site de Manga Distrib'.
Vous avez compris ? Bien, c'était tout ce qu'il fallait savoir. Si par je ne sais quelle prédisposition masochiste, vous tenez à avoir droit à toute l'histoire, allez ici.
(*) Dire que ma toute première VHS de japanime était 2 épisodes de Goldorak... Je ne savais même pas lire le titre sur la boîte. Je devais avoir environ 3 ans. Elle est toujours dans le coin et elle fonctionne parfaitement.
Rukawa, de chez manganimation.net, est quelqu'un d'incroyablement calme et posé tout en ayant exactement le même ton de voix bien boiseux que le chanteur Freeman du groupe Iam. Oui, c'est un fait parfaitement paradoxal et inutile. Rukawa donc, m'a demandé de résumer l'Affaire Goldorak. Pas celle-là, l'autre.
Voyez-vous, chers lecteurs, c'est bien simple. Comparons avec un autre mystère de ce monde : le petit trou sur le corps des stylos Bic. En fait, cet orifice existe pour que l'air rentre à l'intérieur au fur et à mesure que la cartouche se vide, afin de garder une pression constante pour que l'encre coule correctement. Simple non ? Bon, ben l'affaire des droits de Goldorak, ce n'est pas ça du tout. C'est un beau bordel qui est en train de dégénérer en pugilat des familles.
Tout commence il y a quelques années. Go Nagai, auteur des aventures de Grendizer, est en conflit avec la Toei au sujet de sa série. Cette bisbille coince les négociations hors-Japon pour les licences. Finalement, le problème est réglé. Arrive alors une autre histoire, purement française celle-là : la boîte de Go Nagai, Dynamic en l'occurence, a les droits de la série... mais c'est AB Productions qui a les droits du doublage français. Compte tenu du public exclusivement nostalgique (*) susceptible d'acheter ces foutus DVD, impossible d'envisager un nouveau doublage.
Pourtant, on voit les DVD mis en vente sur Manga-Distribution, édités par Déclic Images, un autre éditeur qui vient mettre son grain de sel. Comment ont-ils eu les droits ? En tout cas, Dynamic ne sait pas. Tellement pas en fait, qu'ils ont carrément envoyé une lettre de menaces à Déclic Images (j'aime bien l'ultimatum fixé au 23 août alors que le message est daté du même jour). Suite à ce petit mot d'amour, certains magasins - dont la Fnac - ont retiré le coffret de leurs linéaires. Une lettre de menaces; même les vendeurs de HK n'ont pas droit à un tel honneur. Evidemment, le tout va se régler devant la justice, mais les DVD n'ont pas disparu du site de Manga Distrib'.
Vous avez compris ? Bien, c'était tout ce qu'il fallait savoir. Si par je ne sais quelle prédisposition masochiste, vous tenez à avoir droit à toute l'histoire, allez ici.
(*) Dire que ma toute première VHS de japanime était 2 épisodes de Goldorak... Je ne savais même pas lire le titre sur la boîte. Je devais avoir environ 3 ans. Elle est toujours dans le coin et elle fonctionne parfaitement.
23 août 2005
Dream Land
Par Raton-Laveur le 23 août 2005, 00:04
Il y a quelques mois, je vous avais fait partager mon rejet de Shonen Collection, le mag' de pré-publication de chez Pika qui avait progressivement réduit le spectre du genre shonen aux comédies sentimentales et aux attributs mammaires. L'affaire étant classée, je m'en retournai aussi sec dans ma mangathèque favorite pour savoir s'ils avaient reçu ma commande d'artbooks hentai.
Ils sont gentils, dans ma crèmerie à mangas : les gérants ont voulu faire en sorte que leur magasin soit également un lieu de rencontres pour autre chose que des otakus en phase pré-terminale dans mon genre. Et ça marche - si vous considérez que voir des cahiers entiers de dessins ou des pâtisseries faites maison laissées en offrande par des clients inspirés et/ou reconnaissants soit un signe de réussite. L'équipe a aménagé leur sous-sol pour y organiser des sessions d'écoute de Visual Rock, des leçons de cuisine nipponne, des parties de Dance Dance Revolution et des cours de manga. Ces derniers sont dirigés par trois garçons pleins d'avenir : Salim, Reno et son cousin Romain. Oui, ce sont des "mangakas français", un contresens tellement aigû qu'il me donne de l'urticaire, mais pour une fois que je vous tiens la jambe avec des représentants de cette espèce, on peut sortir la pommade et prendre son mal en patience jusqu'à la fin de ce texte. Ca a commencé par des après-midi consacrés au storyboard - dessin - encrage - patatipatata, ça continue par la création d'un fanzine réunissant leurs travaux, et c'est pas près de s'arrêter tellement leurs élèves sont doués (c'est le travail de Ketsu sur la photo, qui a aussi fait un logo pour l'éditotaku). Ces jeunes gens ont réalisé un premier manga dénommé Fantasian Saga : Salim et Reno étaient tous deux scénaristes et dessinateurs, Romain a toujours été leur "assistant" - ce qui ne l'empêche pas de nourrir une inquiétante passion pour le mecha design et les portraits bizarres. Partis présenter leur travail à Angoulême, c'est finalement un projet plus personnel de Reno qui fut retenu par un éditeur. Ca s'appelle Dream Land, vous êtes autorisés à admirer les illustrations en couleur (y a-t-il vraiment besoin de préciser qu'ils répondent "One Piece" en premier et en choeur quand on leur demande leurs influences ?), et ça commence aujourd'hui même dans Shonen Collec'. En fait, ça fait des mois que je piaffais d'impatience de vous en parler, mais même quand l'annonce a été faite par Pika, j'ai attendu la parution pour aborder le sujet - question de promotion ou un truc dans le genre.
Bonne nouvelle : Dream Land remplace le déplorable Negi Ma. Mauvaise nouvelle : ce dernier étant le chouchou actuel des lecteurs du magazine, l'annonce a été mal reçue par les fanboys d'Akamatsu. Les précédents auteurs occidentaux parus dans le magazine de Pika n'ont pas été très bien reçus dans les sondages consécutifs - savoir si c'est une question de qualité ou de nationalité est une question que je préfère ne pas me poser. Reno and co n'ont pas l'intention de devenir le fier étendard du manga à la française, ce qui ne les empêche pas de sentir la pression... Salim et Romain font office de "consultants" pour Dream Land ; si la mayonnaise prend avec le public, ils espèrent continuer Fantasian Saga sous forme franco-belge, avec les couleurs et tout ce qui va avec. Et franchement, c'est tout le bien que je leur souhaite - ça me fera lire autre chose que du Larcenet, du Trondheim et du Sokal en matière de bédés. Gentlemen, bon courage à vous !
Ils sont gentils, dans ma crèmerie à mangas : les gérants ont voulu faire en sorte que leur magasin soit également un lieu de rencontres pour autre chose que des otakus en phase pré-terminale dans mon genre. Et ça marche - si vous considérez que voir des cahiers entiers de dessins ou des pâtisseries faites maison laissées en offrande par des clients inspirés et/ou reconnaissants soit un signe de réussite. L'équipe a aménagé leur sous-sol pour y organiser des sessions d'écoute de Visual Rock, des leçons de cuisine nipponne, des parties de Dance Dance Revolution et des cours de manga. Ces derniers sont dirigés par trois garçons pleins d'avenir : Salim, Reno et son cousin Romain. Oui, ce sont des "mangakas français", un contresens tellement aigû qu'il me donne de l'urticaire, mais pour une fois que je vous tiens la jambe avec des représentants de cette espèce, on peut sortir la pommade et prendre son mal en patience jusqu'à la fin de ce texte. Ca a commencé par des après-midi consacrés au storyboard - dessin - encrage - patatipatata, ça continue par la création d'un fanzine réunissant leurs travaux, et c'est pas près de s'arrêter tellement leurs élèves sont doués (c'est le travail de Ketsu sur la photo, qui a aussi fait un logo pour l'éditotaku). Ces jeunes gens ont réalisé un premier manga dénommé Fantasian Saga : Salim et Reno étaient tous deux scénaristes et dessinateurs, Romain a toujours été leur "assistant" - ce qui ne l'empêche pas de nourrir une inquiétante passion pour le mecha design et les portraits bizarres. Partis présenter leur travail à Angoulême, c'est finalement un projet plus personnel de Reno qui fut retenu par un éditeur. Ca s'appelle Dream Land, vous êtes autorisés à admirer les illustrations en couleur (y a-t-il vraiment besoin de préciser qu'ils répondent "One Piece" en premier et en choeur quand on leur demande leurs influences ?), et ça commence aujourd'hui même dans Shonen Collec'. En fait, ça fait des mois que je piaffais d'impatience de vous en parler, mais même quand l'annonce a été faite par Pika, j'ai attendu la parution pour aborder le sujet - question de promotion ou un truc dans le genre.
Bonne nouvelle : Dream Land remplace le déplorable Negi Ma. Mauvaise nouvelle : ce dernier étant le chouchou actuel des lecteurs du magazine, l'annonce a été mal reçue par les fanboys d'Akamatsu. Les précédents auteurs occidentaux parus dans le magazine de Pika n'ont pas été très bien reçus dans les sondages consécutifs - savoir si c'est une question de qualité ou de nationalité est une question que je préfère ne pas me poser. Reno and co n'ont pas l'intention de devenir le fier étendard du manga à la française, ce qui ne les empêche pas de sentir la pression... Salim et Romain font office de "consultants" pour Dream Land ; si la mayonnaise prend avec le public, ils espèrent continuer Fantasian Saga sous forme franco-belge, avec les couleurs et tout ce qui va avec. Et franchement, c'est tout le bien que je leur souhaite - ça me fera lire autre chose que du Larcenet, du Trondheim et du Sokal en matière de bédés. Gentlemen, bon courage à vous !
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